Scénario-Buzz

L'écriture entre les lignes

Ecrire pour la télévision

L’écriture télévisuelle est encore plus contraignante pour le scénariste que l’écriture d’un scénario pour le cinéma. Les formats très spécifiques de fiction télévisée, les attentes des diffuseurs, le public qui varie selon les chaînes, les horaires, tous ces aspects compliquent la tâche de l’auteur.

Le revers de la médaille, c’est que le métier de scénariste est beaucoup plus reconnu et professionnalisé à la télévision qu’au cinéma, où le réalisateur est considéré comme le véritable auteur de l’œuvre.

Voyons comment se déroule concrètement le travail d’écriture pour la télévision.

Les démarches

La télévision est continuellement en quête d’auteurs, tout simplement parce que le volume de production est beaucoup plus important qu’au cinéma. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il et facile pour un scénariste débutant « d’entrer à la télévision ». Parce que l’écriture est spécifique et soumise à de nombreuses contraintes, les producteurs de télévision travaillent avec des auteurs confirmés. Quand un débutant parvient à se faire engager sur un projet, il travaillera de toute façon en binôme avec un scénariste expérimenté.

Alors justement, commet se faire engager ? Il y a deux cas de figure :

A. Les séries : c’est la voie la plus accessible pour les jeunes auteurs. Il « suffit » d’écrire au directeur de collection de la série à laquelle on souhaite participer en lui envoyant un ou deux pitches d’histoires. Inutile de vous préciser qu’il faut extrêmement bien connaître la série en question afin de proposer des intrigues qui correspondent parfaitement à sa ligne narrative, à son ambiance. Pour trouver le nom du directeur de collection, il suffit de le chercher au générique de la série ou de contacter la production.

B. Les unitaires ou mini-séries : sachez que pour un auteur débutant, cela relève de la science-fiction. Il est très rare que les producteurs achètent un projet proposé spontanément par un inconnu. Comme pour le cinéma, il s’agit pour l’auteur de sélectionner un producteur qui correspond au projet et de lui envoyer un dossier comprenant synopsis et note d’intention, ainsi, bien entendu, qu’une lettre personnalisée.

Une fois que le scénariste est parvenu à intéresser un producteur à son projet, ou à intégrer l’équipe d’une série, il va devoir se plier à des méthodes de travail rigoureuses et cadencées.

Voir les articles:

les différents types de fictions télévisuelle 1/2

les différents types de fictions télévisuelle 2/2

Le travail d’écriture

A ce stade, on retrouve les deux mêmes cas de figure.

A. Les séries : Qu’il s’agisse de sitcom, de série à sketches, de soap, feuilleton ou série à épisodes de 52 minutes (voir « Les différents types de fiction télévisuelle »), le scénariste travaille en équipe, lors de séances de travail en groupe, sous l’égide du directeur de collection. Pour chaque épisode, les idées sont choisies en groupe, qu’il s’agisse des intrigues principales ou secondaires, de l’évolution des personnages, des événements. Lorsque que le schéma de l’épisode est défini, il est confié à un auteur(ou un duo) en particulier. Le scénariste en question va devoir écrire un synopsis, dans un délai très court, et le soumettre lors de la prochaine séance de travail collective. Selon le verdict de l’équipe, le scénariste devra réécrire ce synopsis ou passer à l’étape suivante, le séquencier (voir « Le séquencier »). Mais, à se stade, le travail peut très bien être confié à un autre membre du staff. Ainsi, chaque épisode est réécrit un nombre incalculable de fois, il passe de main en main pour des modifications plus ou moins importantes et, au final, il est le fruit non pas d’un scénariste mais bien de l’équipe au grand complet.

B. Les unitaires ou mini-séries, les épisodes de 90minutes : Pour ce style de fiction, le travail d’écriture est plus proche du travail pour le cinéma. Soit l’auteur propose lui-même un sujet, sous forme de dossier (synopsis+ note d’intention) à un producteur, soit le producteur propose le sujet à l’auteur. Dans un cas comme dans l’autre, dès que les deux parties donnent leur accord, le producteur signe au scénariste une option sur un synopsis plus détaillé. Le contrat stipule la date à laquelle l’auteur (ou souvent, un duo d’auteurs) doit rendre son travail, date à laquelle il recevra son chèque. A ce stade, si le producteur est satisfait du synopsis, il va alors monter un dossier pour proposer le projet à une chaîne. Si le diffuseur refuse le projet, l’aventure se termine. Si au contraire il l’accepte, le producteur signe un contrat avec la chaîne en question, puis un autre contrat avec le scénariste, pour lui commander un séquencier. Là encore, une date de remise est stipulée. A la remise du séquencier, si le producteur et la chaîne sont satisfaits, le producteur signe avec le scénariste une commande de scénario. S’ils ne le sont pas, ils peuvent commander à l’auteur une second séquencier, lui adjoindre au co-auteur, ou tout simplement confier le projet à un nouveau scénariste. Cette pratique est complètement légale à condition que chaque clause apparaisse dans le contrat. Un projet n’est donc pas forcément suivi de A jusqu’à Z par un même scénariste. Le scénariste initial ne sera pas forcément crédité au générique du téléfilm. Par contre, il aura été payé pour le travail effectué.

L’écriture télévisuelle, les lois et contraintes qui la régissent, malmènent souvent l’ego du scénariste, il faut qu’il apprenne à faire la distinction entre son travail pour la télévision et la paternité du projet. A la télévision, la fiction est la propriété du producteur et du diffuseur, pas du scénariste ou du réalisateur. C’est ainsi que les choses se passent et un scénariste professionnel doit savoir s’adapter à ces règles. Les délais sont très courts, la pression et la censure exercées par le diffuseur sont parfois très lourdes, l’œuvre filmée n’a pas forcément grand chose à voir avec le projet initial. Mais il a aussi un avantage considérable pour le scénariste : son travail est reconnu et rémunéré, ses conditions de travail sont donc beaucoup moins précaires. La télévision est une excellente école pour un jeune auteur, c’est même souvent sa seule chance d’entrer dans la profession.

Copyright©Nathalie Lenoir 2004




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Auteur : Nathalie Lenoir

Nathalie Lenoir est scénariste (cinéma/TV) membre de la Guilde Française des Scénaristes, blogueuse et écrivain. Elle a rédigé des articles pour de nombreux sites web et pour la presse papier, notamment les revues Synopsis, Ciné-Studies et La Gazette des Scénaristes.