Il faut le reconnaître, sa filmographie n’avait rien de reluisante mais Blake Snyder était pourtant l’un des scénaristes les plus célèbres en terres d’Hollywood, un véritable mentor d’écriture pour nombre de ses pairs. Aussi l’émotion a t-elle été particulièrement vive lorsqu’il s’est éteint, le 4 août 2009 à l’âge de cinquante-deux ans.
Deux ans plus tard, la Snydermania ne semble pas prête de retomber, loin s’en faut, comme le témoignent presse et blogosphère américaines…
Né en 1952, fils d’un producteur de fictions jeunesse, Blake Snyder débute une carrière de scénariste dès sa sortie de l’université de Georgetown en intégrant le pool d’auteurs des studios Disney.
Il vend son premier spec-script, Stop! Or My Mom Will Shoot (Arrête ou ma mère va tirer en VF), en 1989, puis une douzaine d’autres qui ne donneront pas forcément naissance à des chefs d’oeuvres, et dont la plupart ne seront même pas tournés, mais qui feront sa fortune et lui vaudront d’être distingué par le site Hollywoodlitsales comme « one of Hollywood’s most successful spec screenwriters ».
Mais ce sont ses ouvrages consacrés à l’écriture de scénario qui vont faire de lui une véritable rock-star outre-Atlantique. En 2005, il signe Save the Cat! The Last Book on Screenwriting You’ll Ever Need, un manuel au succès colossal qui donnera naissance à deux autres titres, Save the Cat! Goes to the Movies: The Screenwriter’s Guide to Every Story Ever Told (2007) et Save the Cat! Strikes Back: More Trouble for Screenwriters to Get Into… and Out Of (2009), mais aussi à un blog, Save the cat, qui reste aujourd’hui encore une sacrée référence. Je vous invite d’ailleurs à le (re)découvrir de toute urgence!
httpvh://www.youtube.com/watch?v=HGA7ccCNrkE
Blake Snyder devient ainsi consultant pour les plus grands studios et cinéastes, anime des workshops, bref il devient un véritable mentor pour l’industrie cinématographique américaine jusqu’à ce qu’une embolie pulmonaire le fauche dans la force de l’âge. Deux ans plus tard, de nombreux confrères et consoeurs lui rendent encore hommage sur la blogosphère.
Je vous laisse sur ces paroles de Blake Snyder qui vous donneront peut-être envie de vous plonger dans ses ouvrages:
“Listen to Spielberg or Scorsese talk about movies. They know and can quote from hundreds. And I don’t mean quote as in ‘recite lines from.’ I mean quote as in ‘explain how each movie works.’ Movies are intricately made emotion machines. They are Swiss watches of precise gears and spinning wheels that make them tick. You have to be able to take them apart and put them back together again. In the dark. In your sleep. And your knowledge of a few movies is not enough. It is also not enough to know all of the movies of the past five years. You have to go back, see the lineage of many types of movies, know what movies begat what in the line of succession, and how the art was advanced by each…True originality can’t begin until you know what you’re breaking from.”
Bon je vous les traduis en substance histoire ne pas me faire encore cogner dessus…
« Ecoutez Spielberg ou Scorsese parler de films. Ils en connaissent des centaines, et peuvent y faire référence. Et par référence, je n’entends pas « réciter une ligne de dialogue », je veux dire « expliquer comment chacun de ces films fonctionne ». Les films sont des machines intimement construites sur des émotions. Ce sont des montres suisses aux engrenages et rouets complexes qui les font fonctionner avec précision. Vous devez être capable d’isoler chacun de ces rouages et de les remettre en place avec exactitude. Même dans le noir. Même au cours de votre sommeil. Et votre connaissance de quelques films est loin de suffire, de même qu’il n’est pas suffisant de connaitre tous les films sortis depuis cinq ans. Vous devez retourner en arrière, vous pencher sur la lignée de nombreux types de films, savoir quel film a engendré tel autre dans cette ligne de succession et en quoi chaque film a fait progresser l’art cinématographique. Il ne peut y avoir de vraie originalité tant qu’on ignore de quelles règles ou traditions on s’affranchit. »
Copyright©Nathalie Lenoir 2011
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5 août 2011 à 10 h 58 min
Great!
La dernière phrase est à graver au cutter sur les bords de son écran (quoiqu’un bon vieux post-it peut suffire).
5 août 2011 à 11 h 00 min
Je suis d’accord à 800%!
7 août 2011 à 12 h 23 min
Blake Snyder a raison : rien ne vaut de se mater des supers bons films avec des méga giga top scénarios, et de se les décortiquer et tout… Mais bon, parfois ça peut aussi devenir un poil démotivant pour l’aspirant scénariste conscient de sa médiocrité. Il peut alors être intéressant d’aller étudier les mauvais scénarios afin 1) d’apprendre les erreurs à éviter 2) de se rassurer en découvrant qu’il y a toujours pire que soi… et 3) de se marrer un bon coup.
Quand je sature en plein boulot, au beau milieu d’un génial script in progress, je m’accorde une pause, de temps à autre, en allant m’instruire et découvrir la merveilleuse épopée du nanar. Franchement, je conseille à tous cette merveilleuse web-émission, « Escale à Nanarland »
http://www.allocine.fr/video/nanarland/?page=2
A tâtôt, et merci toujours, Nathalie, pour ce super blog.
7 août 2011 à 15 h 40 min
Merci pour le lien Christophe! J’ai moi aussi une tendresse toute particulière pour les nanars et je vous recommande vivement L’encyclopédie du Cinéma Ringard de François Kahn, des heures de fous-rires garantis!
11 août 2011 à 12 h 02 min
Ah ben je savais pas que Blake S. avait pris la poudre d’escampette et ça fait un petit choc quand même… Quand je me sens un peu à la ramasse, que l’inspiration s’est fait la belle, je feuillette la version française de son premier opus « Les règles élémentaires pour l’écriture d’un scénario » et je me sens tout d’un coup plus pêchu ! A l’opposé d’un McKee souvent génial et profond, Blake SNYDER, par son énergie et sa simplicité a le don de vous rappeler que vous pouvez le faire… Et ça fait du bien. So, respect Blake !