La caractérisation

La caractérisation s’opère en deux temps. Tout d’abord, il s’agit d’inventer le personnage à proprement parler. Dans un second temps, et c’est là que le travail se complique, l’auteur doit faire en sorte que les particularités du personnage, tout ce qui le rend unique, se voient à l’image.

Un bon scénario repose sur deux éléments immuables : une structure solide et une caractérisation efficace. La caractérisation, c’est la construction des personnages de l’histoire.

Un nom et un physique sont loin de suffire pour faire exister un personnage à l’écran. Pour que le public puisse s’identifier, ou tout du moins s’attacher, à l’un des héros d’un film, pour qu’il suive son parcours avec intérêt, émotion, voire angoisse, encore faut-il qu’il puisse le comprendre. Tout l’art du scénariste consiste, dès le début du film, à donner l’impression au public qu’il sait tout ou presque des personnages qu’il voit à l’écran.

Inventer un personnage

Un scénario commence la plupart du temps par une idée, une image, un thème que l’auteur souhaite aborder. C’est ce qu’on appelle la prémisse de l’histoire. Une phase de recherche, de documentation, est alors indispensable. Plus le scénariste consacrera de temps à cette préparation, meilleur sera le scénario. Mais une histoire, c’est toujours l’histoire de quelqu’un. Une fois que l’auteur sait de quoi il a envie de parler, il va réfléchir aux personnage qui servent au mieux cette histoire, qui illustrent son propos. Tout au long du film, le spectateur va suivre les aventures d’un protagoniste, de personnages secondaires, il va partager leurs joies, leurs peurs, leurs colères. Tout du moins, c’est ce qu’il est en droit d’espérer… Dans de trop nombreux films, les personnages ne sont que des pantins au service de l’histoire, ils sont monolithiques et interchangeables, de simples clichés : le gentil, le méchant, la blonde à forte poitrine…

Construire un personnage, c’est lui choisir un nom bien entendu mais c’est loin de suffire. Au cinéma comme dans la vie, une personne se définit par son physique, son âge, ses origines sociales, sa religion, son quotient intellectuel, ses manies, ses qualités et défauts, mais aussi sa profession, son style de vie, sa façon de marcher, de s’habiller, ses loisirs, ses passions. La liste est loin d’être exhaustive. Comme une personne réelle, un personne fictive est en majeure partie construite par son passé, son expérience.

Idéalement, un scénariste doit être capable de raconter la biographie complète de chacun des personnages qu’il crée. Bien entendu, la plupart de ces détails- anecdotes et autres éléments du passé du personnage- n’apparaîtront pas directement dans l’histoire. Néanmoins, ce sont ces mêmes détails qui donneront corps au personnage, qui feront qu’il semblera crédible, cohérent, au public.

Lorsqu’il élabore la caractérisation d’un personnage, l’auteur se pose une foule de questions qui l’amèneront à effectuer des choix. Il convient de garder en tête le but à atteindre : créer un personnage unique, original, qui aura un puissant impact sur le public et lui donnera envie de suivre l’histoire.

Faire exister le personnage à l’écran


Une fois que le scénariste a choisit ses personnages et qu’il pense les connaître à la perfection, il va se heurter à un écueil considérable : comment transmettre ce savoir au spectateur de façon efficace ? C’est un véritable challenge : il est impossible de « raconter » le personnage, ce qui nuirait fortement à l’intrigue, il s’agit de montrer qu’il est. Ecrire un film consiste à créer des images, c’est la règle d’or de la dramaturgie.

Comment donc, par le biais des images, faire comprendre au public qui est le personnage ? Bien entendu, son physique, ses vêtements, son décor de vie, vont véhiculer de nombreuses informations. En ce qui concerne la psychologie du personnage, l’exercice est plus périlleux. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’un personnage se définit essentiellement par ses actions et réactions au cours de l’histoire. L’action va révéler au spectateur les désirs, les motivations sécrètes du personnage. En découvrant les buts qu’il se fixe et les moyens qu’il met en œuvre pour les atteindre, le public va connaître le personnage et le comprendre à la perfection.

L’attitude d’un personnage face à l’existence, face à son entourage et face aux évènements de l’histoire illustre sa personnalité mieux que n’importe quel discours. Bien entendu, un personnage n’est rien sans une intrigue. Encore faut-il que l’auteur crée des enjeux et des obstacles assez exceptionnels pour que le héros puisse briller (voir Qu’est-ce qu’un scénario ?).

D’autre part, le scénariste possède un outil remarquable pour faire exister son personnage : le dialogue. Mais attention, une fois de plus, il ne s’agit pas de raconter mais de montrer. Ce qui caractérise le personnage, ce n’est pas ce qu’il raconte, c’est sa manière de parler. Tout compte : l’intonation, le débit, le vocabulaire utilisé et surtout, l’émotion qui se cache derrière les mots. Dans une histoire -comme dans la vie- chaque personnage doit avoir sa propre manière de s’exprimer. A la lecture des dialogues, on doit savoir instinctivement lequel des personnages prend la parole, sans même lire son nom.

Enfin, il y a un facteur essentiel pour chaque personnage bien construit : son évolution au cours de l’histoire. Si le scénariste a bien travaillé, s’il a créé une intrigue forte, originale, pleine de rebondissements, ses personnages seront forcément transformés par l’expérience qu’ils ont vécu. La fiction imite toujours la réalité. Ce qui rend un personnage profondément attachant, c’est qu’il est un être humain (ou un animal, extra-terrestre, objet doté d’une personnalité humaine, « E T » par exemple), qu’il hésite, échoue, se trompe et mûrit avec l’expérience.

Le personnage qui nécessite la caractérisation la plus poussée, c’est bien évidemment le protagoniste de l’histoire. Mais la « recette » est identique pour chacun des participants de l’intrigue. Dans un scénario, chaque personnage doit être différent des autres et jouer un véritable rôle dans l’histoire, c’est ce qu’on appelle une fonction. Parfois, il est judicieux de fondre plusieurs « petits » personnages-à la caractérisation linéaire- en un seul qui possède plus de relief. Chaque personnage doit faire avancer l’intrigue en créant du conflit (voir « Qu’est-ce qu’un scénario ? »), donner de l’envergure, du relief à l’histoire. Qu’ils soit confident, allié du protagoniste, antagoniste, il doit apporter à l’histoire une alternative au point de vue du héros. A l’écran, le personnage devra énormément au talent de l’acteur qui l’interprète. Néanmoins, le meilleur acteur du monde sera incapable de rendre intéressant pendant deux heures un personnage insipide, sans désir, sans but, sans personnalité.

A titre d’exemple, je vous invite à lire l’article Les personnages et leur évolution dans American Beauty.

Copyright©Nathalie Lenoir 2003



23 réflexions sur “ La caractérisation ”

Les commentaires sont fermés