Le scénariste John August fait l’apologie de l’iPad

En dépit d’être l’un des scénaristes hollywoodiens les plus en vogue, et les plus occupés (il vient, selon ses dires, d’engager un second assistant afin de soulager le premier), John August est un sacré geek.

Dernière lubie en date, convaincre les lecteurs de son blog de l’utilité pour un scénariste du tout nouveau joujou d’Apple, l’iPad. Examinons ses arguments d’un peu plus près…

Son nom ne vous dit peut-être pas grand chose mais John August est l’un des scénaristes américains les plus reconnus. Il a notamment collaboré avec Tim Burton en signant Big fish, Charlie and the chocolate factory et Corpse Bride (avec Caroline Thompson & Pamela Pettler), avant de passer à la réalisation avec The nines.

Sur son incontournable blog, John August recense l’actualité du scénario américain (cinéma, télévision) et prodigue de judicieux conseils aux auteurs débutants. Après nous avoir offert une démonstration de la nouvelle version de Final Draft, voici qu’il veut nous convaincre d’adopter l’iPad.

Voici les raisons qui, selon lui, rendent ce nouvel outil très utile, voire indispensable pour un scénariste:

  1. L’iPad est très pratique pour lire un scénario. Bon, il est certes plus léger et maniable qu’un ordinateur portable et permet de lire un script en version A4. Il ajoute qu’on peut aussi y lire ses mails, des vidéos, surfer sur le web et plein d’autres choses encore. Ok mais n’est-ce pas pour cette raison justement qu’on s’est offert un smart phone?
  2. Si l’on n’écrit pas un script directement sur l’iPad, on peut l’utiliser pour y apporter des changements mineurs. Ouaip, ce sera effectivement pratique.
  3. Ce sera un outil utile pour les séances de pitch. Ouah, j’imagine déjà la tête du producteur à qui l’on montre photos et autres sources d’inspiration, voire des extraits de son travail, sur ce support! La frime totale quoi.
  4. L’écran tactile serait parfaitement propice à une application pour les index cards. Là, une petite explication s’impose. Beaucoup de scénaristes américains, en bons élèves qu’ils sont, utilisent des fiches au moment où ils construisent la structure d’un script. Ils créent une fiche pour chaque scène, sur laquelle ils résument action, enjeux, personnages… Ils peuvent ainsi les intervertir afin d’essayer plusieurs enchainements possibles. Comme son petit frère l’iPhone, l’iPad appelle effectivement tout un tas d’applications inutiles, donc absolument indispensables.
  5. Une série télévisée prévoit d’utiliser l’iPad à l’écran. Et John August d’ajouter qu’il imagine très bien ce joujou dans une série policière de CBS. L’engin va se démocratiser, so what? Part-il du postulat que si un scénariste doit créer un personnage qui utilise un iPad, il doit lui-même savoir le manier? C’est de la mauvaise foi de geek ou je ne m’y connais pas!
  6. C’est un outil pratique pour lire story-boards et shot-plannings. C’est carrément vrai.
  7. Le prototype est encore pourri. On peut apparemment installer les mêmes applications que sur l’iPhone mais le rendu n’est pas terrible.
  8. L’iPad sera génial pour lire les comic-books. Non mais John, là franchement!
  9. Ce média s’applique à merveille à la presse cinéma et multimédia. Oui, c’est un bon compromis entre presse papier et presse online, toujours en vertu de la lecture en format A4.
  10. Cela ne condamne pas le Kindle e-ink screen. Ca reste à voir mais who cares?
  11. Ne vaut-il mieux pas attendre la version 2.0? John August compte « s’amuser » avec la première version le temps que la seconde voit le jour!

Bref, s’il est difficile de déboulonner ces arguments, je dois avouer qu’en ce qui me concerne, le grand John ne m’a pas vraiment convaincue. On devine, à travers son article, qu’Apple lui a offert un iPad et qu’il se sent obligé de renvoyer l’ascenseur. On sent aussi, et c’est normal vu son statut, qu’il n’a aucun soucis de trésorerie alors que les scénaristes français n’ont pas vraiment des revenus comparables

L‘iPad est un jouet sympathique mais reste un caprice un peu cher qui fait double emploi avec d’autres jouets un peu chers dans lesquels j’ai déjà investi. Et s’il peut s’avérer utile, je ne vois pas trop en quoi il le serait plus à un scénariste qu’à quelqu’un d’autre. Ben oui, je suis une geekette, je l’avoue, mais j’ai encore quelques limites. Au fil des mois, cet outil deviendra sans doute, au même titre que certains smart phones ou qu’une certaine marque de montres, un signe ostentatoire de réussite professionnelle et sociale. Cela me rappelle cette scène géniale d’American Psycho au cours de laquelle de jeunes yuppies dynamiques comparent la taille… de leurs cartes de visite. De toute façon c’est pas grave, je suis encore très très loin de la cinquantaine, ouf!

Et puis franchement, un iPad, ça fait un peu volumineux dans un sac à main ou une besace, non? Bien entendu, si comme John August, j’avais moi aussi deux assistants, je pourrais leur faire porter la machine à tour de rôle. Et tiens, pianoter sur l’écran à ma place! Au passage, je leur ferais préparer le thé, faire les courses, répondre à mes mails, masser mon dos, j’en passe et des meilleures. L’un d’entre eux tiendrait ce blog à ma place, me privant ainsi de tout le fun. Comme quoi, arrivé à un certain stade, rien ne vaut la machine humaine…

PS: Si la firme Apple souhaitait, par le plus grand des hasards, m’offrir son nouveau joujou, je me « sacrifierais » avec grand plaisir…

Copyright©Nathalie Lenoir 2010