Dans le bureau d’Anne Rice

Rien ne nous en apprend plus sur un auteur que d’examiner le lieu où il travaille. Si quelques scénaristes se vantent de pouvoir écrire n’importe où, la plupart d’entre eux ont besoin de se réfugier dans un lieu dédié. C’est dans ce sanctuaire qu’ils passent de longues heures solitaires à créer leurs histoires, coupés du reste du monde…

Je vous propose aujourd’hui de nous faufiler dans celui de la romancière gothico-pop star Anne Rice.

Bien avant les bluettes sentimentalo-lycéennes The vampire diaries ou Twilight, une romancière avait magistralement réinventé la mythologie du vampire, le plaçant au coeur d’une saga mêlant horreur, romantisme gothique et pop culture. Lorsque le premier tome de cette oeuvre, Interview with a vampire (1994), est porté à l’écran par Neil Jordan, près de vingt ans après sa publication, en pleines « années SIDA », avec un casting réunissant les plus grandes stars de l’époque (Brad Pitt, Tom Cruise, Christian Slater, Antonio Banderas et la toute jeune Kirsten Dunst), Anne Rice, pourtant plus que réticente à la base, devient une véritable rock star de l’édition.

Il faut dire que le scandale provoqué par le film va bien aider son ascension. Non seulement il fait du vampire une véritable bombe sexuelle mais il souligne deux aspects sulfureux, voire tabous, du roman : l’homosexualité et l’inceste. Lestat désire Louis, mais ce dernier ne peut assumer sa nature vampirique. Afin de retenir son amant, Lestat lui offre une fillette, Claudia. Trente années passent. La féminité de Claudia et son désir pour Louis s’éveillent alors qu’elle reste prisonnière de son corps d’enfant. C’était passé comme lettre à la poste au coeur des seventies, d’autant que l’ouvrage était peu connu, mais lorsque le tandem Cruise/Pitt se sucent goulûment la carotide et ont un orgasme sur grand écran, l’Amérique bien pensante des nineties crie au blasphème.

La douzaine de tomes que comptent la saga vampirique d’Anne Rice marquent un tournant dans le genre et auront une large influence sur d’autres auteurs, notamment Joss Whedon lorsqu’il crée son Buffyverse et la sulfureuse romancière Poppy Z. Brite. Le vampire ne sera plus jamais représenté comme un monstre monolithe, le méchant de l’histoire, une punition divine, mais comme une créature complexe et fascinante, séductrice en diable et en proie à de violents conflits métaphysiques. Le vampire a gagné une âme, certes noire, mais il oblige le spectateur à se questionner sur ses propres valeurs, sur sa fascination pour cette créature.

La demeure principale de la romancière, au coeur de la Nouvelle Orléans, qui n’est pas sans évoquer celle de Louis et Lestat

 

Après avoir dédié vingt ans de sa carrière littéraire aux vampires, Anne Rice s’intéresse brièvement aux sorcières avant un triste et spectaculaire revirement:  comme si elle voulait se laver de toute cette luxure narrative, la romancière se plonge à l’aube du troisième millénaire dans une quête mystico-religieuse, dédiant une nouvelle saga… au Christ, puis à des anges. J’avoue avoir totalement décroché à cette époque… 😉

Anne Rice et sa collection de poupées, Claudia anyone? (Photo: Sébastien Micke) 😉

 

Les premiers écrits d’Anne Rice restent quoi qu’il en soit incontournables pour tous les vampires-addicts et un nombre incalculable de groupes de rock ont dédié une chanson à ses envoûtantes créatures de la nuit.

Ce qui est stupéfiant avec la demeure de la romancière, soixante-et-onze ans au compteur, c’est qu’elle nous replonge au beau milieu de ses Chroniques des Vampires, c’est limite flippant, non? 😉

 

Très présente sur la toile, via son site et les réseaux sociaux, Anne Rice a récemment tourné une vidéo pour répondre aux nombreux fans avides de conseils d’écriture:

 

Voici quelques ressources supplémentaires au sujet de la romancière:

 

Rendez-vous dans quinze jours pour visiter un nouveau bureau d’auteur…

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