Coup de coeur pour Phantom Thread

La semaine dernière j’ai eu le grand privilège d’assister à l’avant-première du nouveau film de Paul Thomas Anderson, suivi d’une masterclass, gniiiiiii!

S’il n’a signé « que » huit longs-métrages depuis le début de sa carrière, au début des années quatre-vingt-dix, Paul Thomas Anderson est sans conteste l’un des auteurs-cinéastes les plus respectés outre-Atlantique. Il avait signé deux longs-métrages cultes, Hard eight (1996) et Boogie nights (1997), avant même d’avoir trente ans.

En 1999, il livre le sublime Magnolia qui lui vaudra notamment l’Ours d’or au Festival de Berlin et trois nominations aux Oscars. Sa carrière est sur orbite. Signant scénarios et images avec le même brio, maniant avec fluidité intrigues aux personnages multiples et récits déstructurés, on compare le jeune cinéaste à Robert Altman, lequel grand maître lui vouait une vive admiration, au point de le choisir comme réalisateur de soutien sur ses derniers tournages. C’est d’ailleurs Paul Thomas Anderson qui achèvera le tournage de The Last Show.

En 2003, PT Anderson réalise Punch drunk love, qui lui vaut le Prix de la Mise en scène à Cannes. Ce film beaucoup moins accessible, qui rompt avec l’univers habituel de son auteur, sera moins bien reçu que ses précédents films. En 2007, il adapte l’ouvrage Oil! d’Upton Sinclair sous le titre There will be blood. Cette magistrale saga, multiprimée, le réconcilie avec le public.

Son sixième opus, The Master, retraçant l’ascension d’un charismatique leader religieux dans les années 50 aux Etats-Unis, dans lequel il dirige l’un de ses acteurs fétiches, Philip Seymour Hoffman, a bien failli ne jamais voir le jour. Il faut dire que le protagoniste n’est pas sans rappeler un certain L. Ron Hubbard, et qu’il ne fait pas bon taper, outre-Atlantique, sur la Scientologie…

Son film suivant, Inherent Vice est sorti dans une indifférence relative, malgré d’excellentes critiques. Je pense que Phantom Thread va cartonner, en revanche. Et je vous le recommande vivement!

Ce film rompt avec l’exercice du récit choral, cher à PTA, on peut même dire qu’il est extrêmement sobre, en terme de narration comme de mise en image. Mais de cette retenue, qui colle au point de vue du protagoniste, nait un maelstrom de sensualité, et d’émotions. La caractérisation des trois personnages principaux est une sacrée leçon d’écriture, de la haute couture qui, ce n’est pas un hasard, est la toile de fond de l’intrigue. Je préfère ne pas trop vous en dire, afin de ne pas spoiler, mais sachez que la chute est une surprise magistrale, et éclaire d’un sens nouveau, tout le film. Du grand art!

Et en parlant de leçon d’écriture, voici le scénario de Magnolia :

Quant à la masterclass, qui était passionnante, elle a été filmée in extenso et sera prochainement dispo online.

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