Dans le bureau de Joan Didion

Rien ne nous en apprend plus sur un auteur que d’examiner le lieu où il travaille. Si quelques scénaristes se vantent de pouvoir écrire n’importe où, la plupart d’entre eux ont besoin de se réfugier dans un lieu dédié. C’est dans ce sanctuaire qu’ils passent de longues heures solitaires à créer leurs histoires, coupés du reste du monde…

Je vous propose de nous faufiler dans celui d’une de mes auteures favorites, l’iconique romancière et essayiste Joan Didion.

En ce moment, parmi les six bouquins dans lesquels je suis plongée, The Last Song, une passionnante biographie de Tracy Daugherty dédiée à Joan Didion, l’occasion rêvée pour vous faire découvrir quelques unes des manies d’écriture de cette grande auteure.

Née en 1934, Joan Didion est depuis les années soixante l’une des grandes plumes de l’Amérique. Journaliste, essayiste, romancière, elle s’est aussi frottée, avec brio, à l’écriture de scénario co-signant notamment The Panic in Needle Park et A star is born.

J’ai adoré son roman Play It As It Lays, mais ce sont surtout ses essais qui me fascinent, le mythique White Album notamment, dont certains textes ont été traduits en France sous le titre L’amérique. A noter que certains de ses carnets de notes ont été publiés sous le titre South and West: From a Notebook. Il est sur ma table de nuit itou. 😉

Joan Didion a longtemps écrit de façon itinérante, en tant que figure du nouveau journalisme, puis lors de ses incursions en terres d’Hollywood. Mais elle a toujours eu pour routine de se lever tôt pour affronter, chaque matin, « la peur d’écrire ».

Elle aime comparer l’art romanesque à de la peinture. Elle considère chaque mot comme un coup de pinceau qui laisse une empreinte sur la page, même une fois le texte réécrit. De même la première ligne, selon elle, oriente tout le texte à suivre, réduisant le champ de possibles. Et elle vit l’écriture comme un combat avec le lecteur pour qu’il l’entende, pour l’attirer dans ses rêves et cauchemars.

Elle tient, comme la plupart des auteurs, des carnets de notes, pas pour enregistrer factuellement ce qu’elle a fait ou pensé, mais « par un instinct de réalité qu’elle envie mais ne possède pas ».

Ce qui est frappant, quand on lit sa biographie, c’est qu’on a le sentiment qu’elle a toujours vécu dans le spleen, le mal-être. Malgré les drames qui ont jalonné son existence (elle a notamment perdu son mari et sa fille), elle continue pourtant d’écrire, en quête permanente de sens:

Ce qui est flagrant aussi, c’est à quel point elle a toujours pris au sérieux son art (il faut dire qu’elle a partagé sa vie avec un autre auteur, John Gregory Dunne, lui-même pourvu d’un sacré ego) et son statut d’auteure iconique, soigneusement mis en scène, comme dans ce cliché de famille, pris dans son bureau de l’époque:

Kathy Willens / AP Photo

Si son écriture est fascinante, c’est d’ailleurs parce qu’elle a autant exploré l’Amérique de la seconde moitié du 20ème siècle sous un angle sociologique que sa propre existence d’auteure, disséquée de façon très intime.

Outre ses oeuvres, je vous recommande vivement la lecture de l’édition du Art of Fiction du Paris Review qui lui est consacrée, ainsi que cet article de Brain Pickings.

A voir sur Netflix, le documentaire Joan Didion: The Center Will Not Hold, signé Griffin Dunne, dont voici le trailer:

Quelques belles oeuvres de Joan Didion :

D’autres bureaux d’auteur(e)s à visiter . 😉

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