Alerte à la procrastination!

Nombreux sont les jeunes auteurs qui me demandent dans leurs mails d’évoquer les aspects plus quotidiens (et moins reluisants) du métier de scénariste. Ce sera chose faite à travers cette nouvelle chronique placée sous le ton de l’humour.

Dans cette première édition, je me dois d’évoquer un mal redoutable qui menace chaque auteur, la procrastination.


La procrastination désigne « la tendance pathologique à remettre systématiquement au lendemain quelques actions, qu’elles soient limitées à un domaine précis de la vie quotidienne ou non. » (source: Wikipedia) Plus communément nommée flemmingite aiguë, cette affection guette tous les auteurs de façon insidieuse car ils cumulent, de par leur activité casanière, de nombreux facteurs à risque.

Comme nous l’avons vu de façon beaucoup plus sérieuse dans des articles comme Comment devient-on scénariste? ou Comment améliorer son écriture, partie 2?, devenir scénariste professionnel consiste à écrire quotidiennement (enfermé chez soi la plupart du temps), pendant de longues heures, voire pendant toute la journée.

Force est de constater que cette rigueur est difficile, non seulement à mettre en place, mais aussi à tenir sur la durée. Mêmes les auteurs émérites, bankables, loués pour leur stakhanovisme, peuvent à l’occasion succomber à ce terrible fléau. Il suffit parfois d’un grain de sable (81ème rediffusion dune série américaine, amis au chômage et à la langue bien pendue, pénurie de nicotine, chat affamé, journée ensoleillée…) pour gripper une productivité florissante. Le cinéaste Lev Yilmaz en fait d’ailleurs admirablement la démonstration en images.

Quelques remèdes infaillibles (ou presque)?

  • Travailler à heures fixes, selon un emploi du temps pré-établi. Difficulté: 8/10, Efficacité: 10/10
  • Travailler dans une pièce SANS téléviseur. Difficulté: variable selon la taille de votre logement, Efficacité: 10/10
  • Eviter de consulter le programme télé avant d’avoir terminé sa journée de travail. Difficulté: 1/10, Efficacité: 10/10
  • Travailler dans une pièce SANS console de jeu. Difficulté: variable selon la taille de votre logement, Efficacité: 10/10
  • Travailler dans une pièce SANS téléphone, ou tout du moins, filtrer ses appels. Difficulté: 10/10 (soyons honnêtes), Efficacité: 5/10 (stress, mauvaise conscience)
  • Ne PAS consulter sa boîte mail, sa page Myspace, Facebook ou autre toutes les dix minutes. Difficulté: 10/10 (addiction tenace), Efficacité: 5/10 (voir précédemment)
  • Faire croire à vos amis désœuvrés et bavards que vous êtes 1. en déplacement jusqu’à une date indéterminée 2. atteint de surdité passagère 3. mort (mais c’est sans doute excessif) Difficulté: 4/10, Efficacité: varie selon votre habilité au mensonge.
  • Travailler dans une pièce SANS fenêtre afin de pas constater à quel point il fait beau à l’extérieur. Difficulté: 10/10 (neurasthénie assurée), Efficacité: le jeu en vaut-il la chandelle? A noter que Stephen King, dans son superbe ouvrage On writing, a memory of the craft, recommande tout simplement de tourner le dos à sa fenêtre. Il y est met également en garde contre les méfaits de l’alcool mais c’est une autre histoire.
  • Caler ses rendez-vous plutôt en fin de journée, voire en fin de semaine, ce qui permet de travailler avant (on sait très bien comment se terminent les déjeuners d’affaire: en milieu d’après-midi, à proximité de lieux de débauches: salles de cinéma, magasins, terrasses de cafés…) Difficulté: 8/10 (on doit bien prendre en compte les disponibilités de ses collaborateurs), Efficacité: 5/10 (ceci expliquant cela)
  • Ne pas faire ses courses, même les plus insignifiantes pendant les heures de travail, car dès que l’on passe le seuil de son bureau, moult tentations guettent. Difficulté: 7/10 (ce n’est qu’une question d’organisation), Efficacité: 10/10
  • Avoir un conjoint qui travaille à l’extérieur et effectuera généreusement les dites courses à votre place. Difficulté: variable selon l’existence et la bonne volonté du conjoint, Efficacité: 10/10
  • Avoir des enfants, ça oblige à se lever très tôt le matin (mais présente d’autres périls redoutables que nous évoquerons dans une prochaine édition). Difficulté: variable selon l’existence et la bonne volonté du conjoint, Efficacité: dépend énormément du nombre, de l’âge et de l’état de santé des rejetons.
  • Laisser bien en vue la pile de factures que votre plume vous servira (en principe) à payer. Difficulté: 7/10 (peut provoquer de sévères crises d’angoisse), Efficacité: variable en fonction de votre résistance à la pression.
  • Faire un exercice de visualisation fort simple: imaginez la réaction de votre producteur si vous ne respectez pas scrupuleusement le deadline. Difficulté: 2/10 (un auteur regorge d’imagination), Efficacité: variable selon votre émotivité, l’exercice pouvant déclencher chez certains d’atroces cauchemars.
  • Ne jamais co-écrire avec un procrastinateur notoire, le mal s’avérant hautement contagieux.

Pour terminer sur une note un peu plus sérieuse, j’ajouterai que si un petit accès de paresse occasionnel est somme toute bénéfique, un auteur étant, avant toute chose, un petit être sensible, il faut tout de même prendre garde de ne pas basculer dans le blocage pur et simple, le fameux « writer’s block » que tant de nous redoutent. Je vous invite à ce sujet à lire un article que Jessica Winter a publié dans le magazine Slate, elle y analyse le phénomène à travers le parcours littéraire de deux poids lourds, Truman Capote et Ralph Ellison.
Selon la neurologiste Alice Flaherty,  » Un auteur qui a un blocage est assez discipliné pour rester assis à son bureau mais il ne parvient pas à produire une ligne. Un procrastinateur par contre, n’arrive pas à s’asseoir à son bureau, mais si on l’y force, il parviendra très bien à écrire. »
A méditer!

Voici quelques piqures de rappel complémentaires afin de vous prémunir contre la procrastination:

Copyright©Nathalie Lenoir 2009

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