Je voudrais aborder aujourd’hui un sujet qui fâche et pourtant ô combien crucial lorsqu’il est question d’embrasser une carrière d’auteur: l’échec. Si ce blog a notamment vocation d’encourager les aspirants scénaristes dans leur vocation, de les accompagner dans leur lent et chaotique parcours, je ne veux en aucun cas nourrir une utopie. La très grande majorité des aspirants auteurs/scénaristes/écrivains ne parviennent pas à devenir professionnel.
Il est certes tentant de blâmer la malchance, un milieu du cinéma et de l’audiovisuel qui fonctionne en vase clos et serait incapable de reconnaitre « le vrai talent », le manque de « piston », voir une conspiration extra-terrestre. En réalité, aussi difficile que ce soit à entendre, la plupart des wannabe scénaristes échouent… parce qu’ils n’ont pas les qualités pour devenir professionnels. La bonne nouvelle c’est que ça se soigne, à condition bien entendu de faire preuve d’humilité…
J’en entends déjà souligner cyniquement que les grands gourous du scénario, dont John Truby, notre orateur du jour, n’ont justement pas réussi à vendre leurs propres scénarios. Ce n’est pas faux, mais ils passent leur temps, en revanche, à côtoyer des scénaristes à succès, des producteurs influents, bref ils sont carrément bien placés pour savoir comment le métier fonctionne…
Je vous propose donc d’écouter attentivement les deux extraits d’interview qui suivent et d’essayer de prendre un peu de recul sur vous-mêmes, jeunes Padawans:
Je résume les propos de John Truby, en substance, pour mes lecteurs non anglophones:
La première erreur des aspirants scénaristes consiste à se lancer dans une carrière dont ils ignorent tout, de penser naïvement qu’il suffit d’aimer écrire, de manifester quelques aptitudes à l’écrit ou déborder d’idées (forcément) géniales. En réalité le métier d’auteur est l’un des plus difficiles qui soit, techniquement bien entendu mais surtout psychologiquement:
- il y a beaucoup d’appelés pour peu d’élus
- il faut des années pour réellement savoir écrire en professionnel
- il faut ramer encore des années pour espérer débuter une carrière
- il faut être capable de gérer la critique et la réjection
- savoir écrire un scénario ne signifie pas qu’on soit capable de le vendre
- l’écriture ne devient pas plus simple avec l’expérience car chaque projet est unique et demande un énorme investissement
- débuter une carrière ne signifie pas ranger les rames, rien n’est jamais acquis dans ce métier
La seconde erreur que commettent les auteurs peu expérimentés consiste à démarcher avec des scénarios mal écrits, notamment en termes de structure. Passons sur les considérations de notre orateur sur la structure en 3 actes, qui ne fonctionnerait pas selon lui à un niveau professionnel, car là il prêche clairement pour sa seule paroisse. Ceci étant dit, il faut effectivement des années de pratique, et bien des scénarios écrits « à perte » avant de prétendre maîtriser la dramaturgie. Quand j’écris « à perte » c’est simplement pour souligner que les premiers scénarios/romans méritent rarement d’être lus par un lecteur professionnel, ils ne représentent pas pour autant une perte de temps puisqu’ils constituent un entrainement nécessaire.
John Truby ajoute, et je le rejoins également sur ce point, que maîtriser la dramaturgie ne signifie pas qu’un auteur n’a plus rien à apprendre, loin s’en faut.
Si je résume, vouloir devenir scénariste, c’est accepter de travailler d’arrache-pied pendant des années sans vendre le moindre écrit, d’essuyer des refus à répétition, de passer au mieux pour un(e) idéaliste au pire pour un rebut de la société aux yeux de son entourage, dans l’espoir de faire enfin carrière. Vendre un scénario ne garantit pas d’en vendre aisément un deuxième. Pour devenir scénariste, il faut dès le départ traiter l’écriture comme un vrai métier, ce qui nous amène à cette seconde vidéo:
Le point qui différencie, au premier coup d’oeil, un scénariste professionnel d’un amateur, c’est son habilité ou non à gérer la critique. Et John Truby d’ajouter, à juste titre, que pour pouvoir améliorer votre écriture il vous faudra trouver un lecteur compétent, c’est à dire capable de livrer un avis professionnel, utile. Sauf exception, cela n’inclut donc aucun membre de votre entourage.
J’ajouterai un dernier point: la pratique intensive de l’écriture ne vaut que si l’auteur se cultive, s’ouvre au monde. On commence toujours à écrire sur soi-même, sujet qui a peu de chances d’intéresser les lecteurs/spectateurs. J’en discute très souvent avec mon agent, qui rencontre beaucoup d’auteurs débutants, et qui est consternée par leur nombrilisme complaisant…
Il est très difficile de réussir une carrière de scénariste, chers lecteurs, ne la sabotez-pas vous-mêmes…
Copyright©Nathalie Lenoir 2012


12 novembre 2012 à 9 h 12 min
Je suis d’accord en tous points avec toi Nathalie, mais je rajouterais quelque chose. En soi, se dire qu’il faudra des années pour y arriver, qu’on va ramer, qu’il faut écrire à perte etc. n’a rien de très folichon. Mais la vérité, c’est que lorsqu’on a envie de raconter des histoires, cette envie vous tient, bien au-delà des refus et embûches de toutes sortes. Franchement, j’ai essayé dix fois d’arrêter, et c’est bien simple, je n’y arrive pas ! Donc toutes ces « galères » sont relativisées par cette envie qui nous tenaille et garde notre plaisir d’écrire intact, quand bien même il n’y aurait pas de public pour nous lire.
C’est en tout cas mon cas.
12 novembre 2012 à 9 h 18 min
Je suis à 600% d’accord avec toi Coco, je le serine d’ailleurs régulièrement; quand l’écriture est un besoin vital on trouve toujours un moyen de surpasser les obstacles. C’est bien pour cette raison que les scénaristes sont des super-héros des temps modernes!
12 novembre 2012 à 10 h 36 min
> C’est bien pour cette raison que les scénaristes sont des super-héros des temps modernes !
Oui, absolument. De plus, ces super-héros sont :
- mal (ou pas) payés
- mal (ou pas) reconnus
Tu l’as dit en tête d’article, mais je le répète ici : l’impétrant scénariste doit *vraiment* comprendre qu’il faut avoir le cuir bien tanné.
Ou un goût prononcé pour le masochisme.
Ça peut aider.
12 novembre 2012 à 10 h 49 min
Bonjour Nathalie,
J’ai tilté sur ta dernière phrase sur le nombrilisme complaisant des auteurs qui n’écrivent que sur eux même. C’est une chose que j’avais déjà entendu auparavant. Il parait que la plupart des romans et manuscrits qui atterrissent sur les bureau des éditeurs et des producteurs sont à 90% autobiographiques.
En tous cas merci pour ton post qui pousse à ne pas abandonner.
12 novembre 2012 à 10 h 53 min
Oui tous les auteurs ou presque se choisissent comme premier sujet d’inspiration. C’est tout à fait normal, on l’a tous fait, moi comme les autres, mais il faut vraiment passer à autre chose au plus vite.
12 novembre 2012 à 12 h 32 min
Intéressant quoique un peu plombant en cette morne journée. C’est bon de la savoir mais modérons aussi en disant que cela n’est pas une science exacte! Cependant je suis assez interloqué par le débat sur les premières oeuvres, souvent autobio! Purée si y’a bien un sujet sans intérêt, c’est ma vie. C’est peut etre déjà très narcissique en soi comme démarche de parler et d’écrire sur soi, d’où la désillusion de certains nombrilistes par la suite?…C’est déjà dur de voir son travail refusé ou critiquer, mais alors en plus quand il s’agit de sa propre vie, tu m’étonnes que y’a des dommages collatéraux dans les amours-propres…Merci en tt cas pour ce warning^^
12 novembre 2012 à 13 h 10 min
Je ne savais pas que George Bush donnait des cours de scénario !
12 novembre 2012 à 13 h 11 min
En fait, je dirais qu’il y a plutôt deux tendances chez les jeunes auteurs : ceux qui ne veulent parler que d’eux et ceux qui ne veulent surtout pas parler d’eux et qui, en général, se tournent vers le film de genre, fantastique, SF, etc. et pourquoi pas du reste si c’est bien fait, mais avec un jeune auteur, c’est pas toujours le cas…
12 novembre 2012 à 13 h 21 min
Comme c’est dommage…. il n’a pas script-doctoré Prometheus…
pas de bol.
12 novembre 2012 à 14 h 18 min
Un article et des vidéos pleins d’enseignements – même si Truby prêche un peu pour sa paroisse. (« Very few people can give a structural feedback » – « but guess who can? »)
Et la mise à mort de l’ego (mal placé) du scénariste comme préalable à sa réussite (éventuelle), c’est on ne peut plus vrai.
12 novembre 2012 à 17 h 43 min
Bonjour,
Pour aller dans votre sens Nathalie, concernant la production scénaristiques des « gourous », je pense qu’enseigner et savoir clarifier les concepts est une aptitude en soi. Les meilleurs entraineurs n’ont pas forcément été les meilleurs joueurs. Comme dit un autre gourou, Dov SS Simens, en hurlant : « I’M A TEACHER !!! ». En substance, il explique qu’il n’a pas reçu de Dieu le talent de savoir écrire ou réaliser, mais celui d’enseigner. (Désolé si c’est un peu hors sujet, mais le cynisme auquel vous faites référence m’exaspère au plus haut point.)
Ensuite, concernant la tendance qu’ont les aspirants scénaristes à écrire sur eux-même, je nuancerais les choses. Je pense que cet état de fait résulte d’un simple manque de maitrise de l’écriture. Quelque soit son sujet ou son niveau, on n’écrit toujours que sur soi-même, ou tout du moins avec ses émotions, ses peurs, son rapport au monde…
L’écriture, comme tout Art en général, est une métaphore. La question est de savoir quel degré de métaphore on est capable de gérer.
13 novembre 2012 à 21 h 43 min
Merci vraiment beaucoup pour ton blog, tes analyses, qui, sans prôner forcément ton job, décortique et explique bien ses « avantages » et revers. Découvert par hasard, je sens que je vais bientôt y passer mes nuits @.@
14 novembre 2012 à 9 h 38 min
Merci pour ce gentil message Cam, welcome on board!
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