Scénario-Buzz

L'écriture entre les lignes

Les règles d’écriture de scénario du studio Pixar

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Si l’on peut reprocher à l’écriture de scénario « à l’américaine » d’être parfois trop formatée et de manquer d’âme, notamment lorsque les films émanent de grands studios, il existe de merveilleux contre-exemples, à l’instar des productions Pixar. Outre leur magie technologique, leurs films ont tous en commun l’excellence de leur écriture. Non seulement leurs structures sont irréprochables, mais leurs personnages sont extrêmement bien caractérisés. Leurs histoires sont pleine d’humour et d’émotion et véhiculent des thèmes universels, elles s’adressent à un public sans âge, bref, qu’un scénariste écrive pour le secteur de l’animation ou du cinéma live, il a beaucoup à apprendre des productions Pixar.

Découvrons quelques unes des règles d’écriture de cette géniale compagnie, voulez-vous?

Après avoir assisté à une passionnante masterclass en compagnie du scénariste et cinéaste Andrew Stanton, et réfléchi à la place tenue par les scénaristes dans les campagnes marketing de Pixar, je vous propose de découvrir les grandes règles d’écriture que la compagnie suggère à tous ses auteurs.

Elles ont été récemment communiquées par la story-boardeuse Emma Coats sur son compte Twitter. Je les ai traduites pour mes lecteurs non anglophones:

1. On admire plus un personnage pour ses efforts que pour ses succès.

2. Il faut garder à l’esprit ce qui est intéressant pour le public plutôt que ce qui est amusant pour un auteur, cela peut différer.

3. Le thème est important mais on ne peut pas vraiment réaliser de quoi traite une histoire avant de l’avoir terminée. Ensuite il faut réécrire le scénario en se focalisant sur le thème.

4. Simplifier, rester concentré, synthétique. Combiner certains personnages. Eviter les détours et digressions. Sur le coup on peut avoir l’impression de perdre des éléments attractifs mais ces coupes sont salutaires.

5. Quelles sont les habilités des personnages? Leurs zones de confort? Il faut les placer face aux plus grands obstacles/challenges possibles et déterminer comment ils pourront s’en sortir.

6. Toujours déterminer la fin de l’histoire avant son milieu. Tous les éléments d’une intrigue doivent être créés en fonction du climax.

7. Terminer une histoire, même si elle n’est pas entièrement satisfaisante, en étant conscient que la prochaine version sera meilleure.

8. En cas de blocage au beau milieu d’un scénario, lister tout ce qui ne peut pas s’y dérouler, cela permet souvent de débloquer son imagination.

9. Lister les histoires que l’on aime et déterminer ce qui nous y touche/intéresse. Il faut être conscient de ces éléments avant de pouvoir les utiliser à son tour.

10. Mettre à l’écrit ses idées, mais aussi ses blocages créatifs, c’est une première étape pour les régler.

11. Considérer la première idée qui nous vient en tête, mais aussi, la seconde, la troisième, la quatrième. Éliminer ce qui est trop évident ou convenu, toujours faire en sorte de se surprendre soi-même.

12. Donner des opinions, et l’envie de les défendre, à chaque personnage. Les personnages passifs sont ennuyeux pour le public.

13. Se mettre à la place de ses personnages dans telle ou telle situation permet de la rendre crédible.

14. Soigner les enjeux de l’histoire, faire comprendre au spectateur ce qui se passerait si le/la protagoniste échoue dans sa quête.

15. Les coïncidences sont géniales pour mettre un personnage en situation délicate mais inacceptables pour l’en faire sortir.

16. Analyser la structure de films que l’on déteste et réfléchir à comment on aurait soi-même développé leurs intrigues.

17. Savoir pourquoi on a le besoin de développer telle histoire plutôt que telle autre, définir en quoi elle nous touche, nous parle.

18. Même chose pour les personnages: définir sur quel plan on s’identifie à eux, en quoi leur quête nous touche.

19. Aucun travail n’est vain. Si une histoire ne fonctionne pas malgré les réécritures, peut-être pourra t-elle être ultérieurement recyclée sous une autre forme.

20. Définir l’essence de l’histoire. En quoi est-elle universelle?

Ces conseils vous semblent couler de source? Êtes-vous vraiment certain(e) de les appliquer dans vos propres écrits? N’oubliez jamais que l’expérience ne doit jamais prendre le pas sur l’humilité… ;-)

Petit hommage aux chefs d’oeuvres de la compagnie Pixar en guise de dessert:



Copyright©Nathalie Lenoir 2012



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Auteur : Nathalie Lenoir

Nathalie Lenoir est scénariste (cinéma/TV) membre de la Guilde Française des Scénaristes, blogueuse et écrivain. Elle a rédigé des articles pour de nombreux sites web et pour la presse papier, notamment les revues Synopsis, Ciné-Studies et La Gazette des Scénaristes.

20 Commentaires

  1. J’adore. Merci pour ce mémorandum que je vais me faire fort d’imprimer illico.

    « 8. En cas de blocage au beau milieu d’un scénario, lister tout ce qui ne peut pas s’y dérouler, cela permet souvent de débloquer son imagination. »

    Je n’ai pas bien compris ceci : ou si j’ai compris qu’il fallait lister tout ce qu’il ne peut pas se dérouler dans le script sur lequel on travaille * et qui n’y est pas *, c’est sans fin, non ?

  2. Moi ça ne me parait pas sot au contraire dans la mesure où c’est une astuce à utiliser « in case of emergency ». Quand on est bloqué ça peut permettre de rester focalisé, enfin je te dis ça mais je n’ai pas encore testé la recette… ;-)

  3. Dans mon pays on appelle ça de l’or. Bien joué Nat. Ces gars représentent ce qui me fait rêver, et avec moi quelques milliers d’autres. Un travail en équipe, fait de liberté créative et d’une exigence immense, l’envie de toucher vraiment et profondément le public.
    L’audace, le travail, l’amour. Bref la réussite artistique et commerciale comme fruits d’une démarche centrée sur l’histoire et les interactions entre auteurs.
    Et un rappel : il n’y a pas de recettes mais des principes, pas de miracles, juste la lente et patiente émergence de la forme la plus aboutie d’un gloubi boulga de plusieurs mois, voire années, un diamant à facettes de 100 pages qu’on appelle scénario. Tu as illuminé mon Lundi : )

  4. Glad to enhance the weather report Marc :-)

  5. Merci pour cette traduction et ce partage.

    La majorité de ces conseils sont universels mais quelques uns sont que pour les animations pour enfants je pense car ils disent « 15. Les coïncidences sont géniales pour mettre un personnage en situation délicate mais inacceptables pour l’en faire sortir. » or beaucoup de films on utilisé les coincidences pour sortir le personnage de la situation et sont vraiment très bien.

  6. Finalement, que les personnages soient fait de chair et de sang ou de calculs informatiques, la façon de les faire vivre reste la même.
    Espérons que les avatars ne décident jamais d’écrire leurs propres histoires !

  7. @Mans Il faudrait que vous m’en citiez quelques uns car l’expérience m’a prouvé maintes fois le contraire. Le deus ex machina est un très vilain péché pour un scénariste. ;-)

  8. @Mans.

    Les films qui utilisent les coïncidencent pour faire sortir les personnages du conflit et qui sont très bons doivent être excellents autre part que dans leur histoire, ou dans d’autres parts de l’histoire, car moi aussi je trouve « inacceptable » de créer un pivot dramatique autour d’une coïncidence… Le conflit est là pour montrer l’effort des personnages, leur volonté, leur motivation, leur essence. S’il est résolu par une coïncidence, ça veut dire que le personnage n’était pas assez motivé, donc que l’histoire ne valait pas le coup d’être racontée. Mais c’est mon avis ^^

  9. C’est vrai, moi je déteste le deus!
    Mais il y a des manières, plus ou moins louable, de les amener.
    Hier, je regardais sherlock holmes2, et ils ont détourné les Deus en sauvant les personnages d’une manière abracadabrante, tout en nous faisant croire que c’était prévus a l’avance.
    c’était tellement systématique que c’en était soporifique.

    Moi, j’aime plutôt les deus que j’appelle a la « Mc Lane ».
    c’est a dire que le héros s’en sort miraculeusement , mais paie aussitôt ce coup de bol de manière négative.
    -Exemple; mclane survit a la chute dans le puits en se raccrochant miraculeusement a une canalisation qui le sauve et le cache de la vue des méchant.
    ceci fait, il allume son briquet pour y voir clair, ce qui le fait repérer aussitôt par les mêmes méchants, et la poursuite continue…

    Moi, je suis souvent admiratifs de la quantité et surtout de la difficulté des obstacles que les ricains imposent a leur héros (il leur est même obligé de mourir pour gagner)
    En France, la majorités des héros n’ont jamais a vraiment se surpasser pour gagner.

    Petit bémol perso:
    L’un des derniers Pixar que j’ai adoré, Toy story3, propose néanmoins un Deus énorme pour sauver les personnages de la déchetterie.
    la séquence et formidablement poignante, mais ils sont allés tellement loin, qu’ils n’ont pas pu trouver de meilleure solution !

  10. En parlant de Sherlock Holmes… la série Sherlock est excellente, ne trouvez-vous pas ? L’adaptation aux temps modernes est très bien réalisée. Il me reste à voir les deux derniers épisodes, dont une adaptation du chien des Baskerville … *o*

  11. Par exemple : le policier piétine dans son enquête, il se fait tabasser par des inconnus… quand il se réveille de son coma, les gros bras ont laissé un indice sans le vouloir.
    Le héros crève de faim dans le désert, il se fait attaquer par un coyote ! Il réussit à le tuer et le bouffe.

    En réalité c’est même une méthode qu’on peut utiliser à grand échelle pour un scénario entier : qu’est-ce qui pourrait arriver de pire au héros… qui se révèle en fin de compte la meilleure chose qui lui soit arrivé. (et réciproquement)

  12. @Simon: les exemples que vous citez ne sont justement pas des deus ex machina ;-)

  13. Oui, désolé le début de mon message a été tronqué. Pour moi le deux ex machina donne une mauvaise impression au spectateur, on se dit tout de suite : dans la vie, c’est pas si facile !
    Mais quand on croit avoir besoin d’un deus ex machina pour déloquer son histoire, on peut souvent le maquiller en une mauvaise surprise… qui se révèle bonne par la suite (souvent grâce à un effort du héros)
    L’effet positif de la coïncidence est retardé et le spectateur ne s’aperçoit pas qu’en réalité le héros a eu de la chance que lui soit arrivé cette tuile.
    C’est plutôt l’inverse de l’effet Mc Lane où le deus ex positif est suivi par un effet négatif. Quand on fait l’inverse, effet négatif avant effet positif, le deux ex n’est même plus perceptible.
    par exemple Mc Lane tombe dans un puit (il va mourir écrasé)… mais en plus, le méchant a réussi à lui passer un câble autour du cou avant qu’il ne tombe ! (il va mourir pendu)… Voilà Mc Lane en train de tenter de résister à l’étranglement. on se dit, c’est la merde. Mais en réalité, il vient d’échapper à la mort.
    C’est parfois difficile à trouver mais en maquillant un deux ex machina en « mauvaise nouvelle », on fait totalement disparaître le côté coïncidence heureuse. Je ne sais pas si j’ai été plus clair cette fois.

  14. Ce n’est pas vraiment ce que j’appelle un Deus ex Machina. Pour moi un Deus ex machina se profilerait plus selon l’exemple suivant :
    Mr. X est face à deux robots géants armés jusqu’aux dents. Il n’a aucune chance de s’échapper ni de survivre. Là un éclair tombe sur les robots et ils sont court-circuités. Mr. X est sauvé.
    Ça c’est une grosse coïncidence qui n’a pas lieu d’être. On pourrait par exemple changer en :
    Mr. X est face à deux robots géants armés jusqu’aux dents. Il n’a aucune chance de s’échapper ni de survivre, excepté en allant actionner un levier (qu’on n’avait pas forcément vu avant) qui fera tomber un éclair sur les robots.
    Ce qui est important c’est que le héros soit la motivation de l’action. On pourrait garder l’éclair qui tombe tout seul, mais il aurait fallu que le héros mène ses adversaires ici. Son intelligence sera plus en avant que le caractère hasardeux de la météo.

  15. @ Nathalie : Je vous remercie de cette intervention généreusement intuitive :)

    En fait, personnellement je suis d’accord avec votre conception de l’idée la plus controversée autour des coïncidences.
    Charlie Chaplin étant pour moi le Roi des « coïncidences » me semble une référence dans ce sens. Pourtant il s’en est toujours servi uniquement pour impliquer le personnage qu’il incarnait dans des situations délicates.
    Et pour l’en faire sortir, il faisait valoir sa détermination et l’engagement des bon sens, dans le bon sens faisant triompher le système des valeurs et passer
    sa moralité, son thème favori. Je cite à titre d’exemple « Le Kid » où par coïncidence il s’est retrouvé comme tuteur d’un bébé inconnu qu’il a retrouvé vers la fin grâce à la puissance de la pensée positive que l’Amour offre à l’esprit en guise de bénédiction et de complicité.

    Je suppose que le fait que le Héro dépend d’une coïncidence pour sortir d’une situation délicate est un manque de confiance en ce que l’esprit humain inspiré,
    son âme jusque là inexplorée et son coeur émotionnellement incompris sont prêts à relever comme challenges.
    D’ailleurs, le moment est mal choisi pour développer l’idée que dans un univers aussi bien conçu conformément à des règles scientifiques que le petit Homme découvre progressivement, je ne crois pas au hasard. Pourvu de prouver la théorie du Chaos qui se cache derrière chaque coïncidence.

    Merci à vous tous

  16. Adil a tout dit.

    Merci encore, Nathalie, pour cet article qui a su faire son petit effet ;)
    La compilation à la fin est juste merveilleuse.

  17. Mais de rien Clément, j’avoue que je me suis fait aussi très plaisir sur ce coup-là :-)

  18. « 15. Les coïncidences sont géniales pour mettre un personnage en situation délicate mais inacceptables pour l’en faire sortir. »

    => Je viens de regarder « Tokyo Godfathers ». Ce film est entièrement constitué de coïncidences qui débloquent les situations et font avancer l’histoire. Les personnages subissent incroyablement l’histoire. Tout n’y est que rencontres fortuites, hasards à peine masqués. On sent l’effet de style volontaire mais c’est tout de même assez gonflant à force et le film perd vraiment en impact

  19. Moi j’ai adoré Tokyo Godfather justement parce qu’on va de hasard en hasard, tout en voyant les personnages se mettre eux-même dans la mouise malgré tous ces joyeux hasards. Moi ça m’a vraiment fait rire x)

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