Dans le bureau de Loïc Belland

Rien ne nous en apprend plus sur un auteur que d’examiner le lieu où il travaille. Si quelques scénaristes se vantent de pouvoir écrire n’importe où, la plupart d’entre eux ont besoin de se réfugier dans un lieu dédié. C’est dans ce sanctuaire qu’ils passent de longues heures solitaires à créer leurs histoires, coupés du reste du monde. Je vous propose de découvrir, à travers cette nouvelle rubrique, les bureaux de quelques scénaristes français(e), mais aussi leurs méthodes, leurs routines d’écriture…

Pour cette nouvelle édition, c’est mon confrère Loïc Belland qui a accepté de nous ouvrir la porte de son bureau…

Loic Belland est scénariste de télévision, il a créé la série Vice-versa et notamment officié sur Trois pères à la maisonPère et MaireR.I.S. Police ScientifiqueMême âge, même adresse

Depuis combien de temps travaillez-vous comme scénariste ?

J’ai commencé il y a douze ans à peu près. Après un détour par la télé, la radio et la presse. Et la vente de vernis dans les magasins de bricolage le week-end. Curieusement, je préfère l’écriture au décapage d’un vieux tabouret.

Travaillez-vous dans un coin de votre habitation ou dans une pièce dédiée ?

Dans le coin dédié d’une pièce qui est par ailleurs la chambre parentale.

Pouvez-vous décrire ce bureau ?

La pièce est séparée en deux moitiés. Un côté chambre avec le grand lit, les armoires. Et une partie bureau bien délimitée, avec tout le matériel informatique, les téléphones, la doc, livres, vidéos. Comme la pièce est grande, je ne me sens pas à l’étroit. Je suis près de la fenêtre, à la  quasi-campagne, au calme.

 






 

Avez-vous choisi un espace neutre ou êtes-vous contraire entouré d’objets et souvenirs ?

Sur le bureau, dont le bois est rarement apparent, un lapin crétin en-noeud-pap-et-string me sourit aussi bêtement que son nom l’indique. Et un Cartman (à malaxer) me dévisage d’un air peu amène. Mais je ne lui en tiens pas rigueur, vu qu’il déteste le monde entier.

Il y a aussi les photos de ma famille. Un pan du mur d’à côté est couvert avec les dessins des enfants.  Tous les personnages esquissés dessus me regardent avec un grand sourire et les bras ouverts, criant « papa ». Et ça fait un bien fou.

Sans compter un tas de stylos, de crayons et d’accessoires qui traînent autour de mon portable qui trône, lui, sur son support geek. Et si je n’ai pas un iPhone, je n’ai pas un iPhone et puis c’est tout.

Etes-vous capable de travailler hors de cette « tanière » ?

Oui. Y compris au bord d’une piscine s’il le faut. Ou dans une cabane au fond du jardin. Mais au calme. Et avec une connexion Internet s’il vous plait.

Travaillez-vous parfois dans des lieux publics ?

Oui, mais non. Juste pour les réunions de brainstorming avec d’autres co-scénaristes ou producteurs, s’il n’y a pas de salle de réunion libre. Généralement, je préfère être dans un endroit où on s’entend parler. Et penser.

Etes-vous satisfait de votre bureau et/ou l’organisation de vos journées de travail. Si la réponse est non, qu’aimeriez-vous pouvoir changer?

Là, je suis bien installé avec tout ce qu’il faut à disposition. La seule chose que je regrette parfois, c’est le rituel immuable autour de la machine à café pour discuter avec d’éventuels collègues.  Mais il y a Twitter maintenant. Et le café de George C. à la maison.

Préférez-vous travailler seul ou avec un co-auteur ?

J’ai beaucoup travaillé seul. Parfois avec des co-auteurs. Parfois dirigé une équipe. Et j’aime tout. Il y a des avantages et des inconvénients dans chaque configuration. Mais à l’heure actuelle, je crois que travailler à deux ou plusieurs devient une nécessité. Par forcément au début d’un projet, mais à un moment ou à un autre du développement, une fois que l’auteur-créateur a bien défini son univers. Confronter des points de vue, rebondir sur des idées, unir ses forces, partager la pression, et faire ainsi avancer la fiction qui est à un tournant crucial en France. Mais pas n’importe comment, ni en noyant tout le monde dans la masse. Il faut additionner les créativités, pas les diluer.

Etes-vous plutôt Mac ou PC ?

PC toujours. Pas anti-Mac pour autant. Ils ont imaginé de super produits et beaucoup fait avancer l’informatique et la téléphonie.

 






 

Utilisez-vous un logiciel d’écriture ? Si oui lequel ?

Word avec feuilles de style, raccourcis clavier et tout le toutim. J’ai essayé FinalDraft, je ne l’utilise que si un producteur le réclame.

Travaillez-vous à horaires fixes ?

Pas vraiment, je ne m’impose pas de discipline particulière. Entre 9h et 18h00 le plus souvent pour respecter le rythme familial. Mais ça dépend des urgences, de l’inspiration.

Combien de temps de travail en moyenne par jour ?

Le plus dur, c’est de commencer et de se dire que tout va bien se passer. Mais quand je suis lancé, je peux rester concentré 9  à 12h sans problème.

Jusqu’à combien de pages utiles pouvez-vous écrire par jour?

Je ne compte pas en pages utiles, mais en mots utiles. Exactement 4233 par jour.

Non, en fait, c’est très variable. 8-14 pages par jour. Et ça dépend de l’étape où je suis. J’avance plus vite sur les dialogues que sur le synopsis que je fais toujours très détaillé et qui doit mettre en place toute l’histoire.

Avez-vous besoin de faire des pauses à heure fixe ?

Je prends une pause très courte (15 à 30mn) à midi. Et je me dégourdis régulièrement les jambes, j’aime bien réfléchir en marchant dans le couloir.

Travaillez-vous dans le silence total ? En musique ?

La plupart du temps dans le silence. Quand j’écris certaines scènes de dialogues qui nécessitent une émotion particulière, je mets de la musique pour me mettre dans l’ambiance. En boucle, la même.

Avez-vous un ou des compagnon(s) d’écriture à quatre pattes ?

Non, je suis devenu allergique. Et c’est un tel crève-cœur quand ils disparaissent… J’ai eu deux chats qui m’ont laissé des souvenirs impérissables.

Vous coupez-vous du reste du monde ou restez-vous connecté à votre entourage (mail, téléphone, Twitter, Facebook…) ?

Surtout pas se couper du monde. Tout reste connecté. Et j’ai toujours un oeil sur ma time line de Twitterpour ne rien rater.

Avez-vous des rituels d’écriture ?

Je remplis mon encrier, j’aiguise ma plume d’oie et… ah euh en fait non. Mais avant de démarrer une journée, je fais le tour de tous les sites que je suis sur Internet.

Utilisez-vous une méthode particulière (tableau, fiches, cahier…) ?

Je me documente toujours avant de commencer à écrire sur un nouveau sujet. Sur le thème principal ou certains aspects délicats de l’histoire que je vais raconter. Sur les métiers de mes personnages s’il y a lieu. J’achète des livres et je parcours Internet. Je compile ce que j’ai trouvé dans un fichier. Je laisse mariner quelques jours, et pendant ce temps je note des idées de scènes clés/pivots ou  plus anecdotiques mais qui seront caractéristiques de l’ambiance et du ton. Je pose aussi les traits de caractère importants des personnages qui devront forcément transparaître dans les scènes. Et j’intègre tout dans le fichier de recherches.

S’il s’agit d’un épisode d’une série existante, je lis les  épisodes précédents (au moins 3 ou 4 différents si possible) et je m’imprègne de la bible. Je reporte tout ce qui me parait important dans le fichier de recherches. Même la façon de parler de tel ou tel perso.

Au final, certains éléments de ce fichier seront utiles pour le synopsis, d’autres ne concerneront que le séquencier et d’autres enfin la version dialoguée.

Quand j’écris, j’utilise un ordinateur à deux écrans. Ça me permet d’avoir une bonne vision d’ensemble (4 pages d’un coup) et/ou de jongler entre mes notes de recherches et le document final.

Je déroule généralement les différentes intrigues en fil de fer en gardant en tête certains points de recoupement/croisement. Pour les différencier (A, B,C….), je change la couleur des caractères. C’est plus facile de garder un équilibre quand je les mixe ensuite. Pour moi, ça remplace les fameuses fiches colorées qu’on punaise à un tableau.

Quand le fil de fer mixé et structuré me convient et que j’ai bien tenu compte des points importants marqués dans mon fichier de recherches (je raye au fur et à mesure), je rédige une version synopsis (presque un traitement en fait car j’ai besoin d’aller au fond des choses pour vérifier que tout fonctionne). Puis j’intègre d’autres éléments du fichier de recherches quand je développe en séquencier et ainsi de suite…  Je réécris beaucoup à chaque étape en laissant reposer au moins un jour.

Evidemment je rajoute dans ce fichier les remarques des producteurs/dirlit/conseillers chaînes. Grâce à une oreillette numérique sans fil reliée à la ligne principale, petit gadget qui me libère les deux mains, je gagne du temps en tapant directement leurs commentaires au fur et à mesure de la conversation téléphonique. Si c’est en réunion, je note sur une impression papier et je reporte ensuite.

Comment trouvez-vous l’inspiration ? Musique, photos, films ?

Dans l’actualité, les tendances du moment, les gens autour de moi… Je regarde beaucoup de films, encore plus de séries, et des émissions de reportages. Une musique peut parfois m’inspirer aussi.  Je rêve d’une série musicale.

Avez-vous besoin de « carburants » (thé, café, tabac, nourriture…) ?

Je mange normalement à midi. C’est tout. J’ai décidé d’arrêter momentanément le chocolat pour être belle en maillot.

A quel moment et dans quel lieu pratiquez-vous le mieux le brainstorming ?

Malheureusement, c’est la nuit. J’ai donc prévu à côté du lit un carnet associé à une petite lampe pour noter discrètement -sans réveiller ma femme- tout ce qui me passe par la tête ou me réveille en sursaut. Ce qui m’offre quelques nuits blanches parfois.

Prenez-vous beaucoup de notes ? Comment les organisez-vous (carnet, notes volantes, logiciel…) ?

Beaucoup de notes. Au départ, elles sont griffonnées sur des post-it (le plus souvent), ou dans un carnet. Elles finissent toutes comme je l’ai dit plus haut dans un fichier informatique.

Etes-vous sujet à la procrastination ?

Je doute beaucoup, réécris sans arrêt, je n’ai aucun problème à me remettre en cause. Chaque projet est différent. Même si votre travail a été bien accueilli la fois d’avant, ça ne veut pas dire que vous n’allez pas vous prendre votre dernier texte dans la figure. Il n’y aucune recette dans ce métier et on ne sait jamais comment vont réagir vos interlocuteurs. Du coup, il y a toujours une petite tentation quand je commence un nouveau projet : celle de remettre le début à plus tard. Histoire de décaler la réponse à cette question angoissante : vais-je être à la hauteur?  C’est un peu le trac du comédien avant d’entrer en scène.

Avez-vous déjà été frappé par le writer’s block ? Si oui, quelle est votre recette pour en sortir ?

Non, dès que je me lance, mon enthousiasme et ma passion reprennent le dessus. Et j’avance. Plus ou moins vite selon les jours, mais j’avance.

Quand vous prenez des vacances, vous coupez-vous totalement de votre travail ?

En règle générale oui. Mais j’emmène un netbook et je reste connecté. La  détente, avant tout.

Qu’aimez-vous faire quand vous ne travaillez pas?

Regarder des séries, des films, jouer un peu à la Wii, m’occuper de/avec ma famille.

Avez-vous un ouvrage culte traitant de l’écriture ?

Le dernier en date, c’est celui de Truby. C’est moins cher que ses master class et c’est bien suffisant. C’est intéressant à lire et… à oublier aussitôt. Il faut connaître les bases , savoir les dépasser et les adapter à sa sensibilité. Ne pas rester prisonnier d’un carcan. Et puis je me pose toujours des questions quand je lis que ces gourous -par contrat parait-il – ne peuvent pas révéler sur quels films, séries, ou téléfilms ils auraient travaillé.

Qui est votre scénariste fétiche ?

J’ en ai plusieurs, notamment des créateurs de séries qui m’ont apporté plus d’émotions ces dernières années que le cinéma. David E. KelleyAaron SorkinJosh WhedonJJ AbramsAlan Ball, par exemple. En France, j’aime bien les univers d’Hervé Korian, d’Olivier Kohn ou d’Anne Giafferi.

Quelle est votre actu ?

Je viens de terminer de développer une série assez atypique pour Kwai. Elle est en lecture à France 2. Et une autre série – policière, celle-ci – fait la tournée des chaînes. Ce qui me laisse un peu de temps pour réfléchir à de nouveaux projets.

 

Références :

Rendez-vous dans quinze jours pour visiter un nouveau bureau de scénariste…

Copyright©Nathalie Lenoir 2011



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