Mes dernières lectures

 

Coups de coeur pour deux de mes lectures estivales, qui devraient vous intéresser aussi. A travers ces deux ouvrages biographiques, l’un consacré à Jean-Luc Godard, l’autre au producteur Jean-Pierre Rassam, j’ai effectué un réjouissant voyage dans l’histoire du cinéma hexagonal. Ils m’ont aussi offert un nouvel éclairage sur les rouages grippés de notre industrie en crise…

Jean-Luc Godard par Antoine de Baecque:

Vous connaissez, j’imagine, le célèbre critique de cinéma Antoine de Baecque. Il a prêté sa plume aux Cahiers du Cinéma et aux pages culture de Libération. Grand spécialiste de la Nouvelle Vague, il y a consacré plusieurs passionnants ouvrages, dont cette biographie de Jean-Luc Godard. Ce que j’ai particulièrement apprécié, dans cet ouvrage fleuve, c’est que l’auteur y brosse autant le portrait de l’homme (complexe) que du cinéaste. Antoine de Baecque offre un précieux éclairage sur l’oeuvre de JLG, mais aussi sur les enjeux artistiques, économiques et politiques de la Nouvelle Vague, et de son après. Passionnant, et ô combien précieux pour survivre dans la jungle actuelle! 😉

Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qu’il lui arrive de Christophe Donner:

Nettement plus bref, et ludique, l’ouvrage de Christophe Donner redonne vie au producteur Jean-Pierre Rassam, personnage flamboyant et torturé. Arrivé au cinéma un peu par hasard, pour « rendre service » à son beau-frère, Claude Berri, il a accompagné le travail de Jean-Luc Godard, Robert Bresson, et permis à des oeuvres singulières, ambitieuses, voire politiques, de voir le jour: La Grande Bouffe de Marco Ferreri, Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil de Jean Yanne, Tess de Roman Polanski, Nous ne vieillirons pas ensemble de Maurice Pialat…

Cette biographie drôlissime est double, car elle s’attache à la relation d’amour/rivalité/haine entre Rassam et Claude Berri. Elle dévoile les dessous, pas toujours propres, de cette dynastie mythique, mais aussi du cinéma des années soixante-dix. Un milieu qui a évolué, mais pas tant que ça. La tentative d’OPA de Rassam sur la Gaumont, et ses conséquences explique bien des choses.

Je n’avais pas prémédité de lire ces deux ouvrages de front, mais mon plaisir à été décuplé, tant ils se répondent, en définitive, l’un à l’autre. Cerise sur le gateau, ils offrent un précieux témoignage de la lente déréliction de l’objet scénario, en France. De Godard et ses scénarios de quatre pages, ou écrits, le matin du tournage, sur des petits bouts de papier, à Jean-Pierre Rassam et sa philosophie au sujet de l’écriture:

De même que les ouvrages de Peter Biskind m’avaient mieux fait comprendre le cinéma américain, et sa crise actuelle, ces deux lectures estivales m’ont amenée à cogiter sur le milieu dans lequel j’exerce depuis une quinzaine d’année, et sur lequel j’essaie de garder un poil de recul… 😉

Sur ma reading list: la biographie qu’Antoine de Baecque a consacrée à Truffaut, stay tuned! 😉

Copyright©Nathalie Lenoir 2017