Dans le bureau d’Anne Burgot

Rien ne nous en apprend plus sur un auteur que d’examiner le lieu où il travaille. Si quelques scénaristes se vantent de pouvoir écrire n’importe où, la plupart d’entre eux ont besoin de se réfugier dans un lieu dédié. C’est dans ce sanctuaire qu’ils passent de longues heures solitaires à créer leurs histoires, coupés du reste du monde. Je vous propose de découvrir, à travers cette nouvelle rubrique, les bureaux de quelques scénaristes français(e), mais aussi leurs méthodes, leurs routines d’écriture…

Pour cette nouvelle édition, c’est ma future consoeur Anne Burgot qui nous ouvre la porte de son bureau…

Anne Burgot est une aspirante scénariste française qui vit et travaille à Londres. Je vous conseille vivement de suivre son compte Twitter, sur lequel elle partage de savoureuses ressources et ses coups de coeur cinéma, édition, musique photo…

Depuis combien de temps travaillez-vous comme scénariste ?

Mon premier court-métrage, je l’ai écrit en fac et puis j’ai oublié. J’ai fait un peu de photo, de la peinture, commencé des romans, écrit des nouvelles, des poèmes, même des chansons. Je me suis à nouveau intéressée au scénario en 2007 mais c’est en mai 2009, dans un hôtel de Brooklyn où je passais mes vacances (ça fait exotique, pas vrai?), que j’ai pris la décision de poursuivre cette carrière sérieusement.

Travaillez-vous dans un coin de votre habitation ou dans une pièce dédiée ?

Je vis en colocation (à Londres). J’écris dans ma chambre, sur le lit, avec l’ordi sur les genoux! Pas tout à fait la chambre de bonne sous les toits mais pas loin.


Pouvez-vous décrire ce bureau?

Je ne sais pas combien de mètres carrés elle fait, je n’ai aucun sens des distances (ni des poids et volumes, d’ailleurs). Il y a deux miroirs, un petit évier dans le coin, une fenêtre qui donne sur le jardin, une télé que je n’allume jamais, des DVD, des livres, des haltères (pas lourdes, hein), une stéréo où on peut même mettre des cassettes, un petit chauffage électrique parce que j’ai tout le temps froid, un grand placard d’où tout tombe si on en ouvre les portes, une commode. Sur les murs, des photos que j’ai prises il y a une éternité, un poster du Chat Noir qu’on m’a offert pour un anniversaire il y a trois ou quatre ans, des posters A3 de Drive et de The Girl Who Played With Fire, un A2 de Rango. Ce ne sont pas des posters que j’ai achetés et donc choisis mais ça me garde la tête dans le cinéma.
Il y a aussi un lit.
C’est calme, à part pour les chats des voisins qui râlent souvent.

Avez-vous choisi un espace neutre ou êtes-vous contraire entourée d’objets et souvenirs ?

Comme c’est ma chambre, ce n’est pas vraiment neutre mais si j’avais une pièce dédiée, elle ne le serait pas non plus. J’aime avoir des stimuli visuels. Une photo, un objet, ça me réveille des souvenirs, des émotions. Ça me conforte, je me sens à l’aise, pas stressée, je peux écrire en paix.

Etes-vous capable de travailler hors de cette « tanière » ?

Tout à fait. Avant j’emmenais un cahier, maintenant c’est l’iPad. Je suis facilement distraite mais si je suis lancée, peu importe où je me trouve – tant qu’on ne m’interrompt pas.

Travaillez-vous parfois dans des lieux publics ?

Oui.

Etes-vous satisfaite de votre bureau et/ou l’organisation de vos journées de travail. Si la réponse est non, qu’aimeriez-vous pouvoir changer?

Non! Je rêve d’avoir un bureau. Avec un bon fauteuil… et un canapé. Des étagères, une fenêtre, des plantes vertes et une bouilloire pour le thé. C’est réalisable, ça se fera.

Préférez-vous travailler seule ou avec un co-auteur ?

Ça dépend du projet je pense. Je n’ai pas assez d’expérience avec un co-auteur pour pouvoir vraiment trancher. L’intérêt avec un co-auteur, c’est qu’on peut s’échanger nos idées et le brainstorming est très rapide. Mais en travaillant seule, je garde plus de contrôle sur la direction que l’histoire prend.

Etes-vous plutôt Mac ou PC ?

Je n’ai jamais eu de Mac mais j’adore mon iPad! Sinon, PC, donc.

Utilisez-vous un logiciel d’écriture ? Si oui lequel ?

Movie Magic Screenwriter 6. Je le trouve plus intuitif que Final Draft.

Travaillez-vous à horaires fixes ?

Non. Tant que j’écris, peu importe si c’est au petit déjeuner ou après le dîner. C’est selon mon humeur.

Combien de temps de travail en moyenne par jour ?

Je ne compte pas. J’y pense presque tout le temps. J’ai souvent des idées de génie dans le métro (si si). Au moins une heure. Récemment, j’avais une très courte deadline pour éditer un script et j’ai bossé on and off entre 12 et 14 heures par jour pendant 3 jours.

Jusqu’à combien de pages utiles pouvez-vous écrire par jour?

J’aurais normalement répondu entre cinq et dix mais la semaine dernière j’ai écrit pas moins de 21 pages en une journée! La vérité, c’est que ma préparation était solide, je connaissais déjà bien toutes les scènes et il n’y avait plus qu’à les taper.

Avez-vous besoin de faire des pauses à heure fixe ?

Des pauses, oui. À heure fixe, non. Je suis assez organique, c’est quand et comme je le sens. J’ai besoin de structure mais si c’est trop rigide, je stresse. C’est mon côté rebelle.

Travaillez-vous dans le silence total ? En musique ?

Occasionnellement en musique mais généralement en silence. Rien que le cliquetis des touches du clavier. Et les miaulements des chats qui râlent dehors.

Avez-vous un ou des compagnon(s) d’écriture à quatre pattes ?

Non, mais je voudrais bien, dès que j’ai mon chez moi. Un chat et un chien. Comme ça j’aurai des aboiements en plus.

Vous coupez-vous du reste du monde ou restez-vous connectée à votre entourage (mail, téléphone, Twitter, Facebook…) ?

Si vraiment j’ai besoin de bosser dur, sans interruptions, je préviens les gens que je vais faire l’ermite. Sinon, en temps normal, je n’ai pas Twitter ou Facebook d’ouverts devant les yeux, mais si je reçois des messages ou des appels, j’ai tendance à répondre.

Avez-vous des rituels d’écriture ?

Pas vraiment, non.

Utilisez-vous une méthode particulière (tableau, fiches, cahier…) ?

J’ai un peu de tout. Des cahiers – autant j’adore la technologie autant elle n’est pas toujours fiable; j’aime aussi écrire à l’ancienne, c’est-à-dire, au Bic – je fais du brainstorming sur papier, iPad ou OneNote. Pareil pour l’outline. Je n’avais jamais réussi à utiliser le système d’index cards jusqu’à ce que je découvre l’appli. C’est un régal. Je retape tout et l’exporte en PDF puis soit je l’imprime et retravaille dessus aux stylos de couleur, soit j’utilise l’appli GoodNotes qui permet de faire des corrections avec un stylus directement sur le document.

Comment trouvez-vous l’inspiration ? Musique, photos, films ?

J’ai envie de dire que tout m’inspire, je ne suis pas difficile. Tout me donne des idées – une dame dans le métro, l’aventure d’une amie, une peinture, une phrase, une question pertinente, que sais-je –  j’en ai des tonnes. Après, trouver celles qui ont des « jambes », c’est une autre histoire. C’est le brainstorming qui fait le tri.

Avez-vous besoin de « carburants » (thé, café, tabac, nourriture…) ?

Pas vraiment. J’en prends du carburant, mais pas parce que j’en ai besoin, plus parce qu’il me faut quelque chose à faire pendant que je fais une pause!


A quel moment et dans quel lieu pratiquez-vous le mieux le brainstorming ?

À part le métro? En écoutant de la musique. Ça me relaxe la tête, j’oublie tout et BAM! J’ai une idée. Puis une autre, puis une autre. C’est magique.

Prenez-vous beaucoup de notes ? Comment les organisez-vous (carnet, notes volantes, logiciel…) ?

J’en ai de partout mais maintenant avec les smartphones et tablettes, c’est nettement plus simple d’être organisé. Notes, OneNote et Index Card sont mes programmes et applis de choix.

Etes-vous sujette à la procrastination ?

Oui, mais je me soigne. Je commence à comprendre que la procrastination est liée à la peur. Si j’ai confiance, j’avance. Elle peut être aussi liée à un manque de structure ou de direction. Ce dont je suis sure c’est que ça me frustre, je n’aime pas ça. Je n’aime pas ce sentiment, à la fin de la journée, quand je me rends compte que je n’ai rien fait de constructif. Je ne suis pas à 0% de procrastination (loin de là) mais je m’améliore.

Avez-vous déjà été frappé(e) par le writer’s block ? Si oui, quelle est votre recette pour en sortir ?

Plus d’une fois! Ce qui semble marcher pour moi, c’est de faire un bon break. Plutôt que de rester devant la page blanche, je vais prendre l’air, je fais une activité qui me permet d’oublier, de ne pas y penser. Je laisse le projet de côté pendant quelques jours puis je m’y remets. Passer à un autre projet aide aussi (mais il ne faudra pas oublier d’y retourner!).

Quand vous prenez des vacances, vous coupez-vous totalement de votre travail ?

Ça reste dans un coin du cerveau et je ne peux pas ne pas y penser du tout mais je peux ne pas écrire.

Qu’aimez-vous faire quand vous ne travaillez pas?

Regarder des films, lire, faire un tour au parc en bas de chez moi, diner au restaurant, les jeux de société, café et gâteau (voire thé et biscuits) entre amis, une bière ou un verre de vin, je suis plutôt pépère.

Avez-vous un ouvrage culte traitant de l’écriture ?

Celui qui a été une vraie révélation, c’est Writing for Emotional Impact de Karl Iglesias. Quand la plupart des livres d’écriture nous rabâchent  les trois actes, les plot points, la beat sheet, celui-ci met l’accent sur l’importance d’engager le lecteur au niveau émotionnel. C’est très intéressant et essentiel selon moi.

Qui est votre scénariste fétiche ?

Difficile. Je ne vais pas réussir à n’en dire qu’un. Shane Black parce qu’il rend la lecture de scénario tellement plaisante – je sais que je vais bien rigoler avec lui. Michel Audiard parce que ses dialogues sont « clever » comme on dit, intelligents et fûtés. Avec lui, on rigole aussi. Les frères Nolan parce que c’est réglé comme du papier à musique tout en ayant des personnages qui ont du fond.
J’aime aussi l’esprit tordu de gens comme Charlie Kaufman.

Quelle est votre actu ?

J’ai un court-métrage qui a fait ce mois-ci la shortlist de la competition 50 Kisses dont j’avais entendu parler sur le site du London Screenwriters’ Festival. Je viens de faire un boulot d’édition sur un scénario de long métrage qui à mon avis va faire un malheur (je peux le dire, ce n’est pas le mien).
Et je travaille sur mon propre long métrage qui s’appelle After Death. J’ai envie de l’appeler un drame philosophique surnaturel (supernatural philosophical drama) mais je ne suis pas sure que ça va aider à le vendre!
Je viens aussi de lancer un blog (en anglais – comme toute mon actu d’ailleurs) qui s’appelle Ristretto Break. Cinéma et écriture…

Ouvrage(s) cité(s) dans cet article :


Rendez-vous dans quinze jours pour visiter un nouveau bureau d’auteur… 

Copyright©Nathalie Lenoir 2012



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