Dans les bureaux de Frédéric Davoust

Rien ne nous en apprend plus sur un auteur que d’examiner le lieu où il travaille. Si quelques scénaristes se vantent de pouvoir écrire n’importe où, la plupart d’entre eux ont besoin de se réfugier dans un lieu dédié. C’est dans ce sanctuaire qu’ils passent de longues heures solitaires à créer leurs histoires, coupés du reste du monde. Je vous propose de découvrir, à travers cette nouvelle rubrique, les bureaux de quelques scénaristes français(e), mais aussi leurs méthodes, leurs routines d’écriture…

Pour cette septième édition de cette rubrique, c’est mon confrère Frédéric Davoust qui nous ouvre la porte de ses trois bureaux…

Après avoir visité les bureaux de Yann Le Gal Robin BarataudStéphanie Girerd, Cédric Perrin et Hugues Fléchard je vous propose de découvrir un nouvel espace de travail… multiple!

Non content d’être auteur-réalisateur et scénariste, Frédéric Davoust préside avec courage et engagement lassociation Séquences 7 qui fournit aux auteurs débutants un maximum d’informations à caractère juridique, contractuel et pratique, mais aussi un soutien pédagogique, un lieu d’échange et de rencontres.

Depuis combien de temps travaillez-vous comme scénariste ?

Ça va faire onze ans. Je n’ai même pas eu le temps de poursuivre ma formation! J’avais 22 ans, les projets se sont multipliés, trois courts-métrages optionnés, un produit, un deuxième arrêté à quelques semaines du tournage par manque de financements, et une réécriture d’un téléfilm resté dans les tiroirs du producteur.

Travaillez-vous dans un coin de votre habitation ou dans une pièce dédiée ?

L’écriture de scénario demande beaucoup de rigueur, une part de technique et une part de créativité. Au début je mélangeais un peu tout, j’essayais de faire les deux en même temps. En écrivant, en apprenant mon métier sur le tas ou avec une script-doctor très pédagogue, j’ai vite compris que ce système ne me convenait pas car il demandait une rigueur dont je suis bêtement incapable. Je travaille donc en deux temps (voir en trois sur certains projets qui demandent énormément de recherches et de documentation) : une phase créative, entrecoupée de recherches de documentations et d’une boulimie de lecture (surtout sur les projets historiques) et une phase purement technique où la dramaturgie est mise à rude épreuve.

La phase de créativité est en Normandie, et la phase technique à Paris. Je n’ai jamais pu totalement me détacher de ma campagne, où j’ai un bureau d’hiver et un bureau d’été. Le grand luxe ! Les deux avec vue sur la rivière (de mon enfance, comme dirait Sardou). A Paris j’ai un petit coin dédié à mon bureau ; tout de suite c’est moins excitant !




Bureau parisien

Pouvez-vous décrire ce bureau ?

Mon bureau parisien est un simple meuble d’ordinateur noir en ferraille, peu pratique mais qui m’évite la dispersion, une arme redoutable contre le bazar ! La vue est très peu inspirante, les toits de Paris et ses pigeons, à quoi il faut rajouter les bruits d’une rue très vivante! Bref juste ce qu’il faut pour me concentrer sur la partie technique !

Mes bureaux normands sont tout aussi sommaires : une table en fer, toujours la même, qui risque moins les tasses de café renversées ! Mais la vue est unique : la rivière, les berges fleuries, les arbres… C’est apaisant.




Avez-vous choisi un espace neutre ou êtes-vous contraire entouré d’objets et souvenirs ?

Comme j’ai une tendance maladive à l’éparpillement et à la déconcentration, je travaille en Normandie dans des pièces vides, rien autour, pas de livres (sauf ceux que j’amène pour travailler dessus), pas de DVD, pas de photos, pas de « board » du scénariste… Rien, un mur vide! A Paris c’est un peu plus compliqué. J’ai à côté de moi plein de livre, de CD, de DVD, des dictionnaires et même des livres de cuisine. Mais j’ai appris à mettre des œillères (et des boules quiess) quand je travaille.




Bureau normand d’hiver

Etes-vous capable de travailler hors de cette « tanière » ?

C’est même essentiel, ne serait-ce que pour rompre les habitudes et changer de point de vue ! Quand je cale, je ne m’énerve pas (ou juste un peu), je vais à la piscine et la plupart du temps je reviens avec la solution à un problème.

Travaillez-vous parfois dans des lieux publics ?

J’aime bien travailler un peu partout, mais uniquement pendant les phases de création pure, quand je peux laisser mon imagination vagabonder. Je travaille dans le train, dans les cafés (pour voir les gens, les écouter parler, m’en inspirer), mais toujours sans ordinateur, juste avec un calepin et un stylo.

Etes-vous satisfait de votre bureau et/ou l’organisation de vos journées de travail. Si la réponse est non, qu’aimeriez-vous pouvoir changer?

Eternel insatisfait, je me suis fait une raison. L’inspiration et la créativité sont des matières premières instables, au début j’essayais bien de me fixer des objectifs par jour, j’ai abandonné ! Quand j’ai une commande avec une deadline, je prépare en amont et je finis toujours dans l’urgence. La pression du temps me fait lâcher prise, plus le temps de tergiverser ou de réfléchir, faut y aller ! L’intuition prend alors le pas sur la raison, et souvent, ça marche. Bien sûr je ne conseille cette méthode à personne car l’urgence, la précipitation peut bloquer certains scénaristes!




Bureau normand d’été

Préférez-vous travailler seul ou avec un co-auteur ?

En la matière j’ai des fantasmes de vieille fille : trouver le prince ou la princesse charmant(e) et faire pleins de scénario. Mais je n’ai pas encore trouvé la perle rare capable de venir s’ébattre dans mon univers. Ce n’est pas faute d’avoir essayé ! J’ai trouvé un palliatif : je donne à lire mes synopsis et mes traitements à quelques amis scénaristes, souvent très bons en structure dramaturgique et je retravaille à partir de leurs retours.

Dernièrement j’ai écris avec une co-auteur, une lorraine dotée d’une drôle de chienne… Mais c’était pour un livre (voir l’actu pour un peu de procédé bassement commercial) et j’avoue avoir pris beaucoup de plaisir dans la complémentarité. Comme je suis un peu fainéant, le partage les tâches a un côté reposant.

Etes-vous plutôt Mac ou PC ?

Bien qu’étant normand, en matière d’informatique je n’ai jamais su utiliser la pomme !

Utilisez-vous un logiciel d’écriture ? Si oui lequel ?

Aucun, juste un bon vieux word que j’ai formaté à ma convenance pour l’écriture de scénario. Je n’ai pas un goût immodéré pour les logiciels et l’idée même de me plonger dans le mode d’emploi, de voir toute cette débauche de fonctions dans la barre d’outil, me révulse.

Travaillez-vous à horaires fixes ?

Quelle horreur ! Par contre je suis un lève tôt et il n’est pas rare de me retrouver devant l’ordinateur aux alentours de 7h00 du matin, voir plus tôt. Il m’arrive de démarrer sur les chapeaux de roues, de me lancer à corps perdu dans le développement d’une idée, dans l’écriture d’un synopsis… Comme il m’arrive, et c’est souvent le cas, d’être plus laborieux. J’ai besoin de ce moment où mon esprit vagabonde en toute liberté, en lisant la presse, en errant sur Internet, voir même en jouant (je l’avoue les jeux chronophages «  à la con » m’aident à réfléchir).

Combien de temps de travail en moyenne par jour ?

J’ai le travail en tête quasiment tout le temps (sauf quand je dors, enfin je crois), je dirais donc 12h/24. Mais le temps de travail effectif varie de quelques heures à une journée complète. Quand je suis sous la pression d’une deadline, je peux travailler sans problème jusqu’à 15h/ jour, ce qui m’est arrivé dernièrement. C’est usant mais exaltant. Et une fois que le scénario est rendu, je relâche totalement… enfin quelques heures.

Jusqu’à combien de pages utiles pouvez-vous écrire par jour?

Il m’est arrivé, mais c’est rare, d’écrire un traitement complet en une journée. Mais dans ce cas je triche, le travail de préparation en amont est tel qu’il suffit juste de coucher le tout sur le papier. Le reste du temps j’écris généralement quatre ou cinq pages utiles. Mais je n’écris pas « utile » tous les jours. Dans les phases de recherche, de développement d’idée, je n’écris pas « utile ».

Avez-vous besoin de faire des pauses à heure fixe ?

Oui mais uniquement les mardis et les jeudis pour aller à la piscine à une heure creuse !

Travaillez-vous dans le silence total ? En musique ?

Dans le silence, juste bercé par le bruit de la vie, ceci dit je préfère le bruit des oiseaux au vacarme des voitures et des diables de la rue !

Avez-vous un ou des compagnon(s) d’écriture à quatre pattes ?

Comme je suis allergique aux poils de chat, qu’il faut sortir les chiens (et au 5ème sans ascenseur ça ne m’amuse pas vraiment), que je travaille sans co-auteur, je n’ai pas de compagnons d’écriture ! J’aurai bien adopté une otarie, mais vu le cours de la sardine…

Il n’empêche pas moins qu’à la campagne j’essaye désespérément de dresser un ragondin, sans succès!

Vous coupez-vous du reste du monde ou restez-vous connecté à votre entourage (mail, téléphone, Twitter, Facebook…) ?

Exception faite du train et des périodes de vacances, je refuse catégoriquement la vie monacale ! Je suis toujours connecté à mon entourage…

Avez-vous des rituels d’écriture ?

Aucun rituel si ce n’est un petit tour de la presse le matin histoire d’égayer mon pessimisme naturel !

Utilisez-vous une méthode particulière (tableau, fiches, cahier…) ?

J’écris beaucoup avec un bloc note et un stylo (aux risques et périls du bloc note qui peut facilement finir à la rivière au cours d’âpres combats avec des guêpes un peu trop agressives). Je fais beaucoup de croquis pour pallier à mes lacunes dramaturgiques avec quelques fiches (genre antisèches) fabriqués à partir de mes études d’ouvrages sur la dramaturgie. J’ai aussi une fiche un peu spéciale avec mes principaux défauts d’écriture fruit du croisement de tous les retours de lecture depuis mes débuts.

Comment trouvez-vous l’inspiration ? Musique, photos, films ?

Dans toute chose ! La musique, les photos, les films, les gens, les fleurs, la nature en général… Les rivières en particulier. J’ai un petit côté contemplatif qui fait que je peux passer des heures à regarder l’eau courir (oui, l’eau stagnante m’ennuie !)

Avez-vous besoin de « carburants » (thé, café, tabac, nourriture…) ?

La liste est longue : café (mais uniquement le matin, après je passe à la tisane), la nourriture (je réfléchis beaucoup quand je cuisine), le rangement (pour mettre les idées en ordre)… et le tabac (une vilaine habitude qui ne sert à rien mais chacun ses tares !! )

A quel moment et dans quel lieu pratiquez-vous le mieux le brainstorming ?

La nuit au coucher et au réveil ! Au coucher pour faire le point mentalement et me rassurer (parfois me féliciter) et prendre de bonnes résolutions pour le lendemain (chez moi c’est tous les jours le 1er Janvier). Au réveil c’est pour essayer de me rappeler de tout ce que je me suis dit au coucher !

Prenez-vous beaucoup de notes ? Comment les organisez-vous (carnet, notes volantes, logiciel…) ?

J’ai tout le temps un carnet de notes, et une fois par semaine je note en premier ce qu’il en reste dans ma tête. Après seulement je relis tout, et généralement ce que j’ai oublié méritait de l’être !

Etes-vous sujet à la procrastination ?

Oui ! On est scénariste ou on ne l’est pas ! Mais cela ne me dérange pas dans la mesure où travailler dans l’urgence me stimule. Je sais depuis le début que j’ai cette capacité à faire en quelques heures ce que certains feraient en plusieurs jours. Cela me joue parfois des tours et peut me faire passer des nuits blanches de travail, mais j’assume toujours et je rends toujours en temps et en heure !

Avez-vous déjà été frappé par le writer’s block ? Si oui, quelle est votre recette pour en sortir ?

Le writer’s block ??? Connais pas !

Quand vous prenez des vacances, vous coupez-vous totalement de votre travail ?

A vrai dire, jamais ! Je n’ai jamais réussi à décrocher totalement, j’ai toujours mes projets dans un coin de la tête. Même en vacances j’ai mon carnet de notes !

Qu’aimez-vous faire quand vous ne travaillez pas?

Je vais à la piscine, je cuisine, je lis, je bulle, je regarde quelques épisodes de séries histoire de pallier mon manque de culture en la matière, ou bien je révise mes classiques.

Avez-vous un ouvrage culte traitant de l’écriture ?

Ayant été enfant de chœur, je me méfie désormais de tout ce qui touche au culte ! Concernant les ouvrages traitant de l’écriture, je me suis penché sur les plus connus : McKee, Truby, Linda Seger, Michel Chion, Christian Biegalski sans oublier « la Dramaturgie » d’Yves Lavandier et « La poétique » d’Aristote. Il est vrai que je me méfie beaucoup des ouvrages qui offrent des techniques ou des recettes. Je ne nie pas qu’il y ait quelques règles à respecter, mais il faut savoir s’en détacher, de là naît l’originalité. Pour ma part j’apprends beaucoup en décortiquant certains romans, films ou séries. Je pense que c’est encore un des meilleurs moyens pour voir comment tous les éléments d’une dramaturgie s’imbriquent les uns dans les autres.

Qui est votre scénariste fétiche ?

On va balayer tout de suite la notion de fétiche, de fan, de maître… il y a des scénaristes dont j’aime le travail (Gilles Taurand, Paul Gégauff, Ethan Coen, Roland Topor), ou certaines œuvres qui en découlent comme Six Feet Under d’Alan Ball. J’ai une attirance prononcée pour des scénaristes de bandes-dessinées comme Moebius, Régis Loisel, Alejandro Jodorowski (qui est aussi scénariste et réalisateur) ou encore Jean Van Hamme.

Quelle est votre actu ?

Hormis les projets en perpétuelle gestation ou en recherche de prod (pas une mince affaire), un livre à paraître prochainement aux éditions Dixit : « Jeune Scénariste, tout ce que tu dois savoir » co-écrit avec Christelle Georges.

Références :

Rendez-vous dans quinze jours pour visiter un nouveau bureau de scénariste…

Copyright©Nathalie Lenoir 2011



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