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Les 10 spec-scripts les plus chers de l’histoire

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S’il n’est pas monnaie courante, sur notre sol, qu’un scénariste parvienne à vendre un spec-script quand aucun réalisateur n’est attaché au projet, ce genre de démarche est, bien au contraire, le pain quotidien des auteurs hollywoodiens, quand bien même la concurrence est féroce.

Non seulement ces scénarios se vendent, mais ils peuvent atteindre, à coup de buzz, des sommes record, même si leur auteur est un parfait inconnu. Voici la liste des dix spec-scripts les plus chers de l’histoire d’Hollywood.

Petite piqure de rappel. Un spec-script est un scénario initié par son seul auteur, qui démarche ensuite les studios, via son agent,  dans l’espoir de le vendre. Si en France cette démarche est généralement vaine, les scénaristes travaillant essentiellement sur commandes, les choses sont quelque peu différentes outre-Atlantique, en vertu de la concurrence féroce que se livrent les grands studios, toujours avides de dénicher le perle rare avant leur voisin.

Voici dix spec-scripts qui se sont plus que bien vendus. Force est de constater qu’ils n’ont pas tous donné naissance à un chef d’œuvre, loin s’en faut…

1. Déjà vu (2006): 5 millions de dollars. Ce script mêlant polar et science-fiction a été signé par Terry Rossio, un scénariste hautement bankable à qui l’on doit notamment les franchises Shrek et Pirats of the Caribbean, et Bill Marsilii, un ancien comédien qui n’avait encore signé que quelques épisodes de séries TV. Budgété pour 75 millions de dollars, le film n’en a rapporté « que » 64 sur le territoire américain, malgré son casting mené par Denzel Washington et Val Kilmer.

Synopsis : Alors qu’il enquête sur l’explosion d’une bombe sur un ferry à la Nouvelle Orléans, l’agent Doug Carlin se voit enrôlé au sein d’une nouvelle cellule du FBI ayant accès à un appareil gouvernemental top secret permettant d’ouvrir une « fenêtre sur le temps », et ainsi de retrouver les preuves nécessaires à l’arrestation d’importants criminels. Cette fenêtre permet d’observer des évènements dans le passé s’étant déroulés quatre jours, six heures et quelques minutes auparavant… pas une de plus, pas une de moins.
Durant son investigation, Doug va découvrir que ce que la plupart des gens pensent n’être qu’un effet de leur mémoire est en fait un don bien plus précieux, une force qui le mènera vers une course contre la montre pour sauver des centaines d’innocents. Source: Allociné

2. The Long Kiss Goodnight (1996, Au revoir à jamais en VF): 4 millions de dollars. Écrit par Shane Black, une valeur sure du film d’action (franchise Lethal Weapon, Last Action Hero…), ce scénario a donné naissance à un bon gros flop retentissant, coulant la carrière cinématographique de son interprète principale, Geena Davis. Budgété pour 65 millions de dollars, le film n’en a rapporté que 33 sur le sol américain.

Synopsis : Samantha Caine, paisible institutrice dans une petite ville, souffre d’amnésie. Un accident vient réveiller en elle un passé mystérieux et pour le moins agité. Épaulée par un détective privé à la morale douteuse, elle se lance dans la quête de sa véritable identité et découvre qu’elle est aussi un agent surentrainé, impliqué dans les activités les plus inavouables du gouvernement américain. Source: Allociné

3. Panic Room (2002) : 4 millions de dollars. On doit ce script au very bankable David Koepp, qui avait déjà signé à l’époque quelques block-busters comme Jurrasic Park, Bad Influence ou Mission Impossible. Ces cent-vingt pages ont donné naissance au film le plus attendu de 2002 mais aussi à l’un des pires flop de l’histoire d’Hollywood. Malgré la mise en scène de David Fincher et la présence au générique de Jodie Foster (dont la carrière ne s’est jamais relevée) et de la très jeune et déjà remarquée Kirsten Stewart, star de la saga Twilight, malgré la rentabilité du film (budget de 48 millions, recette USA de 96 millions), le film a énormément déçu. Ça n’a pas pour autant freiné la carrière de son auteur, qui signera par la suite la franchise Spider man et le quatrième volet des aventures d‘Indiana Jones, tout en passant à la réalisation…

Synopsis : Meg Altman, la trentaine, a très mal vécu la séparation avec son mari et angoisse à l’idée de devoir élever seule sa fille Sarah. Afin de commencer une nouvelle vie loin de ses craintes, Meg achète une immense et splendide maison située dans un quartier huppé à l’ouest de New York. Son ancien propriétaire y a fait construire au dernier étage une pièce de sûreté dans laquelle on peut se réfugier en cas de menace extérieure et rester enfermé de nombreux jours grâce aux provisions qu’elle contient.
Cependant, Meg n’aurait jamais pensé s’en servir dès le premier soir. En effet, trois cambrioleurs, Burnham, Raoul et Junior, ont pénétré dans la maison avec la ferme intention de dérober une somme de quatorze millions de dollars cachée par l’ancien maître des lieux. Tout porte à croire que ce butin est dissimulé dans la pièce de sûreté, là où se sont réfugiées Meg et Sarah. Source: Allociné

4. Talladega Nights: The Ballad of Ricky Bobby (Ricky Bobby : roi du circuit en VF; 2006): 4 millions de dollars. Un scénario co-écrit par le comédien vedette Will Ferrell et Adam McKay, un scénariste qui s’est notamment illustré sur le Saturday Night Live. Cette comédie budgétée pour 72,5 millions de dollars en a rapporté plus de 148 sur le seul continent américain mais elle est restée plus que confidentielle sur notre sol…

Synopsis : Ricky Bobby est devenu un héros national grâce à ses nombreuses victoires dans la course automobile. Avec Cal, son ami d’enfance, ils se partagent, en toute loyauté, la première et la deuxième places du podium. L’arrivée d’un Français réputé dans le monde de la formule 1 va venir troubler la compétition et remettre en cause leur suprématie. Source: Allociné

5. Eurotrip (Sex Trip en VF; 2004): 4 millions de dollars (!) Un véritable nanar en or massif qui tente de surfer sur la vague American Pie en déclinant le concept à la sauce « voyage en Europe ». Commis par le trio Alec Berg, David Mandel & Jeff Schaffer, des auteurs de séries TV s’étant illustrés sur Senfield ou encore Curb Your Enthusiasm, ce consternant teen movie a fait un flop (budget de 25 millions, recette US de 18).

Synopsis : Scotty correspond par mail avec une charmante Allemande. Lorsqu’il découvre qu’elle a une plastique parfaite, il décide de se rendre en Europe avec trois amis pour la rencontrer. Leur périple ne se fera pas sans de nombreux rebondissements… Source: Allociné

6. Basic Instinct (1992): 3 millions de dollars. Une sacrée référence en matière de spec puisqu’il a propulsé à la fois les carrières de son auteur, Joe Eszterhas, mais aussi du cinéaste qui l’a mis en images, Paul Verhoeven, et de ses interprètes principaux: Sharon Stone, alors quasi inconnue, et Michael Douglas, en perte de vitesse à cette époque. Un raz-de -marée médiatique lors de sa sortie et un énorme carton au box-office (budget de 49 millions, recette de 118 millions aux USA). Un tel phénomène que ses producteurs ont voulu le ressusciter en 2006 avec un consternant sequel…

Synopsis : Nick Curran, inspecteur de police à San Francisco, enquête sur le meurtre d’une star du rock, Johnny Boz, tué de trente et un coups de pic à glace par une inconnue alors qu’il faisait l’amour. Nick apprend que le chanteur fréquentait Catherine Tramell, riche et brillante romancière. Au cours de son enquête, il s’aperçoit que les parents de Catherine sont morts dans un accident suspect, que son professeur de psychologie a été assassiné dix ans plus tôt à coups de pic à glace et qu’enfin, une de ses meilleures amies a, en 1956, tué ses trois enfants et son mari. Source: Allociné

7. Medicine Man (1992): 3 millions de dollars. Un film mou du genou écrit par Tom Schulman, un scénariste à qui l’on doit notamment Dead Poets Society (Le cercle des poètes disparus en VF). Le cinéaste John McTiernan et la star Sean Connery ne sont pas parvenus à pimenter cette très fade recette. Budgété pour 45,5 millions de dollars, le film en a tout juste rapporté 40 sur le sol américain.

Synopsis : Le docteur Rae Crane est envoyée par une société pharmaceutique au cœur de la forêt amazonienne à la recherche du scientifique Robert Campbell qui prétend avoir trouvé dans les arbres de la forêt vierge une substance capable de guérir le cancer. Mais la construction d’une route au cœur de la forêt menace l’équilibre écologique et par la même occasion le produit miracle que n’arrive plus à reconstituer le docteur Campbell. Source: Allociné

8. The Pink Panther (2006): 3 millions de dollars. Bizarre d’écrire un remake en matière de spec-script, non? Et culotté de s’attaquer au monument de Blake Edwards! Il faut dire que l’initiative en revient au comédien Steve Martin, qui espérait sans doute se frotter à l’immense Peter Sellers pour rebooter une carrière moribonde. Il s’est entouré à cet effet des scénaristes Len Blum et Michael Saltzman et, si le film a été tout juste rentable (80 millions de budget, 82 de recettes USA), on ne peut pas dire qu’il ait marqué les esprits…

Synopsis : Un célèbre entraîneur de football est assassiné et une bague, ornée du fameux diamant La Panthère Rose, lui a été dérobée. Le gouvernement français a besoin d’un détective de génie pour résoudre le mystère mais personne n’est libre. L’inspecteur Jacques Clouseau arrive alors à la rescousse.
Une pop star, un joueur de foot, un assassin chinois… tous sont suspects mais qui est le coupable ? Clouseau et son acolyte Ponton vont devoir résoudre ce cas épineux et empêcher leur chef Dreyfus de récolter les lauriers de l’enquête. Source: Allociné

9. Mozart and the Whale (Crazy in love en VF; 2006): 2,75 millions de dollars. Un obscur mélo signé Ron Bass, un habitué du genre, qui a fait un flop retentissant: 36 000 dollars de recettes sur le sol américain pour un budget de… 12 millions, ouch!

Synopsis : Un savant en mathématiques tombe amoureux d’une experte en art en et musique. Leur amour est toutefois mis à rude épreuve par le syndrome d’Asperger, une maladie qui les enferme tous deux dans l’autisme… Source: Allociné

10. A Knight’s Tale (Chevalier en VF; 2001): 2,5 millions de dollars. Un petit joyau signé Brian Helgeland qui mêle action, comédie et romantisme un poil punk et a propulsé le très regretté Heath Ledger au firmament des vedettes, marchant plutôt bien en salles: budget de 56,5 millions de dollars et 65 millions de recettes sur le seul sol américain. De très loin, mon favori de cette liste!

Synopsis : En Europe, au XIVe siècle, William Thatcher est un modeste écuyer qui a un don inné pour l’équitation et les combats de joute, un talent qu’il décide d’exploiter après la mort de son maître Sir Ulrich von Lichtenstein. Mais ne concoure pas qui veut dans les tournois, il faut être un noble. Il prend alors l’identité de son défunt seigneur et part sur les routes de France avec ses compagnons Roland et Wat.
En chemin, William rencontre Geoffrey Chaucer, un écrivain errant qui lui fabrique de faux papiers. Ces documents falsifiés lui permettent de participer aux tournois disputés par les plus grands chevaliers.
En peu de temps, il se fait remarquer par son agilité et multiplie les victoires. Il attire également l’attention de la belle Jocelyn et, malheureusement, du redoutable comte Adhemar. Ce dernier est jaloux de son succès et compte bien y mettre un terme. Source: Allociné

Quel enseignement tirer de ce top ten? Il est un peu amer en ce qui me concerne mais il prouve qu’il ne faut pas confondre spéculation et talent, ni succès au box-office. Pour ma part, les plus géniaux spec-scripts que je connaisse seraient American Beauty d’Alan Ball, Boogie Nights de Paul Thomas Anderson ou encore Little Miss Sunshine de Michael Arndt… Et vous, lesquels choisiriez-vous?

Preuve en tout cas que les spec-scripts font saliver les studios, ceux qui créent le plus le buzz sont référencés chaque année au sein d’une Black List très influente dont je vous ai déjà parlé dans ces colonnes.

Copyright©Nathalie Lenoir 2011


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Auteur : Nathalie Lenoir

Nathalie Lenoir est scénariste et membre de l'UGS. Elle a collaboré, au cinéma et à la télévision, avec des réalisateurs comme : Nico R, Lamar Hawkins, Arnaud Cafaxe, Vincent Basso-Bondini... et rédigé en parallèle des articles pour de nombreux sites web et pour la presse papier, notamment la revue "Synopsis" et "La Gazette des Scénaristes". Elle collabore depuis 2008 avec le webzine "Survosécrans".

18 Commentaires

  1. Désolée d’avoir du effacer les commentaires sur cet article, j’ai eu un gros bug avec WordPress et il m’a fallu supprimer le post pour en refaire un. Merci pour les précisions au sujet de Tom Schulman en tout cas! :-)

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  4. Je garde un très bon souvenir de Panic Room, ça fait longtemps que je l’ai vu mais je garde le souvenir d’un thriller huit clos bien efficace.

    J’ai un bon souvenir également de Chevalier qui était en effet un bon mélange d’aventure et d’humour.

    Mais aussi de The Pink Panther qui avait vraiment permis de redonner un personnage intéressant à Steve Martin mais aussi à Jean Reno que j’apprécie vraiment lorsqu’il ose jouer quelque chose d’aussi décalé sans se prendre au sérieux. Je garde le souvenir d’une bonne comédie qui m’avait fait bien rire à l’époque. Ce duo de personnages décalés fonctionnait bien mais peut-être que les nostalgiques de la première version (moi honnetement j’ai pas vu) ont mal digéré ce remake (comme bien souvent avec les remakes)

  5. Le propos de cet article n’est pas de tirer à boulets rouges sur les films cités (j’y reconnais d’ailleurs mon amour pour A Knight’s Tale, punaise, je rêverais d’écrire un film aussi punk!) mais de pointer le doigt sur le fonctionnement du système hollywoodien. Ces spec-scripts ont été payés une fortune sans forcément donner naissance à de bons films, ni à des succès du box office. Ce que les studios paient, c’est le buzz, la spéculation sur tel ou tel projet, tel ou tel nom. J’ai trouvé intéressant de le rappeler.

    Mais oui sinon, j’aime beaucoup Basic Instinct. Panic Room en revanche je dois dire que ça a été une grosse déception en ce qui me concerne. Les goûts et les couleurs… ;-)

  6. Et c’est quoi le mode d’emploi pour envoyer un spec-script ? :) Ca a l’air intéressant ces 4 millions de dollars…

  7. Bonjour,

    Je ne sais pas si les studios paient le buzz, Nathalie. Tout ce que je sais, c’est qu’il est extrêmement difficile de mesurer à l’avance 1/ ce que donneront les mots à l’image (*) et 2/ l’impact que cette image aura à l’écran sur le grand public.
    (*) Malgré l’industrialisation de la fabrication d’un film, réussir un film relève encore de la magie (et heureusement).

    En d’autres termes, acheter un scénario (donc un bout de papier avec de l’encre dessus), c’est faire de toute façon un pari (que celui qui prétend pouvoir savoir, à la lecture d’un script, si le film sera bon ou mauvais jette la première pierre ;-) ). Un pari, ça ne se gagne pas toujours, ça se perd même souvent.

    Panic Room est un bon exemple, je trouve, de la notion de magie et de pari. En lisant le scénario, on voit effectivement que ça pourrait faire un très bon film. Mais dans son incarnation à l’écran, la sauce ne prend pas, la maillo ne monte pas (alors qu’on sent que tous les ingrédients sont là). Problème de casting ? Problème de réalisateur ? La fée subtilité qui refuse de se montrer sur le plateau, malgré tout le talent présent ? Un peu de tout ça, je pense.

    Enfin, pour terminer, je voudrais mettre le doigt (pour O. Castle) sur le fait que ces spec-scripts ont loin d’avoir été écrits par des inconnus. Rêver est bien, garder les pieds sur terre, c’est mieux.

    Bon script !

  8. Tu as raison de parler de magie, Phil, je crois moi aussi qu’en dehors des recettes et calibrages d’écriture, et du talent des divers intervenants, il subsiste une part irrationnelle qui fait que le public adhère ou non. Loin de moi l’idée de rejeter le système hollywoodien dans son ensemble car les américains, sans doute parce qu’ils ont un autre rapport à l’argent et au patrimoine, ont cette capacité à prendre des risques, à marcher à l’instinct, qui fait cruellement défaut à certains décideurs français.

    Quant à Panic Room, je n’ai pas lu le script mais ce qui m’a principalement gênée, c’est le manque de nerf de la mise en scène. Je n’ai pas non plus ressenti assez d’empathie pour les personnages pour craindre pour leur vie.

  9. Hello Nathalie,

    Tout à fait d’accord avec ton analyse de Panic Room.

    Je voulais juste dire que la « magie » dont je parlais, c’était plutôt celle qui se produisait ou non *en cours de production* et surtout sur le plateau. Quand en production un choix va dans le sens parfait de l’histoire, quand sur le plateau un geste anodin prend soudain une dimension inattendue, quand « la sauce prend » entre deux personnages (qui restent deux êtres de chair).

    Le cinéma est le seul art de destruction, je veux dire le seul où le processus de fabrication est en courbe de destruction. Chaque fois que le peintre retouche sa toile, il peut se rapprocher de l’idéal qu’il imagine, chaque fois que le romancier modifie une phrase, un mot, il peut s’accorder un peu plus avec la musique qu’il entend, idem pour le compositeur. Chacun peut revenir, pour presque rien, en arrière et tenter autre chose.
    Le cinéma, lui, met en branle tellement d’intervenants et tellement d’argent qu’il est soumis à trop de pressions contradictoires : le scénariste va imaginer tel acteur et pour les besoins du marketing, c’est un acteur plus bankable qui sera préféré, moins idoïne, le réalisateur va espérer tel plan dans telle scène (une foule immense sur les champs-élysées survolée par un hélicoptère) et le budget ne lui permettra pas de l’avoir, etc. etc. C’est, chaque fois, des concessions (indispensables) qui vont presque toujours dans le sens de la destruction, de la diminution en tout cas, de la dégradation (inévitable) de l’œuvre initiale, avec pour obstacle ultime l’épreuve du tournage, de la confrontation au réel avec un timelock incontournable et serré.
    Rare sont les exemples, comme Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain par exemple, où la courbe est ascendante, où chaque étape de la production fait monter d’un cran le projet initial (à commencer par le choix heureux de l’actrice). On le voit très bien en lisant le shooting-script qui a servi pour la prod. Il y a eu de la magie à toutes les étapes, dans chaque choix.

    D’où l’importance, entre parenthèses, d’un scénario 10 fois meilleur que le résultat qu’on souhaiterait atteindre. Une réflexion que devraient se faire ceux qui, naïvement, pensent qu’ils peuvent prétendre devenir scénariste tout simplement parce qu’ils se disent (à juste titre sûrement) qu’ils peuvent faire deux fois mieux que le film qu’ils ont vu. Ils oublient que le scénario, pour arriver à ce film, n’était pas 2 fois mais 10 fois mieux, et qu’un scénario seulement deux fois mieux aurait abouti à un film… (attends, je prends ma calculette :-) )… un film 5 fois plus mauvais que celui auquel ils ont assisté.

    C’était de cette magie-là dont je parlais, surtout. Mais tu as raison en disant que les choix du public ont une part d’irrationnel, même si j’ai l’impression que ce public, tout ignorant et indifférent qu’il est de « l’art », est loin d’être aussi bête et naïf qu’on veut bien le croire. ;-)

  10. Très pertinente analyse, ce qui ne m’étonne pas de toi! :-) je partage entièrement ton opinion, ça va sans dire, si ce n’est qu’en parlant du public, je ne le considérais ni comme bête ni comme naïf, je crois au contraire qu’il s’éduque, par sa propre expérience, mais aussi à force de voir des films, bref, qu’on « ne la lui fait pas », ce qui rejoint d’ailleurs ton propos… ;-)

  11. Tout à fait d’accord également sur le processus cinématographique des « concessions » qui priment malheureusement sur le processus de « valeurs rajoutées ». Mais quelques fois ça arrive quand même. Personnellement je crois que ça ne vient pas seulement des problèmes financiers mais d’un manque de communication entre les uns et les autres et que le travail de médiation n’est pas toujours fait.
    Toutefois je crois qu’il serait pertinent de ne pas tomber dans la confusion entre « un bon film » et un « succés ». Avec 100 000 000 de dollars au box office, Panic Room n’est pas un échec. Par contre que ce soit artistiquement un film sans magie, oui, c’est vrai.
    Si on met clairement en place ce distingo, j’aurais tendance à croire au contraire que oui, on peut prédire à l’avance d’un résultat d’un très grand nombre de films. En tous cas des films qui sont généralement calibrés pour ce genre d’objectifs, non pas artistiques, mais financiers. Et ils sont fort nombreux! Et je peux vous assurer que la fenêtre d’erreur est plus petite qu’on peut l’imaginer. Ou du moins que moi je l’imaginais…
    Allant de pair avec ce distingo, il y a des des très belles oeuvres cinématographiques qui n’ont pas eu de spectateurs. Le très beau mais maudit « Jindbayne » de Ray Lawrence me vient naturellement en tête. Et également, il y a (en France en tous cas) toujours un ou deux films qui font des hits imprévus et ça c’est très enthousiasmant (Des hommes et des Dieux et Arnacoeur par exemple… même si je n’aime ni l’un ni l’autre)
    Par contre, je ne partage pas ou plus l’optimisme qui est pourtant tout à son honneur (comme tous les optimismes d’ailleurs) de Nathalie sur le public. S’il est capable d’apprécier un bon film il n’a plus la curiosité d’aller le découvrir. Et ça c’est un cercle vicieux et vicié. Oui, au public, on la lui fait! Et comment! Sauf que – chut – il faut pas qu’il le sache… Le public n’est pas bête, il est juste fainéant et il est doté de don de pouvoir aussi se contenter de peu. MacDo n’est pas que dans la bouffe.

  12. Salut Yann,

    Tu parles de problème de communication, et je suis tout à fait d’accord avec toi.

    La preuve : je n’ai jamais parlé de « compromis » en termes financiers, et encore moins pour dire que les problèmes venaient *seulement* de là. Choisir l’actrice A et l’acteur B pour un couple protagoniste parce qu’ils sont les plus adéquats pour chacun des rôles (donc je prends le cas idéal) et s’apercevoir sur le plateau que la sauce ne prend pas entre eux, que toutes les finesses pensées par les auteurs (scénaristes/réalisateurs/producteurs) passent à la trappe et qu’il ne reste plus que ce que disait le scénario, ça n’a pas grand chose à voir avec l’aspect financier.

    Pour ce qui est de la confusion entre “bon film” et “succès”, je te l’accorde. Pour moi, un “succès” sera toujours un bon film. Par définition même. La réciproque est fausse, même s’il serait tentant d’y penser. Si Panic Room a eu le résultat que tu dis au box office, alors je m’incline, c’est un bon film.

    Par rapport à ta « fenêtre d’erreurs », je demande à voir. Je reste convaincu qu’entre les mots écrits sur les pages d’un scénario et son résultat à l’écran, il y a une marge énorme, une part d’aléatoire très large et qui rend difficile tout pronostique exact. Mais si tu peux nous assurer avoir la recette magique, alors tu devrais la proposer, ça évitera à beaucoup de producteurs de perdre de l’argent (je parle de ceux qui savent lire et qui tentent chaque fois de minimiser les risques). Personnellement, l’histoire et l’expérience m’ont toujours appris que la confrontation au réel était un pas délicat. Et les causes sont multiples, et parfois insolubles (nous n’arrivons même pas à nous comprendre dans un thread, qu’est-ce que ça serait sur un scénario ! :-) )

    Enfin, pour ce qui est du public, je ne sais pas s’il est fainéant (il ne doit pas l’être plus que moi, en tout cas). Il a seulement d’autres attentes. Je pense qu’il se fout, dans sa grande majorité, de ce que nous appelons l’Art, le Cinéma avec un grand « C ». Il a envie de passer un bon moment, c’est tout, avec tout ce que ce terme « bon moment » peut recouvrir pour lui. En tout cas, je pense que son attente et la nôtre ne coïncident pas vraiment, et c’est déjà une grande chance que l’une et l’autre puissent se rencontrer quand même au travers d’une œuvre.
    Quand tu dis qu’il se « contente de peu », je ne peux pas être d’accord. Il ne se contente pas des mêmes choses que nous, voilà tout. Donc, de ta position d’artiste, tu restes aveugle à ce qu’il voit et ce qu’il trouve (je suis dans le même cas).
    Et si tu penses si sûrement pouvoir « la lui faire », n’hésite pas une seconde à tenter ta chance. Parce que vraiment, c’est le genre d’affirmation que j’aimerais bien voir démontrées IRL ;-) .

    Mais là où vraiment, vraiment, vraiment, je ne peux pas être d’accord avec toi, notre plus gros point de dissension, c’est sur McDo. C’est vachement bon, McDo ! Si tous les films me donnaient le même plaisir qu’un bon Big-Mac entre copains, putain, j’irais plus souvent au cinéma ! :-)

    Bien à toi.

  13. Bonjour bonjour,

    je remarque que les commentaires à un article mentionnant des films américains s’orientent souvent vers la fameuse guerre des Blockbusters Vs « Bon films », puis sur la guerre envers les films américains en général. Je trouve cela dommage car c’est restreindre une plateforme de discussion à une dénonciation des dérives du cinéma dit « commercial »… Autant parler de politique, car on arrivera jamais à rien d’autre que de n’être pas d’accords, sans qu’aucune construction ne se fasse.
    Ceci dit, si « Panic Room » avait été réalisé par Audiard, avec Emmanuelle Devos, en serait-on à critiquer ce film ? Ne vous produit-il pas des sensations en le voyant malgré ses défauts ? Ne reconnaissez-vous pas les partis-pris d’un auteur (Fincher, tout de même, « Fight Club » et compagnie), ses essais, son exploration ? Cela ne vous intéresse-t-il pas d’en parler plutôt que de pointer du doigt les défauts ?

    Et puis, faut-il toujours être fauché aux USA pour qu’en France on crie au génie ?

    En arrive-t-on toujours à cette impasse car finalement tout le monde rêverait d’écrire certains scénarios américains, de très loin bien meilleurs (certainement dû au travail investi dans l’écriture, certainement dû au fait que là-bas tout là-bas dans le lointain, les auteurs son respectés et… payés !) que certains scénarios français ?

    Mais, à nous de tenter de faire aussi bien… On devrait pouvoir croire en la possibilité d’un spec-script en Hexagone, ou tout du moins se battre pour que ce soit possible. C’est à nous de faire exister cette possibilité en y croyant, à juste titre dans un monde où aujourd’hui avec internet, celui qui veut, et qui a le talent, peut trouver chaussure à son pied.

    D’une part.

    D’autre part, on se mesure toujours à des gros films bien chers, qui éclipsent les PT Anderson, les Hal Hartley, peut-être les Miranda July ? Les Little Miss Sunshine etc… (Je ne cite pas James Gray parce qu’apparemment ses films sont trop commerciaux pour être respectés ici, du moins chez messieurs-dames les festivaliers de la Croisette) qui d’après ce que je lis sur le blog de Nathalie sont plus proche de son univers… Alors donc, sans vouloir forcément bouder les Blockbuster, ne serait-ce pas mieux de parler des films plus rapprochés tant au niveau artistique qu’économique ?

    Pour en revenir aux spec-script, cela m’intéresserait beaucoup d’en apprendre plus sur les spec-scripts français, il doit bien y en avoir non ? (J’avoue ne pas en avoir trouvé… !)

    PS: Nomoredrama existe-t-il vraiment ou est-ce un personnage inventé ? Car j’ai vraiment, vraiment du mal à croire à son discours…

  14. C’est vrai Martin, mon cœur penche lourdement vers un cinéma plus indépendant (ce qui me vaut d’être taxée « d’intello de gauche méprisant la culture populaire » par certains lecteurs, sic!), même si j’adore certains blockbusters.
    S’il y a, en tout cas, un aspect qui me fait rêver dans le cinéma américain, c’est la grande diversité de son cinéma, la rentabilité des blockbusters alimentant, de façon plus ou moins détournée, les films d’auteurs.

    Je le répète, cet article avait pour objectif 1. d’informer 2. de montrer le côté finalement arbitraire du choix des grands studios. C’est toujours intéressant de suivre ce qui se passe hors de nos frontières… et délicat d’évoquer ce qui se passe à l’intérieur.

    J’aimerais vraiment pouvoir évoquer des spec-scripts français mais comme vous le savez, il n’ont de véritables chances de se vendre que lorsqu’un réalisateur est associé au projet. J’en ai écrit, comme à peu près tous les scénaristes, mais à chaque fois que je les ai fait lire à un cinéaste, je me suis entendu dire : « ah super, vraiment j’adooore, mais je préfère qu’on bosse sur mon idée qui est encore plus géniale »… ;-)

  15. @Martin, excuse-moi, mais je ne vois pas bien où a lieu la dérive dont tu parles… Ne serais-tu pas, par hasard, en train de restreindre toi-même les propos qui sont tenus ici ?… Je n’arrive pas à trouver où il a été question des “dérives du cinéma commercial” dans ce thread…

    Je dois m’exprimer très mal, mais personnellement, je ne parlais que de la difficulté de la “confrontation au réel” ; du passage du monde du fantasme (le film idéal imaginé par les auteurs, avec les acteurs idéaux, les décors idéaux, les plans idéaux, les ambiances idéales, etc. que nous imaginons lorsque nous écrivons un script) du passage du monde du fantasme, donc, à la réalité, où la magie ne se produit pas toujours, qui accorderait ces deux mondes (ce propos me semblait répondre à l’article de Nathalie qui s’interrogeait sur les espoirs attendus d’un scénario, exprimé par le prix qu’on l’achetait).

    Et cette confrontation au réel pour moi est loin, très loin, d’être le seul fait du cinéma dit commercial. J’aurais même envie de dire que c’est tout le contraire la plupart du temps. Moins on a d’argent, et plus les concessions sont importantes. Dans un film commercial, au moins, les intervenants se donnent les moyens (financiers et donc logistiques et artistiques), pour obtenir des subsides en retour. Un film dit commercial permet de travailler avec des stradivarius comme Cruise, Foster, Pitt, Kidman et consorts, pour ne parler que des actrices et acteurs, la partie visible de l’iceberg.

    En tout cas, pour te mettre tout à fait à l’aise, personnellement, je suis un grand fan de beaucoup de ces films commerciaux dont tu parles. Pas parce qu’ils sont commerciaux, mais simplement parce que je les trouve excellents, tout simplement, et que tout simplement ils me procurent des émotions fortes (comme je peux trouver tout aussi excellents des films pas commerciaux).

    J’adore Fincher — fan de Fightclub — et j’ai adoré “The Social Network” où j’ai retrouvé tout son talent. “Panic Room” m’a laissé sur ma faim, même si j’ai beaucoup aimé ce film. Je pense qu’il a souffert d’une direction d’acteurs approximative, et cela n’a rien à voir avec le fait que ce soit ou non un blockbuster.

    Mais je ne vais pas poursuivre, parce que là, oui, nous dérivons vers un sujet — et même un troll — qui personnellement ne m’intéresse pas. Je me fiche de savoir si un film est un blockbuster ou non, et j’essaie au maximum de me tenir non informé avant de voir un film (je ne lis les articles qu’après avoir vu le film).

    Pour ce qui est des scripts-spontanés en France (comme on dirait « candidature spontannée »), c’est à la télé qu’on peut en trouver d’assez nombreux. Au cinéma, comme le dit Nathalie, ça ne fonctionne pas comme ça. En France, le réalisateur n’est pas un technicien comme les autres qui va exécuter une partition, c’est un auteur à part entière, on considère même que c’est *l’auteur*. À tort ou à raison (je n’en sais rien et je m’en fiche), c’est comme ça.

    Mais que ce soit en France ou à l’étranger, le spec-script (qui conduit à un film commercial) n’est-il pas, de toute façon, une exception ? La grande majorité des films (commerciaux ou semi-commerciaux) sont des adaptations de romans ou de livres (Fincher est le premier à le savoir), non ?

    Existerait-il, d’ailleurs, une étude un peu plus sérieuse que mes propos à ce sujet ? (nombre d’adaptation/nombre de scénarios originaux, comparaison qui serait éclairée par les résultats au box-office)

    Bien à vous

  16. Hello

    Quel dommage, en ce qui concerne les spec-scripts en France… Avec un peu plus de « spontanéité » je suis certain (et trop idéaliste) que tout le monde y gagnerait… On peut toujours rêver, mais si ça ne paye pas (soupir presque résigné)…

    Pour en revenir à ceux trans-atlantiques, il y en a un que je n’ai pas vu mais lu, qui s’appelle « Buried », écrit par Chris Sparling (jeune inconnu au bataillon), qui a été repêché dans la Black List (s’appelle-t-il par conséquent également spec-script?) pour le faire réaliser à un jeune espagnol assez reconnu de l’autre côté des pyrénées, Rodrigo Cortés. Le scénario est culotté car huit clos édifiant dans un cercueil enterré en Irak… Le film a reçu de bonnes critiques je crois, en tout cas à la lecture je trouvais que ça marchait fort. Pour le lire: http://www.simplyscripts.com/2010/10/29/buried-screenplay-by-chris-sparling/

    Bonne soirée

  17. Chris Sparling, jeune inconnu au bataillon ?…
    Jeune peut-être (si tu as plus de 34 ans), mais il ne sort pas comme un lapin du chapeau quand même. Auteur, réalisateur, acteur, producteur (de fiction et de documentaire), je n’appelle pas tout à fait ça un inconnu ;-) . Pour moi, un « inconnu au bataillon », ça serait quelqu’un qui n’a encore rien fait (pas de long-métrage en tout cas)), et qui ne sortirait pas non plus d’une école où il aurait été remarqué par ses pairs. ;-)

    Je n’ai pas encore vu Buried (il est sur ma liste), mais merci pour le lien. Je vais lire le script avec plaisir.

  18. Pingback : Scénario-Buzz » Blog Archive » 10 bonnes raisons d’écrire un spec-script

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