Les 10 règles d’écriture de Friedrich Nietzsche

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Scénario-Buzz fait sa rentrée avec quelques  judicieux conseils d’écriture à l’attention des auteurs de tous bords et tous niveaux. Et pour une fois, ils ne nous sont pas distillés par un scénariste, romancier ou writing guru mais par un philosophe, et pas des moindres: tonton Nietzsche himself in person. Good read! 🙂

Les dix règles d’écriture et de style qui suivent sont issus de la correspondance entre Nietzsche et Lou Andreas-Salomé. Je les ai lus dans les colonnes de l’incontournable Brain Pickings et ils m’ont tellement  marquée que j’ai décidé de vous les traduire.

1. Of prime necessity is life: a style should live.

2. Style should be suited to the specific person with whom you wish to communicate. (The law of mutual relation.)

3. First, one must determine precisely “what-and-what do I wish to say and present,” before you may write. Writing must be mimicry.

4. Since the writer lacks many of the speaker’s means, he must in general have for his model a very expressive kind of presentation of necessity, the written copy will appear much paler.

5. The richness of life reveals itself through a richness of gestures. One must learn to feel everything — the length and retarding of sentences, interpunctuations, the choice of words, the pausing, the sequence of arguments — like gestures.

6. Be careful with periods! Only those people who also have long duration of breath while speaking are entitled to periods. With most people, the period is a matter of affectation.

7. Style ought to prove that one believes in an idea; not only that one thinks it but also feels it.

8. The more abstract a truth which one wishes to teach, the more one must first entice the senses.

9. Strategy on the part of the good writer of prose consists of choosing his means for stepping close to poetry but never stepping into it.

10. It is not good manners or clever to deprive one’s reader of the most obvious objections. It is very good manners and very clever to leave it to one’s reader alone to pronounce the ultimate quintessence of our wisdom.

Source: Brain Pickings

Traduction:

1. La vie est de prime importance: un style doit vivre. (Et j’ajouterai que l’auteur doit avoir un peu de vécu… ^^)

2. Le style doit être adapté à la personne spécifique avec laquelle l’auteur souhaite communiquer (la loi de la relation réciproque).

3. Tout d’abord, il faut déterminer précisément ce que l’on souhaite dire et présenter avant de l’écrire. L’écriture doit être mimétisme.

4. Puisque que l’auteur manque de la plupart des outils dont dispose l’orateur, il doit en général avoir comme modèle l’incarnation particulièrement expressive d’une nécessité. La retranscription écrite paraitra plus fade en comparaison.

5. La richesse de la vie se révèle à travers une richesse de gestes. On doit apprendre, expérimenter, pour que tout soit ressenti – la longueur et ralentissement des phrases, la ponctuation, le choix des mots, les pauses, les séquences d’arguments – comme de vraies actions.

6. Il faut être vigilant avec les points! Seules les personnes qui ont beaucoup de souffle lorsqu’ils s’expriment méritent des points. Avec la plupart des gens, le point est une question d’affectation. (Il met en garde contre les longues phrases pompeuses/alambiquées/sans virgules donc respirations).

7. Le style doit illustrer que l’auteur croit à une idée; non seulement qu’il pense, mais aussi qu’il ressent.

8. Plus la vérité que l’on souhaite enseigner est abstraite, plus il faut susciter les sens du lecteur au préalable.

9. La bonne stratégie consiste pour un auteur de prose à opter pour tous  les moyens de flirter avec la poésie sans jamais verser dedans.

10. Ce n’est pas correct ou intelligent de priver son lecteur des objections les plus évidentes. Il est très courtois et intelligent de laisser au seul lecteur prononcer la quintessence ultime de la sagesse.

Le discours du grand philosophe vous semble un poil abstrait? Selon Nietzsche donc, la vie est toujours plus intense et juste que sa retranscription écrite et pour pallier cette faiblesse au maximum, l’auteur doit à la fois accumuler les expériences de vie, afin de comprendre de façon viscérale ce au sujet de quoi il va écrire, et exercer sa plume sans relâche afin que sa prose soit le plus possible à la hauteur de ce qui l’a inspirée. Il met en garde contre une prose pompeuse et artificielle, plaidant au contraire pour une écriture vraie et multidimensionnelle, c’est à dire qui titille tous les sens du lecteur afin de retranscrire la richesse et le relief de la vraie vie.

Il encourage enfin l’auteur à ne pas être trop didactique, voire condescendant, avec son lecteur. S’il a bien fait son travail, le lecteur saisira parfaitement son propos, quitte à voir au-delà, ce qui est encore plus flatteur. Autant vous dire que j’adhère à 300% avec cette doctrine. 🙂

Copyright©Nathalie Lenoir 2014



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