Comment Hollywood voit les scénaristes

S’il est généralement un écrivain de l’ombre, le scénariste est parfois mis en lumière par le média même auquel il consacre son existence. En France c’est relativement peu fréquent mais Hollywood prise le pied de nez qui consiste à faire du scénariste le protagoniste d’un film. Légitime retour d’ascenseur ou private joke cynique?

Il faut bien reconnaitre que lorsque l’auteur est représenté à l’écran, c’est rarement sous son meilleur jour… Vous voulez quelques exemples?

Glamour la vie de scénariste? Pas selon Hollywood en tout cas. Déjà que le pauvre auteur doit lutter quotidiennement pour prouver qu’il exerce une véritable profession, luttant contre la légende urbaine véhiculée par les belles-mères, banquiers, pharmaciennes et poissons rouges, voici que le septième art le fait passer pour un personnage très peu fréquentable!

Si l’on en croit les films qui font de lui un héros, le scénariste est:

1. Un homme. Vous en connaissez beaucoup vous, des films dont la protagoniste serait UNE scénariste? Non? Moi non plus. En même temps ce n’est peut-être pas une si mauvaise chose si l’on considère la suite de la liste…

2. Un looser de la pire espèce, pour ne pas dire un parasite, comme cherchent à le prouver Barton Fink des frères Cohen, Adaptation de Spike Jonze (scénario de Charlie Kaufman), Sunset Boulevard de Billy Wilder (scénario co-écrit avec Charles Brackett et D.M. Marshman Jr.) ou encore Deconstructing Harry (Harry dans tous ses états en VF) de Woody Allen…

3. Dépressif et je ne vous parle pas d’un subtil spleen délicieusement artistique, hein! Il s’agit bien d’être au fond du trou, de végéter dans un état proche du légume comme les héros d’Adaptation ou de Leaving Las Vegas.

4. Totalement négligé, pour ne pas dire crade: vêtements élimés, vieux jogging sale, barbe de trois jours, cheveux hirsutes, hygiène corporelle plus qu’approximative, appartement sordide, guimbarde en guise de véhicule… Force est de reconnaitre que les protagonistes d’Adaptation, Barton Fink Barfly ou Leaving Las Vegas, pour ne citer qu’eux, sont clochardisés à l’extrême.

5. Un éternel célibataire, ou condamné à se faire plaquer comme l’atteste douloureusement Le Mépris de Jean-Luc Godard (d’après le roman éponyme d’Alberto Moravia), le film le plus hollywoodien du cinéaste.

6. Totalement fauché: endetté jusqu’au cou, harcelé par les huissiers et une demi-douzaine d’ex femmes revanchardes, obligé de vivre aux crochets de son rare entourage, voire d’une star tombée en désuétude comme le héros de Sunset Boulevard.

7. Alcoolique, cocaïnomane, sex-addict, accro aux courses hippiques, à la nicotine, au Tac-O-Tac, aux fraises Tagada, que sais-je encore! Les exemples sont légion (Adaptation, Sunset Boulevard, Barfly, Leaving Las Vegas, Sideways, Permanent Midnight …), je dirais même que c’est un trait de caractère incontournable.

8. Victime chronique du writer’s block et d’autres angoisses diverses, Adaptation en est sans doute la plus belle illustration.

9. Totalement amoral, plagiaire et hors la loi comme le protagoniste de Wonder Boys, voire pédophile à l’instar du Humbert Humbert de Lolita et de son antagoniste!

10. Psychopathe, comme les héros de The Shining, Secret Window, The dark half, des films tous adaptés d’œuvres de Stephen King, hmmm, ou celui de Cabin by the lake, de Naked Lunch

A noter tout de même qu’entre 2007 et 2014, un protagoniste du petit écran, à savoir Hank Moody (Californication), a prouvé que l’on peut cumuler toutes ces tares tout en restant cool, drôle et sexy, total respect! Il va me manquer le bougre… 🙂


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