The Player de Robert Altman
J’illustre régulièrement ce blog avec des interviewes ou masterclasses au cours desquelles des scénaristes ou script-doctors célèbres partagent leur expérience en matière d’écriture. Je vais laisser la place aujourd’hui à un producteur car les auteurs aspirants oublient trop souvent que, même s’ils travaillent en tandem avec un cinéaste, c’est en définitive pour convaincre un producteur qu’ils doivent écrire…
Je ne le répéterai jamais assez, jeunes Padawans: l’écriture d’un scénario est un travail collaboratif. Le scénariste professionnel travaille à la commande, missionné par un producteur et/ou réalisateur. Rares sont ses chances de vendre un de ses spec-scripts, sur notre sol tout du moins. Autant vous dire que pour un auteur débutant, il est encore plus difficile de faire lire son scénario à un producteur.
Si l’on met de côté le déséquilibre flagrant entre offre et demande sur ce maigre marché du spec-script, ce qu’il vous faut bien comprendre, c’est qu’un producteur ne cherche pas simplement une bonne histoire (aussi brillante que la votre vous semble) mais un texte qui soit exploitable, c’est à dire qui puisse donner naissance à un film qu’il juge potentiellement rentable, et ce sans passer par trente-cinq réécritures.
Si vous souhaitez avoir une chance de devenir scénariste professionnel, débarrassez-vous au plus vite du complexe de l’artiste maudit et ne voyez pas les producteurs que vous démarchez comme des ennemis potentiels mais plutôt des collaborateurs en puissance…
Copyright©Nathalie Lenoir 2012


3 décembre 2012 à 10 h 04 min
C’est assez juste. Dans un registre proche, un écrivain se doit d’être à l’écoute de son éditeur. Même complexe de l’artiste maudit qui se plaint de n’être pas compris parce que ses manuscrits sont refusés, alors qu’ils sont peut-être tout simplement mauvais, ou largement étrangers à ce qui peut intéresser la maison d’édition. Exercer la profession de scénariste ou d’écrivain demande un grand sens de l’adaptation et une certaine intelligence, non pas dans l’écriture, mais dans la compréhension du « marché »… Après, rien n’empêche de consacrer sa vie à l’écriture d’un chef-d’oeuvre qui ne pourra s’apprécier que dans 200 ans, mais il sera inutile alors d’en espérer en vivre…
3 décembre 2012 à 19 h 10 min
Bonjour Nathalie,
Est-il vraiment impossible, sans piston, de voir un spec-script accepté par un producteur ?
Je n’ai pas commencé mes démarches mais il faut avouer que tes articles sont trés démoralisants….
3 décembre 2012 à 19 h 16 min
« A coeur vaillant rien d’impossible » Yohan mais je me dois d’être honnête, c’est TRES difficile. Le plus simple pour un jeune auteur est encore de s’associer avec un cinéaste car ce dernier sera bien plus en mesure de faire lire le script.
4 décembre 2012 à 5 h 25 min
Bonjour Nathalie,
Merci pour ta réponse, mais encore faut-il connaître un cinéaste…ce qui n’est pas mon cas.
Jean-Marie Roth affirme au contraire qu’il est possible pour un scénariste débutant de vendre son scénario à condition qu’il soit bon. Est-il trop angélique ?
4 décembre 2012 à 9 h 41 min
@yohan Je fais tout pour encourager les jeunes auteurs dans leur vocation mais je ne vais certainement pas leur mentir. Les chances de faire lire un spec-script sont quasi nulles pour un auteur débutant, et cela n’a hélas pas grand chose à voir avec les qualités du texte en question. Si tu ne connais pas de cinéaste, fais en sorte d’en rencontrer, fréquente forums et festivals, inscris-toi à la Maison du Film Court, à Séquences 7…
4 décembre 2012 à 12 h 22 min
Il faut pas se décourager, tout est possible.
Vendre un spec-script peut être difficile et rare pour un débutant mais le faire lire n’est quand même pas impossible. (L’important étant la façon d’aborder le producteur, en chair et en os dans un festival ou séminaire avec un bon pitch, c’est plus efficace) Ensuite après lecture, si le scénario est bon et convaincant, cela peut mener à une rencontre avec le producteur, peut-être avec un réalisateur (qu’il faut aussi aborder comme un producteur)
Le spec-script en question ne sera peut-être pas développé (en tout cas pas dans l’immédiat) mais peut donner lieu à une collaboration avec ce producteur, avec ce cinéaste, sur d’autres projets peut-être, sur une idée du réal ou du producteur… Le spec-script joue alors le rôle de carte de visite, de « chef d’oeuvre » dans le sens des artisans…
Ensuite, dans le futur, le spec-script initial sera peut-être développé. mais celui-ci sera surement pas mal modifié, surtout si l’auteur n’est pas lui-même réal. (en France les réals sont un peu surestimés)
Mais c’est vrai que la route est si longue que le fait de devenir le scénariste d’un producteur ou d’un réalisateur est déjà une fin en soi, que ce soit en télé ou en cinéma. Enfin c’est ma façon de voir les règles du jeu.
4 décembre 2012 à 12 h 59 min
Le but n’est absolument pas de décourager mes jeunes lecteurs mais bien au contraire de leur expliquer où focaliser leurs efforts pour qu’ils s’avèrent efficaces. C’est à l’aspirant scénariste de s’adapter aux usages du métier et pas l’inverse.