Scénario-Buzz

L'écriture entre les lignes

Quand des auteurs célèbres évoquent l’écriture

Pour une fois, je ne vais pas vous parler de scénario à proprement parler mais d’écriture au sens large. Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, amis lecteurs, mais j’ai toujours adoré confronter ma petite expérience à celle d’auteurs reconnus. J’adore découvrir la routine de travail, mais aussi le rapport à leur œuvre de tous ceux, illustres ou inconnus, qui ont comme moi décidé de vouer leur vie entière à l’écriture.

Bref, je dévore avec bonheur tout ouvrage ayant trait à cette muse exigeante, d’où l’idée de vous en présenter quelques uns…

Quand on sait qu’un scénariste passe une dizaine d’heures quotidiennes à écrire, les fesses vissées à une chaise, on pourrait considérer que se plonger ensuite dans un livre traitant d’écriture relève du plus pur masochisme, mais je considère, pour ma part, que « quand on aime on ne compte pas ».

Découvrir le témoignage d’auteurs célèbres ou de confrères permet de confronter leurs expériences avec son propre rapport à l’écriture, de prendre du recul vis à vis de sa  névrose routine d’auteur, bref, d’entamer une réflexion salutaire pour s’épanouir dans la difficile carrière qui est la nôtre…

Maints auteurs ont couché sur papier leurs mémoires professionnelles, avec plus ou moins de générosité. Voici une sélection (non exhaustive) d’ouvrages traitant du métier d’écriture:

Mes bibles personnelles

On Writing: A Memoir of the Craft de Stephen King: des mémoires publiées en 2000 dans lesquelles le grand maitre du suspense brosse un autoportrait intime à travers sa relation à la plume et nous livre quelques judicieuses recettes et exercices d’écriture. On y découvre son lien charnel à un art qui lui a littéralement sauvé la vie, à plusieurs reprises, et dans tous les sens du terme. Cet ouvrage magnifique a été traduit en français sous le titre Écriture: mémoires d’un métier et, comme maints confrères, je lui voue un véritable culte. Il faut dire que Stephen King s’y livre avec générosité et humilité, dans une véritable optique de transmission de savoir, bref, cet ouvrage est in-con-tour-na-ble!

Journal d’un écrivain et L’art du roman (recueil d’articles) de Virginia Woolf: des textes dont la finalité première n’étaient pas tant la transmission que la confession, à travers lesquels on découvre l’immense romancière anglaise sous le plâtre de sa légende. Elle y livre avec flamme son amour dévorant pour la littérature et on découvre à quel point elle s’est livrée toute entière à son art, avec un acharnement quasi maniaque qui l’a littéralement consumée.

Écrire de Marguerite Duras: on aime « MD », ou on la déteste. Je lui dois, quant à moi, l’un de mes premiers déclics d’auteur lors de mon adolescence. On peut certes lui reprocher de s’être laissé glisser, dans ce court recueil, à l’auto-célébration crasse qui a marqué ses dernières années mais comment ne pas être touché par l’émotion et la flamme qui transparaissent entre les lignes?

Journaux de Sylvia Plath: non seulement j’adore sa poésie mais la découverte de ses journaux m’ont fait l’effet d’une gifle. On y découvre non seulement la précocité de son talent (les premiers textes datent de la fin de son adolescence) mais aussi l’extrême douleur de sa relation à l’écriture, entre longues périodes de blocage (notamment à cause de l’écrasante stature de son époux le poète Ted Hughes) et moments de fulgurance aux cours desquels sa productivité est impressionnante. On ne peut surtout que déplorer tous les chefs d’œuvres avortés par son suicide à l’âge de trente-et-un ans…

A propos d’écriture en général

L’art de la fiction et Dans les coulisses du roman de David Lodge: deux ouvrages dans lesquels le célèbre écrivain britannique dissèque pour nous les mécanismes de l’écriture, exemples tiré du répertoire à l’appui. Un véritable cours magistral!

Mes secrets d’écrivain d’Elizabeth George: un ouvrage qui mêle guide technique et mémoires d’auteur, organisé en quatre parties, dans lequel la romancière nous livre sa propre méthode d’écriture. Si l’emballage marketing peut rebuter, c’est une excellente lecture.

L’art du roman de Milan Kundera: qui étudie quelques grands concepts philosophiques à travers des situations romanesques. L’auteur y brosse sa propre conception du roman tout en analysant les œuvres de maints auteurs du patrimoine littéraire.

Devenir écrivain de Robert Louis Stevenson: trois essais issus du recueil Memories and portraits dans lesquels l’auteur livre son expérience d’écrivain en herbe.

A propos de scénario

Rewrites: A Memoir de Neil Simon: un ouvrage qui m’a été très gentiment recommandé par un lecteur, que je remercie au passage, dans lequel l’immense scénariste retrace sa carrière et dresse un portrait de l’industrie hollywoodienne, tout en livrant une réflexion passionnante sur sa profession. Il est hélas difficile à se procurer et n’a pas été, à ma connaissance, traduit en français.

Dans le registre biographie

Keats d’Andrew Motion: un véritable travail d’orfèvre dans lequel l’auteur retrace toute l’existence du surdoué John Keats et dissèque quasiment chacune de ses lignes. Une véritable radioscopie de l’âme du brillant poète qui a inspiré à Jane Campion son superbe Bright Star. On a presque l’impression que le biographe s’est glissé sous la peau de son sujet. Un véritable chef d’œuvre hélas pas traduit dans notre langue…

A propos de l’équilibre mental de l’auteur…

Living the Writer’s Life d’Eric Maisel: un guide rédigé par un psychologue spécialisé dans l’accompagnement des auteurs. Il y explique comment survivre aux divers maux qui frappent ceux qui se vouent à l’écriture, je cite: « refus à répétition, writer’s block, isolement, alcoolisme, boulots alimentaires, critique, manque d’estime, narcissisme, addictions, pauvreté, arrogance, dépression… » Je sais, ça fout les jetons!

 

Et vous, quels sont vos ouvrages cultes en la matière? N’hésitez pas à les citer dans les commentaires de cet article…

Copyright©Nathalie Lenoir 2011


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Auteur : Nathalie Lenoir

Nathalie Lenoir est scénariste (cinéma/TV) membre de la Guilde Française des Scénaristes, blogueuse et écrivain. Elle a rédigé des articles pour de nombreux sites web et pour la presse papier, notamment les revues Synopsis, Ciné-Studies et La Gazette des Scénaristes.

16 Commentaires

  1. Bonjour du lundi matin !
    Super article ! Merci pour toutes ces références. Alors moi, j’ai un petit faible pour le livre de Murakami « Autoportrait de l’auteur en coureur de fond » dans lequel il fait une comparaison entre l’opiniâtreté et la régularité dont doit faire preuve tout coureur qui veut progresser, et le travail de l’écrivain. Pratiquant moi-même la course, j’y trouve autant de plaisir que de « souffrance ». Mêmes sensations pour l’écriture. Du plaisir lié à la difficulté surpassée. Et même agacement lorsque j’arrête un peu trop longtemps et que je suis à bout de souffle au bout de quelques petits kms.
    Il y cependant une grosse différence, je n’ai encore jamais ressenti, lorsque j’écris, ce merveilleux second souffle du coureur qui vous fait repartir de plus belle… mais peut-être que ça viendra ;-)

  2. Ah oui il faut que je le lise celui-là, d’autant que j’adore Murakami. Bon pour ce qui est de me mettre à la course, en revanche… ;-)

  3. Je note avec curiosité les « Journaux » de Sylvia Plath (entendu parler mais jamais lu).
    Sinon quelques livres qui me viennent à l’esprit, majeurs ou parfois plus mineurs, mais où l’on trouve toujours du grain à moudre ou de quoi faire tourner les ailes du moulin « Livre ».

    Pour commencer, les conseils des maîtres, même si on n’est pas obligé de suivre ces lettres..à la lettre : « Conseils au jeune écrivain » d’André Gide et « Lettres à un jeune poète » de Rilke. Toujours utiles (et rapides à lire, les conseils étant sages et succints dans leur sobriété).
    Dans le registre anglo-saxon, toujours autant de conseils sur l’art (ou la folie) d »écrire (seraient-ils plus généreux que nous autres, Européens?): « La foi d’un écrivain » de Joyce Carol Oates, toujours très stimulante ; « Pourquoi s’en faire?  » de Jonathan Franzen; « Parlons travail » de Philippe Roth, un peu plus aride mais nourrissant; et enfin « l’art du suspens » de Patricia Highstmith, incontournable.
    Ah oui, aussi « En vivant, en écrivant », de Annie Dillard.

    Sinon, « La littérature à l’estomac » de Julien Gracq est un « must read » français, sur le rapport au public et à l’édition: redoutable. Pour ceux qui aiment le noir d’encre, « Rester vivant » de Michel Houellebecq: le texte d’intro est d’un désespoir bizarrement vivifiant; « Entre nous soit dit », un livre d’entretien avec Philippe Djian (mais faut aimer Djian); et un étonnant manuel trouvé au pif chez un bouquiniste: « Technique du métier d’écrivain » du formaliste russe Victor Chlovski.
    Et incontournable à titre de grand classique: « Les mots » de J.P Sartre.

    Sinon d’accord avec toi, Nathalie: « l’art du roman » de Kundera est un livre important qui éclaire l’esprit d’un point de vue profond sur l’écriture; je me demande s’il ne faut pas commencer par celui-là…;-)

    Et pour terminer, en reprenant la distance nécessaire à sa petite entreprise, un recueil de citations et de bons mots vachards autour de la littérature qui détend les neurones (et l’ego): « Je hais les écrivains » d’Eric Momus qui commence (fort) par cette première citation: « Souvenez-vous avant d’écrire, de la beauté du papier blanc. »(Louis Veuillot)

  4. Merci Philippe, voici plein de titres à explorer! :-)

  5. Bonjour Nathalie,

    ravi que mon conseil sur Neil Simon vous ait été utile! ;-)

    Stéphanie, « autoportrait » de Murakami, est effectivement édifiant.
    En ce qui me concerne, je pratique également la course à pied, très régulièrement, et il m’est arrivé très souvent de trouver des solutions à mes problèmes d’écriture en courant. Je trouve que lorsqu’on court, à un certain moment l’esprit se met dans un mode très particulier, une sorte de lâcher-prise que je soupçonne d’être très proche de la méditation. Je pense que cette activité physique monopolise tellement les parties reptiliennes du cerveau que des ponts plus directs entre les flux de conscience et le cortex préfrontal peuvent alors avoir lieu. De plus, le paysage qui défile autour de soi a peut-être un effet légèrement hypnotique.

    Quelqu’un peut-il confirmer cette impression?

    Je voudrais aussi attirer l’attention sur un autre théoricien de la dramaturgie, qui peut nous changer des classiques hollywoodiens… Il s’agit de Marcel Pagnol.
    Pagnol a commencé sa carrière de dramaturge en écrivant des pièces de théâtre qui ont pratiquement tout de suite rencontré le succès, puis il a compris tout l’intérêt que le cinéma parlant pouvait avoir (alors que beaucoup de gens, comédiens notamment, méprisaient cet art naissant), et non seulement il s’est mis à écrire pour ce nouveau support, mais il a en plus théorisé cette écriture.

    On trouve ces écrits notamment dans l’intégrale que les éditions De Fallois avaient fait de son œuvre. Les volumes sur le théâtre et le cinéma, donc, nous intéressent particulièrement. On peut les trouver (pour un temps limité, je pense) sur Amazon.

    D’une manière générale, cependant, il n’est pas toujours bon de passer son temps à lire tous ces modèles… Moi-même, j’ai découvert à 18 ans l’œuvre de Kundera, et j’ai alors décidé que personne, jamais (et en tous cas pas moi), n’arriverait à la cheville de ce type. Et j’ai totalement cessé d’écrire durant 22ans.

    Heureusement, le temps passe. Samedi j’ai acheté mes deux premiers volumes de la Pléiade. L’œuvre du maître. Miam. Les parties « biographie de l’œuvre », écrites par François Ricard, sont très très intéressantes et valent réellement l’achat de cette édition (en tout cas pour le genre de fan que je suis).

  6. Pendant que j’écrivais mon commentaire précédent, Ph. Lafitte a conseillé de commencer par « L’art du roman », de Kundera, et j’ai envie de dire que je suis d’accord avec Ph. !

  7. Au fait!!!
    Je me demande si on n’a pas oublié les entretiens Hitchcock-Truffaut !!!

  8. C’est un « oubli » volontaire car l’écriture n’y est qu’une thématique parmi d’autres, Hitchcock n’étant pas vraiment scénariste. Mais bien entendu le bouquin est génial.

  9. « Hitchcock n’étant pas vraiment scénariste »

    Waou! Je me permettrais d’être en désaccord. ;-)
    Le souci d’Hitchcok pour le scénario me semble permanent. Même s’il n’est pas crédité comme scénariste de ses films, c’est vraiment lui le directeur d’écriture.
    L’écriture de Rear window, entre autre, est vraiment fabuleuse, je trouve.

  10. Je suis entièrement d’accord avec vous sur ce point: il attachait une grande importance à l’écriture et s’impliquait dans la genèse de tous ses films qui sont des références en matière d’intrigue, de caractérisation, de suspense…

    Mais Hitchcock était cinéaste et pas auteur, il a très rarement signé les scénarios de ses films, confiant cette tâche à des scénaristes, des professionnels de l’écriture. Ce n’est pas lui faire offense que de l’affirmer, il le reconnaissait lui-même. Chacun son savoir-faire.

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