Conseils pour écrire une adaptation littéraire, volume 2

L’adaptation littéraire est considérée, depuis les débuts du cinéma, comme un filon juteux. Mais créativement, l’exercice peut s’avérer cauchemardesque. Après avoir vu comment se déroulent les démarches préliminaires, penchons-nous aujourd’hui sur le travail d’adaptation à proprement parler…

Comme nous l’avons vu hier, il ne suffit pas de vouloir adapter une oeuvre littéraire pour en obtenir le droit. Et une fois les formalités légales accomplies, les difficultés ne font que commencer. 😉

Tous les livres ne sont pas adaptables et ce pour une raison majeure : un livre et un scénario ne s’écrivent pas du tout de la même manière.

La première question à se poser, et sérieusement, c’est si l’ouvrage a les qualités nécessaires pour devenir un film.

Nous allons plus particulièrement nous étudier le cas du roman, parce que c’est le format littéraire le plus éloigné du scénario, le plus difficile à adapter donc.

Premier écueil, le nombre de pages. La majorité des longs métrages durent entre une heure trente et deux heures. Il est très difficile de condenser un ouvrage qui fait plusieurs centaines de pages dans un temps aussi court.

Deuxième problème majeur : un roman s’attarde en général sur les pensées et émotions des personnages, ce qu’il est absolument impossible de traduire à l’écran. Même chose pour les descriptions.

Troisième point épineux, le nombre de personnages et de points de vue. Dans un film, on doit se concentrer sur un personnage, un point de vue. Il ne peut non plus y avoir une multiplicité d’intrigues secondaires.

Dernière difficulté, et pas des moindres, un livre n’est pas forcément écrit de façon linéaire, en respectant la chronologie des évènements.

Si la beauté et la puissance d’un roman repose trop sur la poésie des mots, des phrases, il sera inadaptable parce que le cinéma est l’art de l’image, un scénario montre une histoire mais ne la raconte pas.

Le cœur du travail d’adaptation, c’est le choix, le tri, de nombreuses coupes douloureuses. Alors, comment faire ?

Tout d’abord, il faut s’imprégner du livre et en retirer ce qui fait la base d’un scénario :

  • un protagoniste
  • une intrigue
  • du conflit
  • un thème

La méthode la plus simple est sans doute de commencer par résumer brièvement chaque chapitre (deux ou trois phrases maximum). A partir de là, on peut rédiger un résumé global de l’histoire, dégager le thème, la prémisse de l’histoire. A ce stade, on voit immédiatement s’il existe une intrigue et surtout, si elle est assez dramaturgique.

Petit rappel : un scénario met en scène un protagoniste qui, à partir d’une situation de base (exposition) va vivre un événement fort (incident déclencheur), qui le pousse à déterminer un but (objectif). Le personnage va alors tout mettre en œuvre pour atteindre cet objectif, malgré les nombreux obstacles, de plus en plus forts, qui jalonnent son parcours. Cette quête le mène jusqu’à un point de conflit extrême (climax). On sait alors s’il a ou non atteint son objectif (réponse dramatique) et quelles vont être les conséquences de sa quête sur son existence (résolution).

Un scénario se découpe en trois actes. Il convient donc de dégager les éléments les plus dramaturgiques du roman dans un premier temps, puis de les organiser en trois actes.

C’est le moment de supprimer tous les éléments qui ne font pas avancer l’action : personnages et évènements superflus, digressions lyriques… Il est tout à fait possible de fondre les caractéristiques de plusieurs personnages en un seul par exemple. On peut appliquer le même principe aux sous-intrigues.

Petite astuce pour faire avancer l’action sans tout sacrifier : utiliser ce qu’on appelle un montage : une scène muette qui est une succession de plans rapides et permet de résumer tout un pan de l’histoire, de montrer que le temps passe. En effet, l’action d’un film doit être le plus possible resserrée dans le temps, pour des raisons rythmiques.

Pour tout l’aspect intérieur du personnage, ses pensées, ses souvenirs, ses observations, une seule solution possible : traduire tous ces éléments en actions, c’est à dire montrer ce que le personnage ressent à travers ses actions, ses gestes.

Toujours pour des raisons de rythmes, les scènes doivent être brèves, pas plus de trois minutes (sauf rares exceptions). Même chose pour les dialogues, il faut éviter au maximum les monologues, les longs pavés.

Eventuellement, on peut avoir recours à la voix off afin de résumer une situation, de rendre hommage discrètement au texte d’origine. Mais attention, il ne faut surtout pas abuser de ce procédé qui devient vite indigeste !

En ce qui concerne le protagoniste, il doit être le plus actif possible et surtout, le public doit pouvoir s’identifier à lui, éprouver de l’empathie. Sans cela, les spectateurs ne pourront pas entrer dans l’histoire, s’y intéresser, être émus.

L’exposition doit être brève, on doit rapidement entrer dans le vif de l’histoire. Si le livre présente un univers complexe, dense, il faudra trouver le moyen de le présenter brièvement, à l’aide d’images fortes.

Certains romans contiennent tous ces éléments en substance, quand ce n’est pas le cas, il faut s’éloigner du texte de départ et inventer les éléments manquants. De toute façon, une fois que l’on a décortiqué cette matière première, il faut absolument prendre du recul. Même si un roman a d’office un bon potentiel filmique, le travail d’adaptation n’est en aucun cas de la paraphrase.

C’est la raison pour laquelle on dit souvent qu’il ne faut pas être trop amoureux d’un roman pour l’adapter, il faut être capable de s’en détacher, de le considérer avec un œil objectif et de sacrifier tout ce qui n’est pas filmique. Beaucoup de scénaristes préfèrent adapter des romans « moyens » qui n’ont pas de grandes qualités littéraires, parce qu’ils se sentent alors plus libres de se réapproprier le matériel de base et de supprimer les éléments qui les encombrent.

La nouvelle, la bande dessinée, sont des genres plus faciles à adapter pour le cinéma dans la mesure où leurs structures, leurs formats, sont beaucoup plus proches de celles d’un scénario. Même chose pour la non fiction, elle se concentre en général beaucoup plus sur les faits, les évènements, que l’introspection des personnages.

En définitive, les meilleures adaptations ne sont pas forcément les plus fidèles. Ce qui compte c’est de retranscrire l’émotion que l’on expérimentée à la lecture sur un écran. Il faut rester fidèle à son envie d’adapter, pas forcément au livre lui-même.

Le travail d’adaptation est long, souvent ingrat, mais c’est un domaine qui réserve de belles surprises, par exemple, lorsqu’un auteur très peu connu, un certain Peter Jackson, s’attaque à une œuvre réputée inadaptable, un monument de la littérature de plus de mille pages, Le seigneur des anneaux, et parvient à la magnifier. A noter que cela ne l’a pas empêché de se vautrer en s’attaquant au Hobbit, à méditer… 😉

Quelques ouvrages qui vous aideront à écrire une adaptation :

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