Dans le bureau d’Oliver Castle

Rien ne nous en apprend plus sur un auteur que d’examiner le lieu où il travaille. Si quelques scénaristes se vantent de pouvoir écrire n’importe où, la plupart d’entre eux ont besoin de se réfugier dans un lieu dédié. C’est dans ce sanctuaire qu’ils passent de longues heures solitaires à créer leurs histoires, coupés du reste du monde. Je vous propose de découvrir, à travers cette nouvelle rubrique, les bureaux de quelques scénaristes français(e), mais aussi leurs méthodes, leurs routines d’écriture…

Pour cette nouvelle édition, c’est mon confrère Oliver Castle qui nous ouvre la porte de son bureau…

Oliver Castle est romancier, scénariste et game designer. Il tient également un blog dont je vous recommande la lecture: il y présente ses écrits et partage ses coups de coeur cinéma, jeu et télé avec beaucoup de finesse.

Depuis combien de temps travaillez-vous comme scénariste ?

Je ne pense pas être très original en annonçant que « je crée des histoires depuis tout petit », mais c’est vrai. Tous mes jouets – depuis ma collection de figurines Dragon Ball Z à mon tas de briques Lego® – peuvent en témoigner : ils ont vécu des aventures formidables pendant des années, même quand j’aurais dû commencer à me comporter en ado normal et aller draguer des filles !

Le vrai déclic est arrivé il y a environ huit ans. Je faisais le premier stage obligatoire de mon école d’ingénieur; perdu à Marseille, je n’avais qu’un modem 56k pour seul divertissement (une époque connue sous le nom de « Dark Age de l’Internet »). N’ayant rien de particulier pour occuper mes soirées, j’avais décidé d’acheter des livres. Des vrais livres, pas des BD. C’était Dune de Frank Herbert et un recueil de nouvelles d’Asimov, Chrono-minets parce que je trouvais le titre cool. Ce fut deux grandes claques : la première parce que Dune et parce que j’ai compris la puissance narrative d’un texte, la deuxième parce que j’appris qu’Asimov était plus jeune que moi quand il publia son premier texte.

Alors je me suis dit « moi aussi, je peux le faire ! » et j’ai ouvert un traitement de texte. L’Histoire retiendra également que j’avais absorbé une quantité non négligeable de jus de pèche au moment de prendre cette décision.

A la première nouvelle publié dans un magazine, je me disais que je tenais le bon bout. Au premier script de court-métrage signé, je me disais que j’étais enfin un peu dedans. Je pourrai néanmoins dire que je travaille réellement et officiellement comme scénariste quand mon compte en banque se remplira d’argent pour les mots que je signerai…

Travaillez-vous dans un coin de votre habitation ou dans une pièce dédiée ?

Mon coin est en fait en plein milieu du studio. Ces fameux studios où, en l’espace de trois pas, tu passes de la cuisine, à la salle à manger, au salon, à la buanderie, au bureau…


Pouvez-vous décrire ce bureau ?

Alors… C’est une table IKEA® modèle Bjursta, coloris brun-noir. Elle possède deux rabats escamotables accessoires mais bien pratiques pour les soirées jeux de plateau. Un quart de la table est dédié à tous ces papiers qu’on reçoit par la poste et qu’on décide de traiter plus tard en dépit de leur caractère « urgent ». Un quart de la table est dédié aux premières commodités telles que mouchoirs, bouteille d’eau, jus de fruits, gâteaux, chocolat…


L’autre moitié est occupée par l’outil de travail et éventuellement des papiers pour de la prise de notes (attention, il ne faut surtout pas utiliser les papiers susnommés et étiquetés « urgent »).

Comme c’est aussi la salle à manger et le salon, il suffit de pousser le laptop pour poser mon assiette et manger tout en regardant un épisode d’une série. Car bien évidemment, on mange devant son ordinateur : le privilège du geek célibataire qui fut trop longtemps étudiant. En guise de panorama, j’avais le choix entre un mur jaune et la cuisine. J’ai choisi la cuisine, car c’est tellement plus sympa de voir qu’il y a de la vaisselle à faire, une lessive à mettre en route ou une poubelle à sortir… Le genre de tâches ingrates et peu gratifiantes qu’il est naturel d’oublier une fois plongé dans son univers !

Pour accompagner cette table, j’ai choisi une chaise du même constructeur, modèle Edgar, qui grince à chaque mouvement et meurtrit mon délicat postérieur. J’ai un super fauteuil pour le bureau avec le PC, mais il n’est pas bien pour écrire… C’est un fauteuil de glande !

Comme mon « bureau » se résume à l’appartement entier, j’ai deux meubles de rangement. C’est là où je stocke les DVD qui attendent d’être regardés suivant la fameuse théorie de l’empilement, les livres, BD, mangas et compagnie (qui suivent également la même théorie : dernier arrivé, premier lu). J’ai aussi des étagères particulières où je range mes ouvrages de références pour l’écriture : ça va du manuel théorique sur la narration au bouquin de mythologie, indistinctement.


Avez-vous choisi un espace neutre ou êtes-vous contraire entouré d’objets et souvenirs ?

Il faut savoir que c’est un appartement que je loue. Et j’ai bien compris au regard  du caractère psychorigide du propriétaire que, si je voulais revoir un jour ma caution, je devais éviter over-punaisage (sans même parler des clous).

Je jouis donc de murs d’un blanc éclatant et d’un jaune des plus seyants. Il me reste des bouts d’étagères pour exposer quelques figurines. Rien d’extraordinaire ni chargé de souvenirs. Elles sont surtout chargées de poussière, en fait. J’ai viré la figurine Leïa en bikini doré de mon champ de vision, elle ne m’aidait pas vraiment à écrire.

Etes-vous capable de travailler hors de cette « tanière » ?

En fait, depuis le temps que j’ai investi ce lieu (un peu plus d’un an), j’en suis venu à cette conclusion : je ne peux pas y travailler !

J’ai toujours travaillé sur mes projets là où je pouvais, quand je le pouvais. Il était donc accessoire d’avoir un lieu dédié à l’écriture. Quand j’ai pris la décision de m’accorder du temps pour écrire, je pensais pouvoir me contenter du lieu où j’échouerais. Il s’avère que 1. Non et 2. J’ai sûrement atterri dans un endroit qui ne me convient pas.

Je me sens donc capable de travailler essentiellement hors de mon appartement. Mais on fait avec ce qu’on a en attendant de trouver mieux. C’est une erreur que je ne referai pas quand je déménagerai : même en dépit du caractère chaotique du marché de l’immobilier, il faudra que je trouve la ville et l’appartement avec lesquels je me sens en adéquation. Je tiens dès à présent à signaler que je dépose le nom « Le Feng-shui pour scénaristes » pour un éventuel futur livre pratique…

Travaillez-vous parfois dans des lieux publics ?

Pendant cinq ans, j’ai pris le train matin et soir pour me rendre au travail. Une heure aller, une heure retour. Un nombre incalculable de pages ont été écrites durant ces heures. J’ai aussi eu l’occasion de pondre nombre de corrections une heure avant le travail pour lequel je touchais un salaire et durant les pauses déjeuner… J’aimais l’excitation de devoir travailler sur des plages horaires très courtes, avec la sensation de rentabiliser au mieux mon emploi du temps : ça me forçait à être rapidement efficace. Depuis la prise de l’année sabbatique, ce sentiment a disparu…

J’adore travailler dans les parcs, au milieu de la nature, l’ordinateur sur les genoux. Mais il est délicat de trouver le bon parc : pas assez de vert, trop de monde, sentiment d’insécurité latent (pour l’ordinateur ou mes genoux)… Je suis en constante recherche d’harmonie, et ce genre de choses n’est pas évident à trouver.

J’ai essayé le café, mais entre le bistrot ultra-glauque qui sert des ballons de rouge à huit heures du mat’ et celui où les conversations se limitent au PMU ou au résultat de Caen-Auxerre, difficile de trouver cette fameuse harmonie, même cloisonné dans ma bulle musicale.

Et puis, comme à peu près tous les écrivains en phase de recherche, j’ai traîné mes guêtres dans des bibliothèques. Car il faut se rendre à l’évidence, Wikipedia montre bien vite ses limites. On revient à l’idée de mon Feng-Shui pour scénariste, il est loin d’aisé de trouver la bonne harmonie entre le lieu, le projet d’écriture et l’humeur du moment.

Etes-vous satisfait de votre bureau et/ou l’organisation de vos journées de travail. Si la réponse est non, qu’aimeriez-vous pouvoir changer?

TOUT. Je veux TOUT changer. Je veux une maison écologique en bois dans un pays nordique, sur une île boisée. Je veux pouvoir mettre des affiches de Blade Runner ou Marylin Monroe aux murs si j’en ai envie. Je veux des murs entiers d’étagères où trôneront mes collections de BD, comics, romans, DVD, jeux vidéo et jeux de plateau. Je veux des murs entiers vierges où je pourrais écrire au Velleda et coller des post-it dessus. Je veux des vitrines pour exposer mes statuettes collector et mes vaisseaux d’Albator. Je veux une salle de ciné au sous-sol. Je veux une terrasse en tek qui donne sur un lac, une autre qui donne sur la forêt, un vrai bureau, un salon gigantesque, une cuisine américaine… et j’écrirai là où bon me semble fonction de mon humeur ou de mon inspiration. Je veux bien un Mars® aussi…

Pour mes journées de travail, je me suis également rendu compte à travailler seul pendant longtemps que j’avais besoin d’un environnement de travail avec des collègues et un projet commun. Honnêtement dans un monde parfait où j’aurais cette baraque écolo en Finlande et ce Mars®, j’aimerais travailler en qualité de scénariste dans une société vidéoludique, comme je l’ai déjà fait. L’émulation collective et voir son travail évoluer au jour le jour, c’est très excitant.

Et je profiterais d’un emploi du temps trop chargé (oui, parce que j’aurais aussi une femme appelée Hinkke, une petite fille Maja et un petit garçon Sigurd) pour me caler des sessions d’écriture courte mais intenses tôt le matin ou tard le soir pour écrire mes romans, afin de retrouver l’efficacité immédiate que je mentionnais plus haut.

Préférez-vous travailler seul ou avec un co-auteur ?

Je n’ai jamais eu l’occasion de travailler avec un co-auteur, je ne saurais trop dire pour l’écriture en soi. Mais pour avoir fait du game design et de la narration dans le milieu jeu vidéo, se focaliser à plusieurs sur le même projet est quelque chose que j’apprécie. Pour peu que tous les acteurs présents sachent mettre leur ego de côté et œuvrer dans la même direction : l’expérience qui sera proposée au joueur (ou au lecteur) (ou au spectateur). Sans vouloir faire de la délation ni épiloguer sur ma vie (il ne fallait pas me donner un clavier et un espace d’expression libre, Nathalie), j’avais quitté ce milieu parce que j’avais réalisé à la puissance narcissique de l’individu. Il en faut vraiment peu pour plomber tout un projet et la motivation d’une équipe entière : souvent une personne avec des idées à la noix et un plus gros salaire que le tien pour justifier que ses idées sont meilleures et les valider.

C’était vrai dans mon ancien boulot, c’est vrai dans le milieu du cinéma, de la télévision et j’en passe. Finalement, l’important, c’est te trouver une harmonie qui te corresponde et des gens qui sont sur la même longueur d’onde que toi. Je dépose aussi le concept du livre « Le développement personnel pour scénaristes » pour plus tard, au cas où…

Etes-vous plutôt Mac ou PC ?

Mac. Définitivement Mac. Et pourtant, en bon geek ingénieur informatique qui se respecte, j’ai touché à tous les Windows® depuis 95, j’ai installé et configuré nombre de partitions linux, j’ai monté à la main mon PC pièce par pièce.

Et puis un jour, tu achètes un Mac et ta vie change. C’est un peu comme découvrir Dune de Frank Herbert. Mac n’a pas besoin de se configurer 107 ans en ligne de commande ; Mac n’a pas besoin de pilote à la noix fonction de la version de ton matériel, de la température extérieure ou de la couleur de ta chemise ; Mac n’est pas là pour te pourrir la vie !

J’ai acheté un MacBook® il y a 4-5 ans, en refurb, il fonctionne toujours comme au premier jour. Il ne fait pas de caprice, il se pilote du bout du doigt, il est ergonomique, il parle avec mon iPhone®, il sauvegarde mes données sur iCloud®… C’est le confort absolu !


J’ai toujours un PC, cela dit. C’est ma plate-forme de jeu vidéo principal (même si ça me soûle les patchs et tout ça). C’est aussi ma plate-forme pour développer mes projets de jeux de société (car Mac est parfait mais trop faible pour supporter mes fichiers Visio® et Photoshop®). Je pense que ma femme Hinkke et moi-même nous achèterons une station iMac dès que nous le pourrons.

Utilisez-vous un logiciel d’écriture ? Si oui lequel ?

J’ai commencé avec Word®, parce que le diktat Microsoft te l’impose quand tu possèdes un PC. Tu as le droit d’essayer OpenOffice ou Abiword. Puis tu as le droit de craquer pour entendre continuellement tes relecteurs te demander : « Tu peux pas le convertir en .doc ? ». J’ai fini d’arrêter de chercher à faire mon rebelle excentrique avec toutes les solutions gratuites alternatives. Et puis, un jour, ma vie a changé. Après Dune et le MacBook®, ma vie de scénariste est une succession d’épiphanies. J’ai découvert Scrivener®.

J’étais train de commencer à refondre mon premier roman après une salve de retours négatifs (quoique parfois encourageants) des éditeurs. Et je me rendais bien compte que ça allait être une misère sans nom à coups de Pomme-C/Pomme-V/Banane-Z (Mac te permet aussi de faire de l’humour subtil et raffiné) et j’ai acheté ce logiciel, pour voir. Ce fut magique !

Tu peux gérer des micro-documents d’un gigantesque projet (scène par scène, chapitre par chapitre, phrase par phrase si ça t’amuse). Tu déplaces, tu coupes, tu ranges ailleurs, toujours en gardant une vue d’ensemble. C’est royal. Tu as des pré-formatages pour écrire des screenplays ou des romans avec les raccourcis qui vont bien. Tu peux ranger à l’intérieur des images, des .pdf, des .doc pour tes références (plus besoin d’avoir 25 fenêtres ouvertes pour trouver tes recherches, puisqu’elles sont toutes rangées dans ton projet .scriv et accessibles sur une barre latérale). Tu peux préparer ton projet avec un board de petites cartes et les déplacer comme tu veux sur un tableau de liège virtuel. Pour peu que tu sois quelqu’un d’organisé qui range ses dossiers et qui aime structurer l’architecture d’un projet en détail, Scrivener® fait littéralement le café !

Et ça compile et exporte tes projets aux formats .doc, .rtf, Finaldraft et j’en passe ! Même tes amis arrêtent de te demander des conversions de fichiers. L’essayer, c’est l’adopter. Je n’en changerais pour rien au monde ! Disponible sur Mac et PC.

Travaillez-vous à horaires fixes ?

J’essaie. Mais il faut bien se rendre compte que ça devient vite n’importe quoi. Déjà, l’heure à laquelle je me lève est hautement aléatoire et dépend de la qualité de ma nuit précédente. Donc, rien qu’avec cette donnée, le concept d’horaires fixes est devenu une vaste blague.

Combien de temps de travail en moyenne par jour ?

Là encore, c’est très variable. Ça va dépendre des impératifs que je me suis fixés, de ma dose de procrastin… de ma dose de R&D les jours précédents, des projets et des verrous que je peux faire sauter dessus. Je peux travailler seulement deux heures et m’estimer satisfait, tout comme me faire des sessions 9h-3h (sic) en prenant à peine le temps de me sustenter et en allant au lit à contrecœur… Évidemment, je ne peux pas tenir ce rythme longtemps. C’est bien dommage.

Jusqu’à combien de pages utiles pouvez-vous écrire par jour ?

Honnêtement, je n’en sais rien. Tant que mon projet Scrivener n’a pas été compilé, je n’ai aucune idée du nombre de pages que j’ai pu écrire. Avec ce logiciel, la vision de l’accomplissement quotidien change. On réfléchit plus en termes concrets : j’ai fini telle scène, j’ai réécrit tel chapitre, il me reste encore l’acte 3 à découper ou j’ai trois documents de plus dans mon dossier « recherches ».

Avez-vous besoin de faire des pauses à heure fixe ?

À heure fixe, non. C’est essentiellement le corps qui parle. Déjà parce que je travaille sur une chaise modèle Edgar et que mon postérieur finit par dire stop. C’est souvent gouverné par où j’en suis dans un projet et il faut parfois retarder de 30 minutes ses envies pour achever ce qui doit être achevé. Mais je prends toujours le temps de manger tous mes repas, de prendre ma douche, de sortir prendre l’air, etc. Ce n’est pas parce qu’un emploi du temps ne ressemble à rien et qu’on se dit scénariste qu’il faut passer pour un sauvage ou négliger ce que raconte son corps (« J’ai faim ! », « Je suis fatigué ! », « Je veux faire du sport ! ») La vraie pause importante, c’est le goûter. Au goûter, il y a du chocolat !

Travaillez-vous dans le silence total ? En musique ?

Il faut savoir qu’appuyer sur la touche « lecture » du Mac est à peu près la troisième chose que je fais après m’être levé. La musique ne s’arrête que pour regarder une vidéo ou en fermant le Mac avant de se coucher. Le silence est bien trop angoissant quand on passe ses journées seul !

Et puis, la musique est un vecteur d’inspiration puissant. Je trouve toujours la bonne chanson qu’il faut pour telle phase créative ou pour tel projet. Par exemple, j’ai écrit un roman entier en écoutant exclusivement du David Bowie époque 69-74 parce que chaque chapitre s’appuyait sur un de ses textes. Quand je veux travailler sur mon projet de teen-movie, je commence systématiquement par écouter Teenage Riot de Sonic Youth.

Led Zep, Black Sabbath, Kiss, Bowie, Iggy Pop, Lou Reed, Nirvana, Smashing Pumpkins, The Kills, OST de films et compagnie, j’ai toujours ce qu’il faut sous la main dans iTunes® pour s’accorder à mon humeur et aux besoins du projet en cours. La musique est indissociable de mon écriture (même si j’ai toujours été une bille avec une flûte à bec au collège !)

Avez-vous un ou des compagnon(s) d’écriture à quatre pattes ?

Non. J’ai eu des plantes vertes, mais plus maintenant. J’ai essayé de faire pousser des graines d’arbres fruitiers, c’était un échec. De toute façon, je ne suis pas très animaux de compagnie.

Vous coupez-vous du reste du monde ou restez-vous connecté à votre entourage (mail, téléphone, Twitter, Facebook…) ?

Je reste connecté tout le temps, mais je reste un utilisateur passif. Je regarde ce que font mes amis Facebook mais il est rare que je commente. L’oiseau bleu sifflote en permanence, cependant j’évite d’y raconter ma vie (sauf pour demander qui a mangé les pépitos®). Le téléphone ne sonne jamais et aucun professionnel de la profession ne me harcèle pour que je respecte mes deadlines. Idem pour les mails. En définitive, tous les réseaux sociaux que je fréquente ne sont que des réseaux d’information qui partagent des liens. Restent les messageries instantanées pour éviter de passer pour un asocial complet et continuer d’avoir des contacts avec des amis que la distance ne me permet pas de voir régulièrement.

Avez-vous des rituels d’écriture ?

Au regard du caractère chaotique que peut – objectivement – avoir mon emploi du temps, il ne serait pas de bon ton de dire que j’ai des rituels en matière d’écriture. Les rituels, j’ai l’impression que c’est un bon moyen de s’enfermer dans une routine rassurante et de ne pas aller explorer plus loin.

J’essaie néanmoins de m’astreindre à écrire un article par jour sur mon blog, en général le matin. Cette démarche me force aussi à consommer du film, de la série ou du jeu et à exercer en permanence mon œil critique afin de rédiger des chroniques acceptables pour les vingt personnes qui fréquentent mon blog ou tombent dessus en tapant des mots cochons dans Google.

Utilisez-vous une méthode particulière (tableau, fiches, cahier…) ?

J’essaie tout ce qui paraît une bonne idée sur le moment. Mais il faut que la méthode laisse libre cours à mon entropie naturelle. Scrivener®, encore lui, offre de bons moyens pour structurer un projet en soi avec ses fiches et son tableau virtuels. J’ai essayé les post-it sur le mur. D’une part parce que ça faisait de la déco à pas cher ; d’autre part parce que ça me semblait ludique. Il s’avère que les post-it tombent et que finalement, je poursuis le projet en utilisant ma vraie méthode.


Ma vraie méthode à moi, c’est ma mémoire. Je pense tout le temps à tout et n’importe quoi. Je note mentalement tout ce qui me paraît intéressant. Si j’oublie, je me dis simplement que ce n’était pas une bonne idée. Si c’était une bonne idée, ça lui laisse le temps de mûrir ou de mourir, en concurrence avec les autres. Après, je suis obligé de décharger mon cerveau et de prendre des notes, mais ça veut dire que j’ai atteint le premier stade de la maturation des idées.

Comment trouvez-vous l’inspiration ? Musique, photos, films ?

Partout, tout le temps, avec tout ce que je trouve. J’essaie de faire attention avec les films, séries ou jeux vidéo. Il est tellement facile de prendre une bonne idée et de la maquiller pour l’introduire dans ses écrits ! Je regarde, j’apprécie, je note mentalement les trucs intéressants et j’essaie de m’en détacher par la suite. Mon inspiration part essentiellement d’une envie personnelle. L’envie d’écrire sur un sujet précis ou avec des contraintes particulières.

Je trouve le concept des contraintes que l’on s’impose particulièrement propice à développer l’imagination et à penser en dehors de la boîte ! En s’infligeant des contraintes d’écriture plus ou moins débiles, on se force à les dépasser. Par exemple, sur mon premier roman, tous les chapitres devaient commencer par le réveil d’un personnage. En soi, le réveil d’un personnage est l’accroche la plus éculée et la moins intéressante qu’un scénariste puisse trouver pour saisir une audience ; mais poussée à l’extrême, je la trouvais motivante et ça me forçait à trouver de nouvelles idées d’une fin de chapitre vers le début du suivant. C’est aussi pour cette raison (les contraintes, pas les réveils) que j’aime écrire de la poésie.

Ce qu’il y a de bien avec l’inspiration, c’est qu’on peut la travailler comme un muscle; mais c’est souvent le hasard et les associations d’idées les plus improbables qui font naître une étincelle créative. Je me souviens avoir trouvé le concept de mon deuxième roman en lisant un article sur le désastre écologique dans lequel l’humanité enfonce la planète tout en écoutant Moonage Daydream de David Bowie. Sur le papier, rien à voir l’un avec l’autre, et pourtant !

Il n’y a pas de recette miracle, je pense. Un peu de masturbation (ça, c’est pour aider ton référencement Google, Nathalie) intellectuelle, un peu de chance, le désir de parler de quelque chose qui nous touche et beaucoup d’envie de se faire plaisir. Enfin, je dis ça, je n’ai jamais écrit sur commande… C’est sûrement différent quand on te demande un script sur la reproduction des marmottes mais je pense qu’on en revient à l’idée de  contraintes susnommée.

Avez-vous besoin de « carburants » (thé, café, tabac, nourriture…) ?

Je cultive le « mens insana in corpore sano » Si mon cerveau a toute la latitude créative qu’il souhaite, on ne peut pas en dire autant du corps. Je ne fume pas, je ne bois pas, je ne me drogue pas, je ne bois même pas de café, j’ai arrêté les sodas au profit des jus de fruits, je vais régulièrement courir, j’essaie de manger bio dans la mesure de mon budget courses… En d’autres termes, je suis l’anti-thèse de Californication et d’Hank Moody ! J’aimerais bien cultiver l’image d’Épinal de l’écrivain devant sa machine avec une clope, un verre de Whisky, des cernes et un peu de bedaine… Je m’avale un bol de thé serré le matin et c’est parti pour la journée !

Pardon? La tablette de chocolat ? Hein ? Quoi ? Qui me parle ? Sinon, j’aurais pu en parler à la question précédente, mais, de mon point de vue, avoir une muse réel ou fictive, ça aide. Je ne sais plus qui a dit ça – sûrement Victor Hugo sur Twitter – mais l’auteur écrit souvent en pensant à ou pour une personne. Ça peut aider à l’inspiration certes, mais ça aide surtout à se fixer des objectifs qui ne finissent pas dans le vent.

Dans le jeu vidéo, on cherche une expérience satisfaisante pour le joueur, par exemple. Dans l’écriture d’un roman, avoir son lecteur privilégié qui attend impatiemment le prochain chapitre peut aider à le pondre un peu plus rapidement. Un des meilleurs carburants que je peux avoir, c’est un retour sur mon travail. Positif (parce que c’est toujours cool d’entendre « J’aime bien ce que tu fais ») ou négatif (parce que je ne veux pas laisser cette bouse de chapitre dans mon livre, oh !).

A quel moment et dans quel lieu pratiquez-vous le mieux le brainstorming ?

En général, je viens de me coucher et d’éteindre la lumière quand ça commence. Il m’arrive régulièrement de me coucher à 23h12, de regarder l’heure, de constater qu’il est 3h34 et que je n’ai pas fermé l’œil une seule fois ! Je pourrais alors me relever, prendre des notes et on n’en parle plus. Mais non ! Si je prends des notes et que je me recouche après, je réfléchis à d’autres trucs ! C’est sans fin !

Je souffre d’insomnies essentiellement à cause de ça et ça explique en partie l’entropie de mon emploi du temps… Il faut vraiment que la fatigue m’assomme pour que je réussisse à m’endormir sans penser un projet quelconque.

Prenez-vous beaucoup de notes ? Comment les organisez-vous (carnet, notes volantes, logiciel…) ?

C’est le deuxième stade de ma maturation des idées. J’utilise le verso de mes manuscrits reliés et désormais dépassés. Je note tout ce qui me semble être juste pour tel ou tel projet une fois que ça a tourné des heures, des jours, des semaines dans mon cerveau. Je me mets le titre de mon projet en haut de la page et je liste en bullet-points mes idées.

Les projets se mélangent dans le même cahier et les pages discutent les unes avec les autres. C’est une méthode très chaotique, mais le cerveau étant particulièrement bien rangé, il s’y retrouve de lui-même. Quand je (re-)commence à travailler sur un projet, je reprends mes notes et je vérifie que je n’ai rien oublié dans ce que je voulais mettre. Si c’est un projet de jeu, c’est facile, les règles et les divers fichiers de création reprennent mes idées. Et je me débarrasse de la feuille de notes, elle ne sert plus à rien.

Si c’est projet qui devient plus conséquent – comme un script ou un roman – je sors Scrivener® et je recopie mes notes dans mon dossier « recherches ». Les idées ont atteint la troisième phase de maturation, ce qui ne veut pas dire qu’elles sont toutes excellentes, mais qu’elles forment un socle pour travailler. L’avantage du Mac et de ce logiciel, c’est que je peux travailler tout le temps partout puisque j’ai virtuellement toutes mes notes sous la main.

Je peux commencer à faire mes fiches d’historique, mes fiches de personnages, noter des bouts de dialogues pour plus tard, faire une to-do list, chercher des références graphiques, etc. Ce dossier « recherches », c’est finalement le plus important d’un projet. C’est aussi malheureusement le moins gratifiant : on passe des heures dessus, personne ne s’en rend compte et tout le monde a l’impression qu’on passe nos journées à essayer de faire péter le record du Solitaire! Pour moi, l’étape de prises de notes, c’est juste une phase supplémentaire dans le tri des idées et pour soulager mon cerveau.

Etes-vous sujet à la procrastination ?

J’ai envie de dire oui. Et non. En jouant sur le flou gaussien qu’il existe sur la limite entre la pure procrastination et la maturation d’un projet. Est-ce vraiment glander que de mater un film en le décortiquant ? Est-ce vraiment perdre son temps que de refaire Mass Effect 2 et re-hurler au scandale face à son scénario ? Est-ce une mauvaise chose que de se poser et lire un manga ? Est-ce réellement mal de s’octroyer du temps pour soi et méditer ?

Je ne sais pas… La vie est toute façon trop courte pour se prendre la tête avec des remords. Il suffit de considérer la procrastination comme une phase de R&D d’un projet et hop, on évite de me poser la question et ma conscience ne s’en porte que mieux. Et puis, de toute façon, ça finit par vous rattraper et l’appel du projet finit toujours par se faire entendre.

L’important, c’est de faire ce qu’il y a à faire. Même si j’ai toujours été du genre à attendre la dernière limite et me reconnaître dans la citation de Douglas Adams : « I love deadlines. I like the whooshing sound they make as they fly by. »

Avez-vous déjà été frappé par le writer’s block ? Si oui, quelle est votre recette pour en sortir ?

Deux fois. La première, je ne savais pas quoi écrire. Je ne savais pas de quoi j’avais envie de parler. Et puis est arrivé l’anecdote de Moonage Daydream.

Quant à la deuxième… Techniquement, si je regarde le nombre de pages effectives que j’ai pu écrire au cours de ces derniers mois, je pourrais dire que je suis en plein dedans. Fort heureusement, cela n’impacte pas ma création de jeux de société ou mes corrections de projets plus anciens ! Mais créer quelque chose de nouveau est devenu délicat. Les pages de notes s’accumulent, les idées aussi, mais démarrer un nouveau projet « from scratch » se révèle être une grosse épreuve.

Durant la phase de démarchage pour ses projets, recevoir des réponses négatives (ou pas de réponse) a tendance à affecter sa propre confiance en soi : on se pose définitivement la question d’écrire un nouveau roman, un nouveau spec-script tandis que toute l’énergie accumulée sur les précédents projets ne se voit pas considérée telle qu’on l’espérait. La question « à quoi bon continuer ? » finit nécessairement par arriver. La motivation, c’est ce qui s’étiole le plus rapidement chez un auteur débutant. Et sans motivation, aucune chance de repartir sur un projet neuf ou continuer celui en cours. De ce que j’ai pu constater, dépasser le writer’s block revient à dépasser son manque de motivation (au sens large), pas son manque d’inspiration.

A part écrire pour l’envie d’écrire (c’est-à-dire sans pression financière ni objectifs de publication) ou un gros chèque (c’est-à-dire avec une pression financière et de résultats), je pense que la véritable recette pour sortir du writer’s block, c’est le changement. Le changement de lieu, de routine, de vie, d’appart’, de projet, de logiciel, de méthode, d’opinion sur ce que tu écris, etc. Cela passe donc nécessairement par une phase d’introspection sincère pour identifier les réels problèmes qui sont présents dans ta vie et t’encombrent au point de te faire stagner. Une fois identifiés, ces problèmes n’ont « plus qu’à » être résolus : d’où l’idée de changement qui engloble 82% des solutions. Je pense avoir fait mon travail entre mon appartement actuel et ma maison en Finlande, mon projet professionnel et mon désir d’être scénariste dans le jeu, etc. « Ya plus qu’à ! ».

Tant que j’y suis et que je peux étaler mes philosophies de vie, j’ai souvent l’habitude de dire que la Vie ne nous donne que les épreuves que nous pouvons affronter. Perte d’emploi, rupture amoureuse, maladie, pneu crevé ou writer’s block, toute épreuve qu’elle soit, elle n’est là que nous mettre en face de nous-mêmes et de chercher en nous les moyens de finalement devenir quelqu’un de Meilleur, de plus Grand et de plus Accompli.

Bref, accepter le writer’s block, c’est déjà le premier pas pour le résoudre. (L’air de rien, je crois que je suis en train d’écrire un chapitre de mon concept de livre Le développement personnel pour scénariste !)

Quand vous prenez des vacances, vous coupez-vous totalement de votre travail ?

Vu que je ne peux pas laisser mon cerveau en consigne, je travaille tout le temps pour ainsi dire. Il faudra que je demande à ma future femme Hinkke si j’arrive réellement à me couper du travail quand on partira en vacances au Japon.

Qu’aimez-vous faire quand vous ne travaillez pas ?

Rien d’exceptionnel. Lire, jouer aux jeux vidéo ou aux jeux de plateau, regarder un film, faire du jeu de rôle, voir des amis, cuisiner, courir, méditer, dormir, rêver… L’inconvénient, c’est que la plupart de ces activités sont liées d’une façon ou d’une autre à l’écriture (ou au game design). Toute activité peut-être liée à un projet ou un autre, tout ce que peuvent dire mes amis peuvent finir dans la bouche d’un personnage…


Avez-vous un ouvrage culte traitant de l’écriture ?

J’en ai encore des tonnes à lire avant de pouvoir définitivement me prononcer. Mais j’en ai effectivement un qui m’est cher.

Puisqu’il m’est donné l’occasion de raconter ma vie, autant définitivement en profiter. En 2010, j’avais décidé d’assister au séminaire de Robert McKee (grâce à Scénario-Buzz, il est facile de se tenir au courant de qui fait quoi, où et dans quelle mesure cela nous correspondrait). J’avais donc posé des jours de congés (car il faut savoir qu’en dépit du métier créatif et narratif que j’exerçais, ce séminaire n’était pas considéré comme une réelle opportunité d’utiliser un droit à la formation chèrement acquis…) et j’étais allé écouter plusieurs jours d’affilée ce script-doctor. J’ai bien évidemment appris une montagne de choses sur l’écriture, le storytelling et les films. J’ai aussi constaté qu’il y avait un certain nombre de choses que je connaissais déjà sur le plan instinctif (comme quoi bouffer des films depuis son enfance, ça aide à la formation). Toujours est-il qu’à la fin du séminaire, Robert McKee prend le temps de faire un petit discours à l’audience sur la véritable teneur de son intervention, du métier de scénariste et de la vie en général. C’est à n’en point douter un discours maintes fois répété sans réelle place pour l’improvisation, mais il m’a tellement touché dans ce que je suis et ce que je voulais faire que j’en ai pleuré. Je n’ai même pas eu le courage d’aller demandé ma dédicace et d’aller le remercier.

Quand quelqu’un, un film, un livre, une œuvre arrive à vous toucher de la sorte, forcément vous y êtes attaché. Parce que l’expérience vécue transcende sa (re-)lecture, STORY de Robert McKee est donc mon ouvrage culte en matière d’écriture.

Qui est votre scénariste fétiche ?

Je vais sûrement en oublier dans le tas… Joss Whedon, parce qu’il a créé des univers riches et toujours incompris (rendez-nous Firefly !), parce que ses personnages sont toujours de véritables perles, parce que je suis fan tout simplement.

John Hughes, pour son analyse de la culture adolescente dans les années 80’s et sa tripotée de films cultes. Leiji Matsumoto, pour son univers de science-fiction humaniste et philosophique, pour avoir créer le héros le plus classe de tous les temps: Albator !

Tsutomu Nihei, un autre mangaka mais à l’esprit complètement barré. Sam Lake, un nom qui ne dit probablement rien à personne, mais c’est la personne responsable du scénario des jeux vidéo Max Payne, de mon envie d’allier ma passion pour l’écriture à celle des pixels animés et de mon envie de faire du jeu vidéo tout court. Neil Gaiman, parce que tout ce qu’il touche (romans, short stories, scripts…) se transforme en or. Philip K. Dick, pour ses univers de science-fiction psychotropes.

Les Monty Pythons, parce que les Monty Pythons. Frank Miller, avant son naufrage hollywoodien. John Woo, aussi avant son naufrage hollywoodien.

Et aussi Kurt Sutter, Frank Herbert, Harold Ramis, Christopher Priest, Moore, Otomo, Straczynski, Adams, Wodehouse… La liste est virtuellement sans fin !

Quelle est votre actu ?

J’essaie toujours de placer mes deux romans de science-fiction auprès d’éditeurs. Pas facile dans un marché en berne, saturé de bit-lit, de fantasy et de traductions anglo-saxonnes ! J’ai confiance dans ce que j’ai écrit, toutefois ! Idem avec mes prototypes de jeux de société.

Il faudrait que je prenne le temps de sérieusement démarcher l’adaptation en scénario de ma nouvelle Atomic Girl et Moi auprès de sociétés de production.

Au rayon spec-scripts, il faut que je termine ce projet de teen-movie américain à la française et refrène mes envies d’y introduire des vaisseaux spatiaux. Côté prose, jamais deux sans trois et je développe un nouveau projet de roman – du steampunk mystique – et j’essaie de faire quelques concours de nouvelles si ma phase de maturation arrive à terme avant la date limite.

Et comme je disais plus haut, j’essaie de mettre en branle mon « changement »; j’écume donc activement la Toile à la recherche d’un emploi de scénariste dans une société de jeu vidéo et à l’étranger (comment fais-je pour rencontrer Hinkke sinon?). Peu d’opportunités, beaucoup de monde, ça rend donc forcément stressante l’attente des rares réponses ! Mais, bon, je fais confiance à la Vie pour m’offrir ce qui me correspondra au moment où je devrais le recevoir.

Sur ce, je pense que j’ai bien mérité un gâteau… Hé ! Qui a mangé les pépitos ?

Références :

Rendez-vous dans quinze jours pour visiter un nouveau bureau de scénariste… 

Copyright©Nathalie Lenoir 2012



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