Scénario-Buzz

L'écriture entre les lignes

Trousse de secours à l’usage du scénariste

N’en déplaise aux belles-mères, banquiers, pharmaciennes et poissons rouges, le scénariste n’est pas un gros fainéant qui passe ses journées le cul vissé sur une chaise. Enfin si, il passe bien ses journées le cul vissé sur une chaise, mais pour TRAVAILLER, et pas qu’un peu! Si cette profession peut sembler facile/reposante/sans danger aux yeux du profane, laissez moi vous dire que s’enfermer une soixantaine d’heures par semaine en tête à tête avec son écran d’ordinateur n’a vraiment rien d’une sinécure.

Croyez-le ou non mais être scénariste peut même gravement nuire à la santé, à moins bien entendu de se soigner en conséquence. Voici quelques remèdes incontournables à glisser dans votre armoire à pharmacie si vous exercer cette profession périlleuse ou compter prochainement rejoindre nos rangs…

Il y a un peu plus d’un an de cela, je vous confiais, sous le sceau du secret cela va sans dire, quelques astuces pour distinguer à coup sûr un(e) scénariste du commun des mortels mais je ne m’étais attachée qu’aux rites et manies de cet étrange animal. Il serait grand temps il me semble d’aborder des aspects d’ordre clinique: mauvaise mine, stress, irritabilité, démarche incertaine…

Autant vous le dire tout de suite, si vous croisez dans les allées d’un festival, au cours d’une soirée mondaine ou sur un tournage un individu frais et dispos, l’oeil vif et le teint rose, qui se prétend scénariste, vous serez sans nul doute en présence d’un Padawan. Parce qu’au fil des mois, puis des années, d’écriture acharnée le physique de l’auteur se dégrade…

Voici huit maux chroniques dont souffrent à peu près tous les scénaristes, et comme je suis bien sympa, quelques recettes pour y remédier:


1. Fatigue

On pourrait penser que travailler à domicile est reposant: pas de trajets, de transports en commun, de collègues bruyants sur le dos… mais ceci expliquant cela, le scénariste débute ses journées de travail plus tôt pour les finir beaucoup plus tard que la travailleur lambda. Aucun moyen d’y couper, dès qu’il se lève et qu’il transite dans son logement, il a son bureau sous le nez (ou c’est tout comme), vibrant rappel à tout le travail laissé en suspend. N’oublions pas non plus qu’il subit le cruel désavantage de personnifier « celui qui bosse à domicile » = « qui ne bosse pas » aux yeux du reste du monde, conjoint(e) inclus(e), à savoir qu’il lui incombe de gérer gamins, lessives, ménages, courses, animaux de compagnie, appels de la belle-mère, démarches administratives, travaux, j’en passe et des meilleures. En clair, pour peu qu’il/elle soit pourvu(e) d’obligations familiales, le/la scénariste cumule deux journées et demi de travail en une.

Et n’allez surtout pas évoquer devant lui/elle la perspective de vacances prochaines. Le/la scénariste DÉTESTE prendre des vacances, les vacances c’est le MAL, d’ailleurs le/la scénariste ne prend JAMAIS de vacances, il/elle fait juste semblant pour préserver l’harmonie familiale.

Du coup le/la scénariste fait un peu peine à voir: teint de papier mâché, cernes, allure cadavérique. A noter que la scénariste possède en ce domaine un avantage considérable sur ses confrères de sexe masculin: un bon maquillage qui peut la dé-zombifier sur le champ (je vous raconte même pas combien de fonds de teint/anticernes j’ai testé à ce jour, ce serait indécent).

A quoi reconnait-on qu’un (e) scénariste est vraiment au bout du rouleau? Certains symptômes doivent être considérés comme alarmants. Je ne vous parle pas de simples bâillements en cascade ou de l’incontournable « coup de pompe de 10 heures » (forcément quand on bosse déjà depuis quatre ou cinq heures…) hein, mais de signes nettement plus inquiétants du genre déficit de la mémoire à court terme:

  • oublier de se faire à manger
  • oublier d’étendre ce p… de linge qui moisit dans la machine
  • penser à se préparer à manger MAIS oublier la casserole sur la plaque allumée
  • se rappeler un rendez-vous important avec un producteur une heure avant, alors qu’on n’est pas préparé et qu’on habite à l’autre bout de la capitale
  • oublier d’aller chercher les gosses à l’école

Pas la peine de vous moquer, que ceux ou celles de mes confrères à qui ce n’est jamais arrivé me jettent la première pierre! ;-) Parlons plutôt des remèdes un tant soit peu naturels (non pas de caféine à outrance ou de substance illicite) et réalistes (faire une sieste ou lever le pied c’est carrément de la SF) qui permettent de lutter contre ce fléau. Toute l’astuce consiste à combler les carences, je vous conseille de consommer à outrance:

  • chocolat archi noir (70% de cacao minimum) pour le fer et le magnésium (et le moral!)
  • noisettes, amandes et abricots secs pour le fer
  • bananes pour le potassium
  • cure d’acérola pour la vitamine C

Non désolée, alcool, bombecs et cigarettes ne font PAS partie des remèdes préconisés…


2. Stress

Bon sur ce chapitre, je ne vais vraiment pas faire la maline parce que je suis très loin d’avoir trouvé la solution miracle. Cumul des projets, deadlinite aiguë, co-scénaristes psychotiques et bagarreurs, séances de pitch musclées, relations professionnelles à géométrie variable, incertitudes financières, gamins, banquiers, belles-mères… le/la scénariste est soumis au stress à haute dose et il est difficile de le gérer au quotidien.

Outre le chocolat précédemment cité et l’abolition de toute substance excitante, je le soigne en ce qui me concerne par le rire, raison pour laquelle j’ai embauché un assistant. J’ai trouvé une autre bouffée d’oxygène quotidienne en échangeant, tchatant, ricanant avec quelques consoeurs et confrères (que j’embrasse s’ils lisent ces lignes) via divers réseaux sociaux, Facebook en tête, et autour de cette formidable machine à café qu’est devenu pour nombre d’entre nous TwitterÇa fait un bien fou de partager son quotidien de travail avec ses semblables, de rire de nos petits malheurs, de se serrer les coudes face à l’adversité… Je n’ai qu’un conseil à donner aux autres: viendez! ;-)

Dernier conseil à l’usage exclusif de mes consoeurs: une p’tite séance de shopping online ça ne prend pas beaucoup de temps mais ça soulage, je dis ça ne ne dis rien…


3. Mal de dos

Aie! Alors ça c’est carrément l’hor-reur, surtout quand on n’a pas le temps (ou les moyens) de s’offrir fauteuil ergonomique, balnéothérapie et massages. Qu’on se le dise: les scénaristes font les beaux jours des kiné et chiropracteurs (Vous avez déjà essayé? C’est un peu effrayant mais c’est génial) mais il existe quelques remèdes moins chronophages et onéreux qui font une sacrée différence:

  • bien s’étirer, à raison de plusieurs séances quotidiennes
  • essayer de bien se tenir sur sa chaise
  • le tai-chi (le yoga quoi qu’on en pense est déconseillé aux dos fragiles) que mon assistant pratique d’ailleurs tous les matins

Et une fois que le mal est fait me direz vous? Et bien bouillotte et Synthol sont vos amis, ce dernier existant même en patchs assez pratiques. Pour les torticolis (sic!), je vous recommande également le coussin de noyaux de cerise. Figurez-vous que c’est ma belle-mère qui m’a filé le tuyau et franchement c’est efficace (mais ça sent fort en revanche).


4. Fatigue oculaire

Ou comment se retrouver avec des binocles alors qu’on possède une vue excellente, et ce uniquement pour utiliser un ordinateur, pffff. Ben oui, dix à douze heures quotidiennes planté(e) devant un écran, c’est très agressif pour les mirettes. N’empêche que malgré les bésicles en question, j’ai quand même les yeux explosés en fin de journée. Heureusement j’ai trouvé le remède miracle ou presque, à savoir les gouttes bleues d’Innoxa. Sérieusement, ça marche!


5. Migraine

Aie bis! La seule chose à faire, il me semble, mis à part se ruer sur un anti-douleur, c’est d’anticiper la crise en supprimant au possible les facteurs déclenchant en:

  • virant de son bureau tout empêcheur de bosser en rond potentiel (conjoint(e), enfants, chats, chiens, belle-mère, poissons rouges…)
  • filtrant certains appels pendant ses heures de travail (copains chômeurs, dépressifs et bavards, démarcheurs, belle-mère…)
  • se forçant à s’aérer régulièrement, j’entends par là sortir de chez soi et pas juste mettre le bout du nez à sa fenêtre
Vous pouvez aussi essayer l’huile essentielle de menthe poivrée et le chocolat noir (et une excuse supplémentaire, une!) mais ça ne fonctionne qu’en cas de douleur légère.

6. Blessures narcissiques

Elles sont hélas très nombreuses, tant le/la scénariste est un petit être sensible et tant son entourage peut manquer de tact, sans compter l’aspect fluctuant de sa carrière, le peu de considération de certains de ses collaborateurs et la féroce légende urbaine qui prétend qu’il/elle n’exerce même pas un vrai métier!

Si je compatis avec ces douleurs, je ne peux que vous recommander:

  1.  de vous y habituer car elles font partie intégrante de notre métier
  2.  d’apprendre à mieux gérer la critique car vos interlocuteurs n’auront pas tort en permanence
  3.  d’éviter à tout prix de parler de vos projets à votre entourage, inutile de tendre la corde pour se faire prendre…
  4.  de renforcer de toute urgence votre confiance en vous et en votre travail
  5. de préserver tant que possible votre amour pour ce métier en développant des projets personnels, même si ce n’est que pour le fun, un p’tit spec et ça repart!

7. Flémingite aiguë

Ayant déjà intégralement consacré une édition de cette chronique à la procrastination, je me contenterai d’ajouter que c’est sans doute un mal nécessaire…


8. Tics et TOC

J’ai la faiblesse de croire, et les témoignages de mes confrères me confortent dans cette opinion, que les petits rituels et manies d’auteurs, loin de leur nuire développent au contraire leur productivité. Et puis ils ont l’avantage de bien faire rire leur entourage aux yeux duquel ils n’en sont que plus attachants/adorables/sympathiques. Ah non? Merde…

Oui, ils sont finalement rigolos tous ces petits rituels quotidiens, à condition toutefois de ne pas masquer de grosses phobies. Tâchez de museler vos angoisses les plus profondes de peur qu’elles virent à la paranoïa!

Glamour la vie d’un(e) scénariste, euh comment dire? Jeunes Padawans, désolée de casser le mythe, les Jedis, quel que soit leur profil psychologique, se reconnaîtront sans nul doute dans cet inventaire bobologique…

PS: ceci n’est PAS un article sponsorisé par une marque quelconque ;-)

PS 2: confrères et consœurs Jedis, n’hésitez pas à partager vos propres remèdes & astuces dans les commentaires de cet article….

PS 3: je précise à l’usage des Trolls qui parcourront ces lignes que cette chronique  a vocation humoristique, j’adoooore mon métier, smile!

Copyright©Nathalie Lenoir 2011


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Auteur : Nathalie Lenoir

Nathalie Lenoir est scénariste (cinéma/TV) membre de la Guilde Française des Scénaristes, blogueuse et écrivain. Elle a rédigé des articles pour de nombreux sites web et pour la presse papier, notamment les revues Synopsis, Ciné-Studies et La Gazette des Scénaristes.

16 Commentaires

  1. Raaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa!!!!! ;-)

  2. A pein exagéré !…
    Ce que j’ai aimé le plus c’est la belle-mère. Plus encore que le poisson rouge. Lui qui observe tout à travers le verre épais de son bocal, aurait peut témoigner en faveur de scénariste si seulement ce malheureux n’avait pas omit de lui offrir un disque dur conséquent.

  3. Méfiez-vous tout de même Hamit, le poisson rouge est bien plus vicieux qu’il n’en a l’air… ;-)

  4. Soit !… Je n’ ai pas de poisson rouge.
    Revenons à votre article, je disais « à pein exagéré ». J’ai changé d’avis. Exagéré ? Non. On peut imaginer le pire. Exemple  :  le scénariste est en plein travail (de quotidien et non pas professionnel, comme il « fout » rien c’est normal qu’il s’occupe des tâches ménagères ) fait fonctionner ses méninges (rien d’étonnant c’est la seule chose qu’il sait faire, même en dormant, il « brainstorming »).  La casserole est sur le feu, une lumière s’allume dans sa tête. Il laisse tout en plan, court dans son bureau, se jette sur son calepin (ou clavier)…. Quelques minutes plus tard. Dans un état frénétique, il gribouille sur tous ce qui lui tombe sous la main lorsqu’il tousse soudain. Une odeur nauséabonde lui chatouille le nez -même pas dérangé- la fumée remplit ses poumons, peut importe, il continue. 
    La pièce est obscurcie par la fumée, il ne voit plus rien… Et soudain, il se souvient de la casserole qu’il avait mise sur le feu. 
    Que faire maintenant ?… Creuser un trou dans le jardin (qu’il n’a pas), dissimuler la casserole dans un coin sûr ? sous l’évier… (décidément, ce n’est pas aussi simple que dans un scénario. Il aurait mieux fait de travailler sur son scénario, la seule chose qu’il sait faire à peu près correctement. Et au diable la « bouffe » et la belle- mère… et le poisson rouge !…
    Courir vite acheter une nouvelle casserole. Et de préférence la même qu’il vient de jeter à la décharge….

  5. LOL! Ça m’est justement arrivé pas plus tard que la semaine dernière mais je n’ai toujours pas trouvé le temps de me racheter une casserole… ;-)

  6. C’est encore pire que ce que j’imaginais alors?… Faut que je me méfie des casseroles. Ou je m’achette une maison avec une grand jardin (quand j’ai vendu beaucoup beaucoup de scénario bien sûr) xD

  7. Avec un très grand évier en tout cas! ^^

  8. En parcourant ces lignes où vous parlez de votre santé, avec humour, je me permet de vous demander si ça vous chatouille ou si ça vous gratouille?
    Pour être scénariste ne faut-il pas être, avant tout, un tantinet masochiste ?

  9. Les deux mon capitaine! ;-) Et oui nous sommes sans doute un poil masochistes, nous autres écrivains de l’ombre, mais qu’est-ce qu’il est chouette notre boulot quand même!

  10. petit conseil pour ceux qui passent des heures dans leur bureau : Il existe des plantes dépolluantes / Ne riez pas !

    chlorophytum par exemple contre les formaldéhydes et monoxyde de carbone (coute rien et se trouve partout et presque pas d’entretien – approuvé par la NASA ) il existe toutes sortes de plantes « dépolluantes » ;) essayez vous verrez ça change complètement l’atmosphère d’une pièce.

  11. Merci pour le conseil Yann. Moi j’ai un gros problème avec mes plantes d’intérieur: mes crétins de chat qui les bouffent et les déterrent, grrrr… ;-)

  12. ouaaah ! les gouttes bleues dinoxa ????? je vais essayer !

  13. Pffffffff ! Moi qui me demandai si j’allais m’y mettre !…

    Si on doit travailler plus pour gagner moins (… quoique, n’est-ce pas ce que l’on fait déjà ? Bref…) qu’on a même pas le droit à l’alcool et aux bonbons, qu’on prend pas de vacances et qu’on fini stressé tout blanc assis sur un clou parce que tout çà ne nous rapporte que des clopinettes ! Bas crotte ! (oui, depuis que j’ai pondu deux gars, je ne m’autorise que crotte, zut, flûte ! … C’est dur !… J’attends leur adolescence pour me permettre un bon gros « M – R – E » salvateur, parce que je ne me fait pas d’illusion, çà leur viendra, mais au moins pourrais-je me vanter de les avoir bien éduqué ! (Re-bref !)…

    Heureusement, j’ai en tête L’IDÉE DE GÉNIE (gagner à l’heureuxMillion !) qui changera ma vie et celle de l’humanité alors je vais faire un effort, surtout qu’il ne ME RESTE PLUS qu’à l’écrire !… ; )

    Malgré toutes nos différences, (tu as 4 chats, un poisson rouge et une belle-mère, j’ai « peau de zébu » et, ah, si, zut, flute, j’ai une belle-mère aussi ! (…) je détient tout de même un atout de taille qui me conforte dans l’idée que je pourrais éventuellement Réussir… : Un fauteuil de bureau carrément plus confortable que le tiens acheté chez TUB et donc de qualité carrément supérieur !!!… Bas, oui, forcément, je ne vis pas encore de mon art caché et je viens juste de m’offrir mon premier SCRIPTSKINE (REF. billet MOLESKINE) ! Donc j’ai encore des sous !

    En tout cas, merci à toi, à Stéphanie (qui m’a fait connaitre ton blog), à Cédric et à d’autres qui comme toi qui ont la générosité de nous faire partager leur savoir, leurs expériences et leurs conseils afin de nous encourager (ou pas !) à tenter l’aventure en toutes connaissance de causes !

    Je me permet un petit conseil personnel, avoir sous la main un ELMO contre les coups de blues ! En tout cas sur moi çà marche du tonnerre !

    http://www.youtube.com/watch?v=o4x-VW_rCSE

    MERCI !

  14. Et merci à vous Manou pour ce message plein de good vibes, welcome on board! :-)

    PS: moi aussi je kiffe l’ami Elmo ;-)

  15. Pingback : Dans le bureau d’Edmond Tourriol | Scénario-Buzz