A propos de l’affaire Jessica Alba

C’est le buzz qui secoue la blogosphère américaine ces derniers jours. L’actrice Jessica Alba, cette grande philosophe du 21ème siècle, a fait  dans les colonnes du ELLE américain une déclaration qui ulcère les scénaristes, et à juste titre.

J’ai hésité pendant plusieurs jours à relayer l’affaire mais elle est tellement significative que j’ai décidé de vous la faire partager…

Bon, vous l’avez compris depuis belle lurette, chers lecteurs, on ne devient pas scénariste pour flatter son ego (à moins d’être vraiment maso), ni pour faire la fierté de son entourage, mais tout de même, il y a des petites phrases qui font mal, même lorsqu’elles émanent d’une bimbo décérébrée!

Petit rappel des faits. Il y a quelques jours, les lecteurs du ELLE américain pouvaient lire, au détour d’une interview de Jessica Alba, une comédienne dont la carrière ne brille pas vraiment par des rôles disons… intellectuels, que:

« les bons acteurs n’utilisent jamais les scripts, sauf si l’écriture est excellente. Tous les bons acteurs avec lesquels j’ai travaillé disaient ce qu’ils avaient envie de dire ».




Gloups! Autant vous dire que quelques uns de nos illustres confrères, John August en tête, bientôt suivi de Ken Levine, se sont chargés de moucher la demoiselle avec brio via leurs blogs respectifs. Le premier, dans un article intitulé Oh Jessica, adresse une lettre ouverte à l’actrice et lui explique avec beaucoup d’humour, qu’à moins que ses propos n’aient été déformés par la presse, elle vient d’insulter non seulement le talent des scénaristes, mais celui des cinéastes avec lesquels elle a collaboré (David Wain, Robert Rodriguez, Frank Miller…) et de la plupart de ses confrères comédiens.

Quant au second, il rappelle, dans son billet Following up on Jessica Alba’s dopey statement…, que si certains grands cinéastes comme Mike Leigh laissent une large place à l’improvisation lors des répétitions, ils s’appuient tout de même sur le script lors du tournage. Il ajoute, avec un humour crasse, que Jessica Alba serait sans doute incapable de joindre une ligue d’improvisation ou le casting d’une sitcom, genre de fiction qui nécessite beaucoup de réactivité/créativité de la part des acteurs.

Cette déclaration malencontreuse et les premières réactions qui s’ensuivent sont largement reprises sur la blogosphère internationale, et même sur notre sol, reste à savoir si des cinéastes ou des producteurs réagiront publiquement sur l’affaire…

Ah la la, tout ceci me rappelle bien des anecdotes, notamment lors de tournages, tant cette bévue reflète ce que pensent beaucoup de professionnels de l’audiovisuel ou du cinéma au sujet de la belle profession de scénariste: que ce n’en est pas une, ou alors, de seconde zone.

Mais bon, ce n’est pas parce que les scénaristes sont habitués à ce manque de considération qu’ils vont la fermer. CQFD.

PS: Je vous invite également à lire la lettre ouverte que Peter Hanson adresse à l’actrice dans les colonnes de Script, ça vaut son pesant de cacahuètes!

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