Le réalisateur doit-il (ré)écrire le scénario de « son film »?

En France il est de coutume, depuis la Nouvelle Vague, de considérer les réalisateurs et trices comme les auteur(e)s des films qu’ils mettent en images, qu’ils en aient écrit, ou pas, les scénarios. Est-il profitable à un film que son cinéaste s’implique dans son écriture. Pas toujours, à vrai dire, et je suis tombée sur une interview d’un réalisateur, justement, qui analyse à merveille les différents cas de figures…

La Nouvelle Vague à fait énormément de bien au cinéma français, à l’époque, puis beaucoup de mal, à cause d’un gros malentendu: si ses cinéastes se sont insurgés contre la dimension formatée des films de studios de l’époque, les François TruffautJean-Luc Godard, Claude Chabrol, Éric Rohmer, Jacques Rivette, Agnès Varda, Jacques Demy, Alain Resnais et autres cinéastes révolutionnaires des années soixante faisaient grand cas de l’objet scénario. La plupart d’entre eux travaillaient d’ailleurs avec un (co)scénariste, voire à partir de matériel littéraire. Ils militaient simplement pour une plus grande liberté créative, lors de l’écriture comme de la mise en images, pour un(e) cinéaste artiste et pas simplement technicien(ne) à la solde d’un producteur.

Résultat des courses: on prend aujourd’hui les cinéastes pour les seuls auteur(e)s des films qu’ils/elles réalisent, au détriment des scénaristes… et de la qualité d’écriture des scénarios. Dans les faits, l’écriture s’apprend, de même que la réalisation. Certains cinéastes sont très doués pour l’écriture, certains scénaristes sont tout à fait capables de passer derrière la caméra. Mais la maitrise d’une de ces casquettes n’implique en rien celle de l’autre.

La relation réalisateur/scénariste est à géométrie variable et doit être considérée au cas par cas:

  • certains cinéastes sont aussi de bons auteurs et n’ont pas besoin de co-scénaristes

  • d’autres cinéastes, la plupart, ont des velléités d’écriture mais ne maitrisent pas l’art de la dramaturgie, ils ou elles ont donc besoin de travailler avec un(e) co-scénariste

  • certains cinéastes n’ont pas de talent d’écriture, pas l’envie ou le temps pour s’impliquer dans l’écriture, ils confient l’écriture à un(e) scénariste de leur choix (là où le bas blesse c’est qu’ils réclament parfois une part des droits d’auteur, hem)

  • certains réalisateurs ou trices sont engagés par une société de production pour mettre en images un scénario déjà écrit par un(e) scénariste

Comme le résume très bien Mark W. Travis dans cette interview, il est compréhensible qu’un réalisateur souhaite également écrire ou co-écrire le scénario de son futur film, c’est même mieux, mais quand il est embauché après l’écriture du script, il n’y aucune raison pour qu’il demande à le réécrire, par ego mal placé. Qui penserait à considérer Hitchcock ou Scorsese comme de simples techniciens? Leurs films sont pourtant quasi exclusivement écrits par leurs seuls scénaristes. Il est profitable à la qualité du film, en revanche, que scénariste et réalisateur collaborent/dialoguent avant et pendant le tournage du film, parfois même en cours de montage si le réalisateur le juge nécessaire.

A contrario, un(e) scénariste aurait tort de prétendre réaliser son spec-script par simple frustration de ne pas le vendre, ou parce qu’il ou elle ne se sent pas assez respecté(e) par « le milieu ». A méditer… 😉

Quelques saines lectures pour approfondir cette réflexion :

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