Scénario Français versus Scénario US

A la base, un scénario est un scénario. Les règles de son écriture sont identiques quelque soit l’origine de l’auteur et du projet filmique. On ne l’aborde cependant pas tout à fait de la même manière des deux côtés de l’Atlantique…


Ecrire un scénario consiste à créer des images, à construire un récit qui sera filmé.
Ce n’est en aucun cas un texte littéraire, poétique, mais un exposé précis, concret et bref de ce que le spectateur verra à l’écran. C’est un outil de travail que vont utiliser tous les intervenants du futur film et son écriture répond à des règles, des contraintes spécifiques.

Deux manières d’appliquer ces règles

Si la dramaturgie ne connaît pas de frontières, les professionnels du cinéma et de l’audiovisuel n’appliquent pas ses règles de la même manière des deux côtés de l’Atlantique. Et chacune de ces « politiques » a ses avantages et ses dérives.

En France, l’histoire, le fond, passe avant la forme. Les films illustrent avant tout la vision d’un auteur, d’un réalisateur. Les scénaristes ont dans notre pays une grande liberté, une marge d’épanouissement considérable au-delà des contraintes formelles. Le métier de scénariste a tendance à se professionnaliser ces dernières années, les écoles et les formations se multiplient mais l’apprentissage de la dramaturgie reste une base, un « terreau » dans lequel la créativité des auteurs peut à la fois se développer et se ressourcer. Hélas, trop de gens pensent encore qu’écrire un scénario, « ça ne s’apprend pas », qu’il suffit d’avoir « des choses à dire, à raconter ». On lit souvent des scénarios mal structurés qui donneront naissance à des films qui s’essoufflent en cours de route et qui ennuient le public. Certains auteurs français confondent encore cinéma et littérature et leurs films sont qualifiés « d’intellectuels ».

Aux Etats-Unis, les scénaristes sont soumis à une réelle dictature. C’est bien simple : tout est formaté, normalisé, de la taille et la police du texte, au nombre de pages, acte par acte.
On pourrait donc résumer un script US de cette manière :

  • c’est un texte de 120 pages
  • le premier acte couvre entre 25 et 35 pages
  • l’incident déclencheur se situe donc entre les pages 25 et 35
  • le deuxième acte s’étend jusqu’ à la page 110 à 115
  • le climax médian se situe entre les pages 75 et 90
  • le climax se situe à la page 115
  • le troisième acte couvre les pages 115 à 120
  • l’intégralité du document est écrit en caractères courrier, que ce soient les corps de description, les dialogues, les intitulés de scènes
  • la largeur des pages, des colonnes sont normalisées

Si ce bref énoncé peut prêter à rire, il faut bien reconnaître que les scénaristes américains ont une réelle maîtrise dans l’art d’écrire des films. C’est pourquoi les films US sont souvent agréables à regarder, divertissants, même quand leur contenu est insipide.
C’est pourquoi il est très intéressant pour un jeune auteur français de lire et d’étudier quelques uns des innombrables manuels américains sur le scénario, beaucoup d’entre eux ont été traduits (voir bibliographie). Une fois que l’on maîtrise les règles, les bases de la dramaturgie, l’imagination et la créativité n’en sont que plus libres et efficaces. Il faut bien reconnaître que le cinéma américain à donné naissance à bien des chef d’œuvres…

Deux cultures différentes

C’est là que se situe la différence majeure entre nos deux manières d’écrire une fiction.
Les films US font la part belle à l’action, au spectaculaire, à un patriotisme parfois excessif et caricatural, et c’est souvent aux dépends de la caractérisation des personnages et de la profondeur des thèmes abordés. Beaucoup de films de studio, se contentent de décliner inlassablement la même histoire bien rôdée et ils n’ont pour seul but que d’être rentables. Le volume de production outre-Atlantique est tellement énorme que pour un grand film, une œuvre majeure, il y aura cinquante films de pur divertissement, dont certain sortent d’ailleurs directement en vidéo. Cependant, les américains ont sans conteste un savoir faire et un professionnalisme qui forcent le respect. Entre les grands studio, les compagnies indépendantes et la multitude de chaînes de télévision, le public n’a que l’embarras du choix. Il y a « de la place » pour tous les genres de films.

En France, en 2001, 204 films de cinéma ont été produits, dont 124 avec un devis entièrement français. Les projets ont beaucoup plus de mal à se monter. Beaucoup de scénarios restent à l’état de papier. Il ne se tourne pas beaucoup de films dans notre pays, le chiffre risque de diminuer encore. Les producteurs n’ont pas le droit à l’erreur et essaient de miser sur l’originalité et la qualité des projet. Les mentalités ne sont pas les mêmes. Les auteurs français ont souvent reçu une culture plus littéraire et tournée vers l’esthétique. C’est pourquoi ils ont un savoir faire qui leur est propre et reconnaissable. La fiction française met en valeur ses personnages, son écriture est moins stéréotypée. Nous envions les moyens financiers dont disposent les américains. Ironie du sort, beaucoup de nations nous envient notre cinéma, en particulier les américains qui achètent avec avidité les droits de nos films pour en faire… des remakes.

Il ne s’agit pas de faire s’affronter deux méthodes mais bien de comprendre qu’elles ont chacune leurs avantages et leurs inconvénients. Sans de bonnes bases, une structure solide, une narration cohérente, la plus belle des histoires ne pourra que donner naissance à un film moyen, voire mauvais…

Copyright©Nathalie Lenoir 2002