10 façons de saboter à coup sûr sa carrière de scénariste

Parmi les lecteurs qui fréquentent régulièrement ces colonnes, certains espèrent que je leur livre le Graal, c’est à dire LE secret ultime pour devenir scénaristes à leur tour. Autant tuer le mythe : il n’existe aucune formule magique, aucun tour de passe-passe ni aucun raccourci pour fils/conjoint/neveu de VIP. Ce qui est absolument certain en revanche, c’est que pour devenir scénariste, amis Padawans, il vous faut mettre toutes les chances de votre côté en évitant de commettre certaines erreurs « de débutants ».

Non seulement elles vous feraient perdre beaucoup de temps et d’énergie mais elles se sont avérées carrément fatales à maintes carrières…

Comme je vous l’ai expliqué à diverses reprises, la première règle d’or pour devenir scénariste, c’est de traiter l’écriture comme un vrai métier. Loin de moi l’intention de vous décourager mais c’est loin de suffire. Pour réussir dans n’importe quelle carrière encore faut-il développer une certaine stratégie. A chacun de déterminer ses envies d’écriture et ses objectifs mais pour optimiser vos chances, pour garder une petite chance de réussite devrais-je dire, il faut apprendre de ses propres erreurs, mais aussi de celles des autres.

Je suis bien prête à parier dix cacahuètes que vous foncez droit dans le mur en:

1. Vous focalisant pendant des mois, voire des années, sur un seul et unique projet/scénario. Pourquoi les scénaristes professionnels jonglent-ils en permanence entre trois ou quatre projets à votre avis? Tout simplement parce qu’ils savent que 75% des projets tombent à l’eau, à divers stades de développement et qu’il leur faut bien payer les factures.

Il ne s’agit pas tant d’écrire dans son coin vingt-sept spec-scripts et d’inonder toutes les productions parisiennes de votre prose en espérant vendre l’un d’entre eux au bout du compte que de multiplier les rencontres et les associations avec d’autres jeunes travailleurs des secteurs audiovisuel et/ou cinéma. Ce qui nous amène à la seconde erreur fatale:

2. En ne faisant aucun effort pour se créer un réseau professionnel. Ce n’est pas faute de vous le seriner pourtant: si vous ne brisez pas au plus vite votre isolement vous n’aurez aucune chance de devenir scénariste. Un film comme une fiction télévisée sont des oeuvres collaboratives. Rencontrez d’autres jeunes auteurs, techniciens et cinéastes, inscrivez-vous à Séquences 7, dans des forums, arpentez les allées des festivals, assistez à des projections. Et ne venez pas pleurnicher que vous habitez en province! Non seulement le Net fournit d’excellentes ressources en la matière, mais il faut arrêter de se voiler la face: si beaucoup de scénaristes professionnels s’installent en province, faisant des allers-retours vers Paris pour leurs rendez-vous de travail, il est complètement utopique de vouloir percer dans le métier sans s’installer en région parisienne, ne serait-ce que les premiers temps.

3. En confondant réseau professionnel et social. Certes les Twitter, Facebook, Google+, Linkedin et autres peuvent éventuellement vous permettre d’entrer en contact avec untel ou untelle mais échanger blagues, vidéos YouTube et bons mots avec vos contacts n’équivaut pas à collaborer. Une fois que vous avez rencontré ces personnes, encore faut-il avoir des projets à leur proposer. Les réseaux sociaux sont un formidable outil pour se créer un carnet d’adresses pas une excuse supplémentaire pour procrastiner.

4. En étant trop complaisant avec soi-même. Si tel ou tel projet échoue, si votre scénario n’est pas retenu pour tel ou tel concours/appel à projet/commission d’aide à l’écriture ce n’est pas forcément parce que les lecteurs sont des imbéciles ou que tel autre candidat a bénéficié de piston. L’échec fait certes partie du métier mais faites en sorte d’avoir des feed-backs au sujet de vos écrits, et surtout apprenez à digérer la critique.

5. En cumulant les projets laissés en chantier. J’en parlais justement la semaine dernière avec l’un de mes confrères: la première discipline nécessaire pour devenir un vrai auteur, c’est de se forcer à aller au bout de son premier jet. Ça parait évident dit comme ça mais on a tous dans nos tiroirs des projets restés à l’état d’ébauche par flemme/découragement. D’où l’intérêt aussi de ne pas se ruer sur l’écriture d’un scénario dès le jaillissement des premières idées. Un bon brainstorming et de solides recherches permettent d’évaluer le potentiel d’une idée de base. Elles ne méritent pas toutes, aussi géniales puissent-elles sembler de prime abord, de terminer en scénario.

6. En écrivant une seule version de 25 spec-scripts plutôt que 2 ou 3 versions d’un seul. Oui je sais, je viens de vous dire qu’il ne faut pas se cantonner à un seul projet, n’empêche qu’un projet de film ne consiste pas en un premier jet de script écrit à l’arrache. Savoir écrire un scénario consiste en grande partie à pouvoir le réécrire efficacement.

7. En étant trop timide pour démarcher. C’est bien beau d’écrire dans votre coin en espérant que tel ou tel producteur/agent/cinéaste vous demande à lire votre prose sous prétexte qu’il a vu votre profil sur Facebook, ou lu le dernier billet de votre blog. Il y a un moment où il faut se jeter dans l’arène.

8. En confondant audace et manque de savoir-vivre. C’est très bien de vouloir démarcher « des professionnels de la profession », c’est indispensable même, mais par pitié agissez en professionnels, et avec tact! Ne harcelez pas un producteur ou un réalisateur par téléphone ou par mail, sous prétexte qu’il n’a pas réagi à l’envoi de votre projet. Une ou deux relances sont nécessaires, pas trente-six! De même ne demandez pas à un(e) scénariste professionnel(le) de lire et d’évaluer votre scénario. Il s’agit d’un travail à part entière, qu’il ou elle exerce sur sollicitation d’un producteur, moyennant finances.

9. En perdant confiance en soi. Si vous ne croyez pas dans votre potentiel d’auteur ou dans celui de vos projets, personne ne le fera à votre place. Il est normal de galérer pendant des années, c’est le lot de tous les auteurs professionnels. C’est encore plus vrai de nos jours avec la crise cinglante qui secoue l’audiovisuel hexagonal.

10. En développant le syndrome de l’artiste maudit. Manque de confiance, cumul des galères mènent parfois à l’amertume et l’auto-apitoiement, pour ne pas dire la paranoïa. Ce n’est pas ça qui vous aidera à avancer mes p’tits choux, c’est même tout le contraire! Soyez honnêtes avec vous-mêmes: vous saviez pertinemment à quoi vous attendre en embrassant une carrière artistique. Vous êtes peut-être pétris de talent mais honnêtement tout le monde s’en fiche, en particulier les décideurs qui ont vraiment autre chose à faire que de venir vous chercher dans votre coin. C’est à vous d’attirer leur attention, de leur prouver le potentiel de vos écrits et pas l’inverse. CQFD.

D’une manière générale, plus vite vous aurez compris que la profession ne va pas changer pour vos beaux yeux et votre spectaculaire talent mais que c’est à vous de vous y adapter, d’en adopter les codes de conduite, notamment au moment de vos démarches, moins vous perdrez de temps et d’énergie, vous exposant à l’échec.

Je voudrais pouvoir vous dire que la réussite est assurée en suivant ces conseils à la lettre mais ce serait un mensonge. Ce que je peux vous promettre en revanche, c’est que vous éviterez bien des écueils superflus et ce n’est déjà pas si mal… 😉

Copyright©Nathalie Lenoir 2013



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