Scénario-Buzz

L'écriture entre les lignes

Julien Courbet dépasse les bornes!


Message à l’attention des Padawans: la plupart des auteurs débutants sont tellement pressés de sortir de l’anonymat, de franchir l’étape symbolique du « premier contrat, qu’ils sont prêts à signer n’importe quoi, voire à travailler sans rien avoir signé du tout. N’oubliez pas qu’en marchant dans ces combines, non seulement vous ne ferez pas carrière, mais vous contribuerez à ce qu’elles se multiplient.

Dernier exemple en date, le scandaleux appel à projets lancé par le producteur/animateur Julien Courbet, que la Guilde Française des Scénaristes vient de dénoncer vertement dans le communiqué de presse suivant:

Bien des écueils guettent les aspirants scénaristes, je vous le rappelle régulièrement dans ces colonnes, et si majorité des producteurs ont une éthique, force est de constater que certaines pratiques borderline se généralisent au point que les auteurs s’entendent dire « mais tu sais coco, tout le monde fonctionne comme ça dans le métier » ou se font taxer de mégalomanes lorsqu’ils entendent être payés en temps et en heure.

Alors qu’il compte développer une collection de fictions pour France Télévisions, Julien Courbet vient de lancer un appel à projets qui est tout simplement scandaleux. Voici la réaction de la Guilde Française des Scénaristes:


Si vous devez faire face à ce genre de dérives, je vous recommande vivement de vous renseigner auprès de:


LA GUILDE FRANÇAISE DES SCÉNARISTES (réservée aux scénaristes professionnels): seul syndicat professionnel de scénaristes, tant de fiction que de documentaire, pour le cinéma, l’audiovisuel, le multimédia, travaille pour la défense des scénaristes : elle attire donc l’attention de ceux qui veulent légitimement acquérir la qualité d’auteur de scénarios et protéger leurs œuvres, sur le choix des moyens à employer dans l’espoir d’y parvenir.

23, rue du Buisson Saint Louis – 75010 PARIS
contact@guildedesscenaristes.org

SÉQUENCES 7 (pour les scénaristes débutants et émergents): une association loi de 1901, ouverte à tous les débutants complets, mise en place pour fournir aux auteurs un maximum d’ informations à caractère juridique, contractuel et pratique, susceptibles de répondre à leurs besoins.

23, rue du Buisson Saint Louis– 75010 PARIS
info@sequences7.fr

Copyright©Nathalie Lenoir 2011


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Auteur : Nathalie Lenoir

Nathalie Lenoir est scénariste (cinéma/TV) membre de la Guilde Française des Scénaristes, blogueuse et écrivain. Elle a rédigé des articles pour de nombreux sites web et pour la presse papier, notamment les revues Synopsis, Ciné-Studies et La Gazette des Scénaristes.

23 Commentaires

  1. Perso, je compte participer. Je vais envoyer un projet intitulé « Foutage de gueule ». C’est l’histoire d’un producteur qui essaye d’arnaquer des scénaristes et s’octroie 50% des droits de diffusion sur leur travail.

  2. Oh il y aurait de quoi en faire un soap opera! ;-)

  3. C’est effectivement paradoxal que ce genre d’arnaques viennent d’un type qui s’est dressé comme le défenseur de ceux qui se font abuser par les autres…

    2 hypothèses : soit c’est effectivement un arnaqueur sans scrupules, soit c’est un vrai néophyte qui ne prend même pas la peine de s’intéresser aux réalités du secteur professionnel. De toute façon, l’un comme l’autre, ce n’est guère valorisant pour son image

  4. Je pencherais plutôt pour la seconde hypothèse mais ça reste effectivement inexcusable.

  5. On ne le dit pas assez, mais pourtant (sauf erreur mais je ne crois pas) : LES DROITS DE DIFFUSION NE SONT PAS NEGOCIABLES CONTRACTUELLEMENT. Si on vous fait signer un contrat où il est écrit noir sur blanc « vous toucherez X% de droit de diffusion », ça ne vaut rien, et au moment de signer la-feuille-rose-qui-n’est-plus-rose, on peut tout à fait vous suggérer une autre répartition. Sachant que tant que la feuille rose n’est pas signée, les droits de diff ne sont pas débloqués, et que tout auteur qui a participé à l’écriture d’une oeuvre peut refuser de signer la feuille tant qu’il n’est pas satisfait de la répartition…
    Nathalie, reprends moi si je me trompe… ;)

  6. Tu as entièrement raison Aurélie mais je pense qu’il est toujours très délicat pour un scénariste de revenir sur une clause qu’il a acceptée contractuellement, même si elle est malhonnête car comme tu le sais il est souvent en position de faiblesse lors des discussions autour de la répartition des droits de diff’ (et n’a pas forcément le désir ou la possibilité d’utiliser un recours légal). J’ai vécu pour ma part des situations dantesques dans ce domaine.

    Quoi qu’il en soit, il est indispensable, agent ou pas, de lire TRÈS ATTENTIVEMENT chaque paragraphe de ses contrats (il se glisse bizarrement des clauses pour le moins insolites quand on n’y prend pas garde) et de ne rien signer tant que tout n’est pas conforme, quitte à passer pour un chieur.

    J’ajouterais que quand les choses sont frauduleuses dès l’appel à projets, le mieux à faire est de prendre ses jambes à son cou. ;-)

  7. Oui c’est sûr, et puis ce n’est pas plus mal de se mettre d’accord avant l’écriture sur la répartition des droits, même si cette clause de contrat n’est pas valide légalement, au moins elle a le mérite d’annoncer la couleur, et je pense que la plupart du temps elle est respectée par les différentes parties.

  8. Si on pouvait balancer, il y en aurait des prétendus auteurs qui ont usé de ce système. peut-être que si Courbet l’a fait, c’est parce qu’il sait que c’est une pratique courante dans le métier, quoi qu’on en dise. 1500 bruts pour 3 jours, c’est tentant pour ceux qui galèrent dans ce métier ingrat. Selon moi, ça relance le débat sur le statut de l’auteur, et de ses droits et rémunérations. Effectivement, ça prend l’allure d’un concours, d’autres malins l’ont fait sous ce nom. Mais apparemment, ils n’ont jamais essayé d’écrire. « Pondre » un scénario intégral en 3 jours, je ne sais pas qui peut le faire.

  9. Je ne comprends pas de quoi vous parlez Fréha lorsque vous évoquez « des prétendus auteurs qui ont usé de ce système ». Quant à dire que la somme proposée est tentante, c’est trop vite oublier que ce montant est juste insultant par rapport aux tarifs en vigueur en télévision.

    Cet appel à projet est effectivement abracadabrant, à tous points de vue, nous sommes tous d’accord là-dessus. La bonne nouvelle, en revanche, c’est que la presse s’empare de l’info.

  10. Bonjour Nathalie
    J’évoquais le cas de nombreux auteurs réputés qui font appel aux services de « nègre » (pardonnez ce terme). Il y en a un grand nombre. Ces « nègres » sont eux-mêmes des auteurs, mais qui peinent à décrocher des contrats pour leurs propres projets.
    Quand je disais « tentant », c’est par rapport à « 3 jours de travail ». évidemment, ça ne correspond pas aux droits syndicaux pour un scénario , et de plus, comme 3 jours sont bien insuffisant, il ne serait pas étonnant que la période soit « prolongée » pour « corriger et perfectionner le travail, sans que le tarif soit revu (on s’engage à remettre un travail précis pour un montant précis, s’il est imparfait on se doit de le perfectionner).
    Je n’ai pas pour but de « plomber » les sujets, j’avais promis de me tenir tranquille, mais il y a des méthodes qui doivent être dénoncées, et ce sujet y invite : connaissez vous ces cas où un scénariste ou/et réalisateur cherche un « co-auteur », et où il rencontre plusieurs candidats qui lisent le scénario et font une série de propositions pour l’améliorer, sans aucune rémunération ? On leur explique qu’on attend de voir leur proposition, leur travail, s’ils sont créatifs pour juger s’ils correspondent, et une fois les idées remises, on leur dit que « ça ne correspond pas », mais on intègre malgré tout leurs idées ? J’en ai croisés qui en rencontrent juste 4 ou 5, mais d’autres plus d’une vingtaine ? Je pense que beaucoup de scénaristes ont connu ce genre de galère, passant quelques heures d’un auteur à l’autre, et qui finalement sont tentés par une rémunération, si insultante soit-elle.
    Quelle différence avec cette proposition de Julien Courbet ? Je l’ai dit plus haut, sans cherche aucunement à l’excuser, s’il le fait, c’est qu’il a vu le faire.

  11. Abuser des gens est une des spécialité de ce métier.
    Sous prétexte qu’on est dans le spectacle, le gens utilisent, arnaquent et abusent des jeunes constamment.
    ça fait plus de 15 ans que je bosse dans le ciné (divers métiers) et ça a toujours été comme ca.
    T’es pas content? et bien tu dégage, il y en a tant d’autre quand attendent…
    j’ai vécu ca depuis toujours.
    et les gens trouvent ca normal, tellement c’est encré dans le système.
    (tous métiers du ciné confondus, je parle)
    Sur le terrain purement scénaristique, il y a aussi ces projets de programme court, ou tu n’es payé que pour les sketchs tourné, voire diffusés, d’après ce qu’on m’a dit..
    (quelqu’un peut il me confirmer ce statut?)
    c’est a dire; je construit une voiture, j’appelle un designer, mais je ne paie que les dessins qui correspondent aux éléments de la voiture construit et vendu au client..

    enfin, bon.. je vois ça tous les jours…

  12. @Fréha: ne vous excusez pas de vous exprimer, cet espace est fait pour ça. ;-) Cela dit, si cette pratique existe dans l’édition, il n’y a pas de nègres dans le domaine du scénario. On fait parfois appel à un script-doctor mais ce n’est pas la même chose.

    Et pour répondre à votre question oui j’ai déjà entendu circuler des histoires de ce genre, notamment en matière de fictions très courtes. Mais ce sont en général les producteurs qui ont recours à ces pratiques.
    A titre d’exemple, des scénaristes avaient fait un procès à la production d’ »Un gars une fille » et l’avaient gagné d’ailleurs.

    Les réalisateurs n’agissent pas de la sorte, pour quoi faire? Ce ne sont pas eux qui rémunèrent les scénaristes. Quant aux scénaristes professionnels, par définition, ils savent écrire seuls et n’ont aucun besoin de piquer les idées des autres, c’est une légende urbaine!

  13. @Thierry: non, les scénaristes professionnels ne trouvent pas ça normal, c’est bien pour ça que nous avons créé la Guilde et que nous nous battons ensemble pour faire bouger les choses et dénoncer ce genre de pratiques.

  14. j’adhère totalement, pas de soucis!
    Mais il y a toujours des cas ou on ne peu faire autrement, il y a la réalité du travail.
    je viens décrire deux long métrage d’animation, et le seul producteur qui veut les produire n’a pas d’argent propre.
    Pas de subvention pour l’instant, mais les dossiers ne sont pas tous finis…(mais les subv, on le sais, c’est pour les mieux introduits qui correspondent au moule )
    si je refusais d’écrire, sans être payé, c’est quelqu’un d’autre qui l’aurait fait.
    (de toute manière, personne n’est payé sur ces deux projets.)
    le réal est un vieux pote (donc je sais qu’il me défendra au bon moment)
    et on vient de finir un teaser pour Canne.
    heureusement qu’on a tous , plus ou moins, des boulots a coté, et que notre vie n’en dépends pas.
    mais il n’y a pas d’autre solution pour quelqu’un comme moi.
    ces projets sont ma seule chance d’évoluer et d’avancer dans mon parcours, il eu été impensable de passer a coté, j’ai pas le choix.
    on sait bien que le développement est la faiblesse du système.
    donc, on tente des choses, en espérant qu’un jours elles aboutissent enfin.
    j’ai tellement vu de projets et participé a tellement de test, pré films, teaser, dossier écrit et visuels de séries, que… bon.
    maintenant, j’en refuse un max et je me concentre sur les plus sérieux, avec le temps, on les détecte mieux :)
    voila, jeune padawans, c’est la réalité du travail en France, accrochez vous!

  15. Oui et c’est triste à dire mais les Jedis rament aussi de temps en temps… ;-)

  16. Thierry, je crois qu’on est tous passé par là durant nos longues années de formation, à travailler de manière bizarrement ou pas rémunéré… Personnellement j’ai du passer bien 6 ans à passer d’un projet qui ne s’est pas fait à un autre, d’une rencontre à une autre. Sur le coup c’est déprimant, et c’est à la capacité de se remettre au travail après un refus cuisant que l’on mesure les chances pour un auteur d’ « arriver ». Ça a toutefois deux grands intérêts non négligeables : le fait d’écrire encore et encore permet de progresser… et ça permet de créer un relationnel de personnes qui grandissent en même temps que vous et un jour, on finit par franchir une ligne où l’on entre vraiment dans une économie plus sereine.
    Les années de labeur et de déconvenue font partie de la formation et la sélection naturelle se fait comme ça.
    Par ailleurs, d’avoir aujourd’hui un pied dans la télé et un dans le cinéma, me permet de reconnaître que si l’on veut une certaine stabilité c’est encore dans la télé qu’on peut la trouver… Le seul équilibre que j’ai réussi à trouver c’est de travailler pour la télé afin de m’offrir le luxe de travailler pour le cinéma! A la télévision, il y a quand même bien plus de rigueur et le travail du scénariste y est bien plus reconnu…

  17. Reste le côté obscur de la Force… devenez « époux de » ou « épouse de » :p

  18. @Yann: je suis à 500% d’accord avec toi!

    @David: bon d’accord mais alors il faut épouser un très très gros producteur! ;-)

  19. Je peux témoigner qu’en tout cas, épouser un scénariste n’aide pas particulièrement ! Un dir de coll, à la limite… ;o)

  20. Hé les filles, et votre indépendance ? Et votre niack ? Epouser un, n’importe qui même (et surtout !!) un très très gros, n’est ce pas passer des nuits blanches (entre 2 h et 5 h du matin de préférence) à douter de soi ? à se demander si on doit son succès soudain à son talent ou à celui très très gros du mec qui connait plein de monde ?
    Allez, on triche pas, et on se remet au travail fissa malgré la galère. Et vive la liberté !

  21. > Epouser un, n’importe qui même (et surtout !!) un très très gros, n’est ce pas passer des nuits blanches (entre 2 h et 5 h du matin de préférence) à douter de soi ?

    J’ai perdu 21 kilos, alors ça va bien, hein, maintenant.