Anatomie du scénario de cinéma américain

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Vous l’aurez sans doute noté, on n’aborde pas vraiment la dramaturgie de la même manière des deux côtés de l’Atlantique. Si en France, l’histoire, c’est à, dire le fond, passe avant la forme, les films illustrant la vision d’un cinéaste, aux USA on applique les règles de la dramaturgie avec une précision chirurgicale… au risque de sacrifier le fond à la forme.

Je vous propose d’autopsier ensemble un scénario américain afin de voir ce qu’il a dans les tripes…

Je vous ai déjà poussés à maintes reprises à étudier la dramaturgie avant de vouloir vous lancer dans une carrière de scénariste, je vous également expliqué ce qu’un lecteur professionnel s’attend à trouver dans un scénario mais tant que vous maîtrisez vos bases, personne en France ne viendra vous casser les pieds parce que votre premier acte fait une demi-page de trop.

Supposons en revanche que vous rêviez d’exporter votre plume en terres hollywoodiennes, auquel cas vous devrez formater votre texte avec une rigueur militaire, de la taille et la police du texte, au nombre de pages, acte par acte.

On pourrait résumer un script de cinéma américain de cette manière :

  • c’est un texte de 120 pages
  • le premier acte couvre entre 25 et 30 pages
  • le deuxième acte s’étend jusqu’à la page 110
  • le troisième acte couvre les pages 110 à 120
  • le document est intégralement écrit en caractères courrier, que ce soient les corps de description, les dialogues, les intitulés de scènes
  • la largeur des pages, des colonnes sont normalisées


Ces règles vous semblent trop rigides? Vous n’êtes pas au bout de vos surprises! Voici maintenant les aspects narratifs que les lecteurs des grands studios s’attendront à trouver dans votre texte:

  • Page 1: séquence d’ouverture visuelle, intrigue qui s’ouvre de façon active
  • Page 5: l’exposition se doit d’être terminée, les personnages principaux doivent avoir été présentés d’une façon assez intéressante pour qu’on devine déjà leurs personnalités
  • Pages 10 à 15: mise en place de l’élément déclencheur et déclaration d’objectif du protagoniste
  • Pages 20 à 30: enchaînement d’évènements qui font basculer le protagoniste de sa vie ordinaire vers la quête qu’il doit mener
  • Pages 50 à 60: climax médian: un évènement fait basculer l’intrigue et son atmosphère
  • Pages 80 à 90: un gros échec remet en cause la quête du protagoniste, tout semble perdu
  • Pages 100 à 110: lutte finale et climax
  • Pages 110 à 120: dénouement



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Si ce bref énoncé peut prêter à rire, il faut bien reconnaître que les scénaristes américains sont des maîtres dans l’art d’écrire des films. Je ne suis pas en train de vous dire qu’il faut appliquer la formule ci-dessus au millimètre près mais ne perdez pas de vue que, même si ça peut sembler paradoxal, s’imposer des règles et contraintes permet de faire travailler son imagination à plein régime, bref, de booster sa créativité.

N’oubliez pas non plus que même en France, si vous souhaitez travailler pour le petit écran vous devrez vous plier à des règles tout aussi rigides pour chaque format de fiction visé. Plus il est court, plus elles deviennent tyranniques… 😉

Je ne saurais que trop vous encourager, une fois de plus, à lire des scénarios de films américains afin d’analyser leur anatomie, vous constaterez qu’elle n’empêche en rien d’écrire de belles histoires ou de créer des personnages inoubliables, loin s’en faut…

Références :

Copyright©Nathalie Lenoir 2014

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