Comment écrire un film d’horreur?

exorcist

Si les films de genre font les belles heures du cinéma hollywoodien depuis sa création ou presque, force est de constater que la recette fonctionne nettement moins bien sur notre sol. Il est commode de blâmer l’écart des budgets consacrés à ces oeuvres des deux côtés de l’Atlantique, mais je suis quant à moi persuadée que beaucoup de scénaristes et cinéastes français pêchent par orgueil.

Bien entendu, à force d’être ultra calibrée, l’écriture de scénario américaine en devient parfois artificielle, mais en matière de dramaturgie, il est in-dis-pen-sable de connaitre et maîtriser les règles spécifiques à tel ou tel genre avant de prétendre s’en affranchir.

Puisqu’aujourd’hui c’est Halloween, je vous propose de nous pencher sur l’écriture d’un film d’horreur.

Bon, j’avoue que je me fais plaisir sur cette action car ce genre est sans conteste mon favori. J’ai biberonné aux films d’horreur dès l’âge de sept-huit ans, en cachette, ça va de soi, explorant in extenso le rayon dédié du vidéo-club. Avec le recul, je me dis que l’Exorciste aurait sans doute pu attendre quelques années (six mois de cauchemars au bas mot) mais punaise, quel pied! 😉

Aujourd’hui encore, je reste une grande consommatrice et j’ai eu la chance de me frotter à ce genre en tant que scénariste, même si c’était de façon détournée (un mélange horreur et comédie) et si le projet n’a finalement pas vu le jour (grrr et trois fois grrr).

J’avais déjà abordé les films d’horreurs à travers une série d’articles sur les films de vampires, de loups-garous et de zombies mais j’avais zappé l’essentiel, à savoir comment écrire ce genre d’oeuvres. Je vais donc tenter de vous livrer quelques pistes…

Structure de l’intrigue

Outre les règles dramaturgique communes à tous scénarios, voici quelques points stratégiques d’une intrigue de film d’horreur:

1. L’amorce, c’est à dire une entrée en matière particulièrement mystérieuse et terrifiante qui n’a pas forcément de rapport direct avec le/la protagoniste de l’histoire.

2. La présentation du/de la protagoniste et surtout de sa faille. Dans ce genre de films, le personnage principal a très rarement un passé sans histoires ou un quotidien parfait. Il est en général marqué par un deuil ou traumatisme quelconque qui lui rendra le fléau à venir particulièrement insoutenable.

3. La découverte de l’angoisse/phobie du/de la protagoniste, obstacle supplémentaire pour affronter les évènements futurs. Il est indispensable que le spectateur s’attache rapidement à ce personnage, à ce qu’il ressente de l’empathie à son égard, sinon, il ne craindra pas pour sa survie au cours du récit.

4. L’isolement géographique/moral/psychologique du personnage, il doit se trouver dans un lieu et une situation qui le privent de secours éventuels, qui vont rendre la fuite impossible.

5. Les fausses pistes, des évènements ou personnages qui vont faire sursauter le public, jouer avec ses nerfs (et ceux du protagoniste) alors qu’ils ne sont pas réellement menaçants.

6. Les premières attaques « frontales » du monstre/tueur, c’est à dire les moments où le public découvre cet antagoniste et son pouvoir de nuire. Il est judicieux en revanche d’en donner plus à voir au public qu’au protagoniste de manière à renforcer l’ironie dramatique.

7. L’enquête du protagoniste qui décide de prendre les choses en main, de découvrir qui est le tueur et pourquoi il agit de la sorte.

8. La confrontation finale, le moment où le héros fait face à l’antagoniste et doit le vaincre.

9. L’épilogue au cours duquel on constate à quel point le protagoniste été métamorphosé par l’expérience qu’il vient de vivre. Il a notamment vaincu l’angoisse qui le tenaillait au tout début de l’histoire, ce qui n’empêche qu’il ressort en général très abîmé, moralement et/ou physiquement de cette épouvantable aventure.

10. Le clin d’oeil démoniaque, particulièrement adressé au spectateur afin de lui faire comprendre que le cauchemar est loin d’être terminé…

Thèmatique

Ce genre d’histoires sont d’autant plus marquantes si elles développent une ou plusieurs thématique(s) forte(e). Je ne parle pas de la vision manichéenne du Bien contre le Mal. Beaucoup de films d’horreur évoquent l’adolescence et ses rites de passages, la découverte des pulsions sexuelles (CarrieHalloween, Friday the 13th…), mais aussi la religion (The Omen, Rosemary’s baby…), certains, comme The Exorcist, combinent les deux. D’autres sont nettement plus politiques, comme Dawn of the dead ou Poltergeist qui fustigent l’american dream de l’époque. La saga Scream livre une réflexion sur notre société de l’image avide de violence…

En bref, le choix est infini mais un film d’horreur semble totalement insipide s’il n’offre pas divers niveaux de lecture. Les sous-intrigues et le symbolisme sont sans conteste les meilleurs vecteurs pour véhiculer une thématique forte.

Clichés

Connaitre les règles de base ne représente qu’une première étape et il faut savoir s’en affranchir, sous peine de produire un vague erstatz ou mash-up de films déjà existants. Que ce soit dans le choix des décors, où la création du « monstre », de la caractérisation des personnages, des dialogues, ou même du déroulement de l’intrigue, il est toujours possible d’insuffler de l’originalité, de surprendre le spectateur.

Je vous laisse méditer et je me rue sur ma DVD party annuelle:

😉

Copyright©Nathalie Lenoir 2014

Follow Nathalie_Lenoir on Twitter